Les travailleurs migrants ont une meilleure santé psychologique que les natifs

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  • Le 7 mai 2012

  • Marie Lambert-Chan

Le travail joue un rôle de premier plan dans la santé psychologique de l'immigrant. (photo: iStockphoto)Recommencer sa vie ailleurs et apprivoiser les différences culturelles n'est pas de tout repos. Cela influe-t-il sur la santé psychologique des immigrants de première génération dans leur travail? Il semble que non.

 

Selon les résultats préliminaires des travaux de doctorat de Marie Noëlle Do Thanh, les travailleurs migrants semblent être en meilleure santé psychologique que les travailleurs natifs. «Ils affichent un plus grand bienêtre et moins de détresse que leurs collègues nés au pays, mais ceux-ci ont tout de même une bonne santé psychologique», affirme l'étudiante en psychologie qui présentera ses données au 80e Congrès de l'Acfas.

Elle a sondé plus de 400 personnes travaillant dans deux centres d'appels d'une grande coopérative financière canadienne. Elle note que la majorité des immigrants qui ont participé à son étude étaient surqualifiés pour le poste qu'ils occupaient. Pourtant, signale-t-elle encore étonnée, ils étaient en meilleure santé psychologique.

«Par comparaison avec les travailleurs natifs, ils font preuve de plus d'ouverture, c'est-à-dire qu'ils sont plus à l'aise avec leurs collègues. Ils sont plus engagés dans leur milieu de travail. L'équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle est aussi supérieur», détaille Marie Noëlle Do Thanh, dont le projet de thèse est dirigé par Luc Brunet, professeur de psychologie à l'Université de Montréal.

Ce phénomène s'explique par la grande volonté et la résilience des immigrants de première génération. L'étudiante en sait quelque chose: elle a quitté sa France natale il y a un peu plus de cinq ans pour s'établir au Québec. «Contrairement aux réfugiés, les immigrants choisissent de façon réfléchie de repartir à zéro dans un autre pays, observe-t-elle. Comme ils s'attendent à vivre des difficultés, ils sont beaucoup plus résilients et proactifs dans l'adversité.»

Marie Noëlle Do Thanh, accompagnée du professeur Luc Brunet, a  découvert que les nouveaux immigrants bénéficient d'un précieux réseau d'appuis au sein de leur communauté d'origine.Ils bénéficient également d'un appui social important. «Dans les premières années suivant leur arrivée, les immigrants ont tendance à fréquenter leurs compatriotes, ce qui leur apporte du réconfort et leur permet de mieux s'adapter à leur pays d'accueil», fait remarquer Marie Noëlle Do Thanh.

«Ils reçoivent beaucoup de soutien de la part d'organismes communautaires, ajoute Luc Brunet. Ce n'est pas le cas des natifs, qui sont plus isolés, individualistes. Cette aide a une influence positive sur la santé psychologique au travail.»

Mme Do Thanh souligne à quel point le travail joue un rôle de premier plan dans la vie des immigrants de première génération. «L'emploi est une passerelle pour la société d'accueil. C'est là qu'on apprend la langue et les coutumes, qu'on entre en contact avec ses membres, qu'on définit sa nouvelle identité. C'est pourquoi il est si important d'y vivre des expériences positives. Il faut savoir que, dans le cas contraire, l'incidence sur la santé psychologique sera plus grande chez le travailleur migrant que chez le natif.»

L'étudiante invite donc les employeurs à être particulièrement vigilants à l'égard de la santé des travailleurs immigrants. «Nos participants étrangers étaient en bonne santé, mais ça ne veut pas dire que tous le sont», dit-elle en précisant que la coopérative étudiée possède un programme de promotion de la diversité culturelle.

«Négliger l'effet des différences culturelles au travail peut entrainer des problèmes de communication, l'isolement des travailleurs migrants et, au final, un gaspillage de leurs compétences, déclare Marie Noëlle Do Thanh. Dans un contexte où l'immigration est un moteur de croissance démographique et économique, les employeurs ont tout à gagner à se soucier de la santé psychologique des immigrants qu'ils embauchent.»

Marie Lambert-Chan

 

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