Être infirmière en 2012

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  • Le 21 mai 2012

  • Paule Des Rivières

Les infirmières formées à l’UdeM ont eu la possibilité de manipuler les mannequins «haute fidélité» de la faculté, de sorte que, lorsqu’elles sont devant de «vrais» patients, elles ont déjà été familiarisées avec toute la gamme, ou presque, des situations possibles. (Photo: Yves Lacombe)Il fut un temps, pas si lointain, où les apprenties infirmières apprenaient à border convenablement un lit. Ce temps-là est bel et bien révolu. À l'ère du virage ambulatoire, du développement des technologies de pointe en santé, de la multiplication des maladies chroniques et de l'importance des problèmes de santé mentale, l'infirmière est confrontée quotidiennement à des situations épineuses et inédites.

 

«L'infirmière est souvent la première à évaluer la santé globale du patient. Et elle est souvent seule», souligne Johanne Goudreau, vice-doyenne aux études de premier cycle et à la formation continue à la Faculté des sciences infirmières (FSI) de l'Université de Montréal. Le chirurgien se trouve rarement au bout du corridor, comme c'est le cas dans la série télévisée Trauma.

Mme Goudreau se rappelle cette femme de 37 ans qui avait subi l'ablation d'un sein à la suite d'un cancer. De retour à la maison après 48 heures, elle avait reçu la visite de l'infirmière chargée de vérifier l'évolution de la plaie et de changer le pansement. Au détour de la conversation, l'infirmière a appris que la patiente et son mari n'avaient pas échangé un seul mot sur les répercussions de cette chirurgie sur leur vie et sur celle de leurs deux jeunes enfants.

De fait, la patiente avait l'air passablement déprimée. «Votre consigne officielle, c'est de refaire le pansement. Mais il y a possiblement des choses tout aussi importantes à surveiller.»

En 2012, l'infirmière ne se contente pas de prendre les signes vitaux et de les transcrire sur une feuille. Le métier progresse et les nouvelles infirmières doivent être bien outillées pour relever les défis d'aujourd'hui. Ce n'est pas un hasard si, en décembre dernier, l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec adoptait de nouvelles normes de formation continue obligatoire en fixant un seuil de 20 heures par année. D'ailleurs, le patient a lui aussi évolué et il est de mieux en mieux informé. Il navigue sur Internet et pose volontiers ses questions au personnel soignant.

Pour sa part, dès 2004, la FSI a procédé à une révision majeure de son programme de baccalauréat. S'appuyant jusque-là sur des cours de type magistral et reléguant les laboratoires et les stages en fin de parcours, le programme privilégie désormais l'intégration systématique des laboratoires, des stages et des connaissances théoriques, et cela, dès le début du baccalauréat. Vidéos et simulations avec d'autres étudiantes sont au menu, mais c'est lorsqu'elles manipulent un des mannequins «haute fidélité» de la faculté qu'elles sont plongées dans la réalité de la profession. Ces mannequins simulateurs de patients contrôlés par ordinateurs ont été introduits à la FSI en 2006.

Les infirmières exécuteront un nombre croissant de tâches. C'est le cas dans certaines urgences, où l'infirmière affectée au triage qui reçoit un patient avec une cheville «grosse comme ça» peut organiser une prise de radiographies sans que le blessé attende trois heures et demie avant de rencontrer le médecin, qui l'enverra... à la radiographie.

Les infirmières peuvent aussi, dans quelques régions, renouveler des ordonnances. Est-il nécessaire par exemple que la jeune fille qui veut renouveler son ordonnance de pilule anticonceptionnelle patiente pour voir un médecin trop occupé? s'interroge Johanne Goudreau.

Engouement pour la profession

Le projet de loi no 90 encadrant la profession d'infirmière prévoit 14 actes réservés, en commençant par l'évaluation de la santé du patient. À cette mission générale s'ajoutent des tâches particulières ainsi que certains actes médicaux – diagnostics et ordonnances – pour les infirmières praticiennes spécialisées. Quelque 130 infirmières portent ce titre au Québec. La province compte actuellement 72 000 infirmières... et elles seront des milliers à prendre leur retraite dans les années qui viennent. Les besoins en personnel infirmier sont immenses. La faculté fait largement sa part, puisque le nombre de nouvelles étudiantes est passé de 145 en 2004 à plus de 300 aujourd'hui. De plus, 94 étudiantes ont commencé un programme de baccalauréat au campus de l'UdeM à Laval en septembre dernier, suivies de 86 autres en janvier. Et un nombre significatif de ces étudiantes s'initieront à la recherche, en pleine effervescence à la faculté.

Tout ce mouvement autour d'une profession qui redéfinit sa place dans le réseau a toujours un seul objectif, mieux soigner le patient et sa famille. Et l'infirmière est au cœur de cet engagement.

Paule des Rivières

 

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