Des Carabins à l'assaut de l'Himalaya

Maude Pagé, qui porte la tuque des Carabins, et ses amis ont toutes les raisons d’être fiers. Car comme elle le dit, le mur de glace de 200 mètres rencontré dans le dernier droit a rendu la montée très difficile. (Photo: Jean-Pierre Danvoye)Le 25 avril dernier, Maude Pagé a foulé le sommet de l'Island Peak, un point à 6189 mètres d'altitude de la chaine himalayenne. Solidaire de Georges Laplante, entraineur-chef de l'équipe de volleyball masculin des Carabins de l'Université de Montréal, elle est devenue la première personne de l'histoire de l'UdeM coiffée d'une tuque aux couleurs des Bleus à conquérir un tel sommet.

 

L'ancienne joueuse de tennis des Carabins et Georges Laplante faisaient partie de l'expédition de trekking «À la recherche d'un sommet, pour la santé» mise sur pied afin de récolter des dons pour le centre de réadaptation cardiorespiratoire Jean-Jacques-Gauthier de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Pas moins de 13 trekkeurs se sont engagés dans cette aventure qui s'est déroulée du 15 avril au 3 mai derniers.

Georges Laplante avait été encouragé par ses amis de longue date Simon Parenteau et Manon Labrecque à y participer. Ensemble, ils avaient convenu qu'ils resteraient côte à côte jusqu'à la fin, même si cela devait les empêcher d'atteindre le sommet. Avant la montée finale, l'entraineur-chef a constaté que ses amis étaient trop affaiblis pour entamer l'ultime marche et a demandé à sa jeune coéquipière de lui rendre service. «Je savais que je n'allais pas aller jusqu'en haut avec ma tuque et j'ai dit à Maude que j'allais lui passer le flambeau», raconte-t-il.

«J'ai compris que c'était très important pour Georges que je prenne le relai, dit celle qui a joué avec les Bleus durant ses cinq années d'études en médecine à l'Université, de 2002 à 2007. J'ai ressenti un grand sentiment d'appartenance envers les Carabins et j'étais très fière de les représenter.»

Maude Pagé a également vécu beaucoup d'émotions au cours de ce voyage, puisqu'elle a partagé cette expérience avec son père, Pierre, chirurgien cardiaque à l'Hôpital du Sacré-Cœur et grand amoureux des montagnes. «Mon père et moi étions déjà très proches, mentionne la jeune femme. Il était super content que nous participions ensemble à l'expédition.»

Toutefois, dans le dernier droit vers le sommet, un mur de glace de 200 mètres s'est dressé devant les trekkeurs. «Cette montée a vraiment été dure, relate Maude Pagé. Nous ne nous attendions pas à ça et nous nous trouvions dans l'obscurité, puisque nous étions partis durant la nuit pour parvenir au sommet dans le milieu de la journée. Malheureusement, mon père a dû s'arrêter après la montée du mur, à une centaine de mètres de l'arrivée. Il m'a dit que son sommet à lui serait là. J'ai poursuivi jusqu'au bout et il a pu voir un petit point rouge en haut et savoir que j'étais rendue. Il était très fier de voir que j'avais réussi.»

Un projet de recherche peu commun

Étant en cinquième année de résidence en cardiologie à l'Université, la docteure de 28 ans a voulu profiter de cette occasion unique pour observer les effets de l'altitude sur le cœur humain. Pour une raison toujours difficile à expliquer, le côté droit du cœur est plus affecté par l'altitude. Maude Pagé a donc élaboré un projet original qui consistait à faire des échographies cardiaques en haute montagne. Elle en a effectué une sur les trekkeurs à Montréal avant le départ et deux autres à différents points d'altitude durant le trajet. Le défi n'a pas été une mince affaire. L'appareil permettant d'enregistrer les données, de la grosseur d'un ordinateur portable, était tout aussi fragile que couteux.

«Je l'ai confié à un sherpa, qui en a pris le plus grand soin, assure-t-elle. Il n'y a pas eu de problème technique et tous les trekkeurs ont été coopératifs, même si le temps était très froid lors de la deuxième échographie.»

De plus, l'autonomie énergétique de l'appareil était limitée et Maude Pagé a dû planifier le transport d'une génératrice aux endroits où les échographies étaient faites.

Pendant les jours qui ont suivi l'atteinte du sommet, la jeune médecin a dû rassembler les résultats de ses observations rapidement pour pouvoir les transmettre à temps en vue du congrès canadien de cardiologie d'octobre prochain. La date butoir était le 1er mai.

De nombreuses épreuves à surmonter

Malgré les joies et la réussite de ce voyage, les obstacles n'ont pas manqué. En plus du terrain difficile à fouler et de l'altitude, tous les membres du groupe ont tour à tour été malades.

«C'est là que j'ai vécu mes moments les plus difficiles, souligne Georges Laplante. Même si on était malade, il fallait continuer à suivre le groupe. On ne peut pas se dire qu'on va rester une journée allongé.»

Cependant, l'entraineur globetrotteur avait dans ses bagages un remède contre ces maux divers. Avant son départ, son amie Kim Boutet lui avait remis deux enveloppes d'urgence. Elle avait elle-même reçu de l'aide de cette façon lors de son ascension du Kilimandjaro. Ces enveloppes, qui devaient être ouvertes lorsque le moral était au plus bas, contenaient des lettres d'encouragements. La première avait été écrite par ses étudiants-athlètes de l'équipe de volleyball des Carabins. La seconde venait de sa sœur.

«C'était très émouvant de les lire, affirme-t-il. Après avoir lu la première lettre, j'ai eu très envie d'ouvrir la deuxième tout de suite, mais j'ai décidé de la garder pour un autre moment.»

Le chef de mission Jean-Pierre Danvoye a fait en sorte de maintenir l'optimisme au sein du groupe. «Il a fait de notre groupe une famille, indique Georges Laplante. C'était important parce qu'on était ensemble 24 heures sur 24 et on ne se connaissait pas tous au départ. Il y avait beaucoup d'entraide entre nous.»

Les 13 trekkeurs ont amassé une somme dépassant les 130 000 $. «C'est le plus beau voyage de ma vie, estime Maude Pagé. C'était ma première véritable aventure et ça me donne le gout d'atteindre d'autres sommets.»

Même cinq ans après la fin de sa carrière avec les Carabins, elle en représente toujours aussi bien l'esprit, manifestant ce désir de toujours vouloir se dépasser.

Mathieu Dauphinais
Collaboration spéciale

 

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