Quand les chercheurs vont à la rencontre des futures mères

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  • Le 21 mai 2012

  • Marie Lambert-Chan

Le recrutement de participants pour une étude est ardu? Des chercheurs ont trouvé la solution en s’installant là où sont les sujets, dans ce cas-ci au dernier salon de la maternité qui a eu lieu plus tôt cette année à Montréal. (Photo: Olivier Labonté-LeMoyne)Tous les chercheurs vous le diront: le recrutement de participants pour une étude n'est jamais une mince tâche! C'est pourquoi d'aucuns n'oseraient rêver de constituer un échantillon de 115 femmes enceintes en quatre jours. Pourtant, c'est ce qu'ont accompli une équipe de chercheurs en kinésiologie de l'Université de Montréal en portant leurs pénates au 20e Salon Maternité Paternité Enfants en mars dernier.

 

«Nous avons participé au Salon en 2011 et notre objectif alors avait été de parler d'activité physique avec les visiteuses et de les inviter à s'informer sur les études en cours dans notre laboratoire. Mais l'achalandage à notre kiosque a été tel qu'à la toute fin de l'activité nous nous sommes dit qu'il serait dommage de ne pas profiter de cette large assistance pour mener une recherche sur place l'année suivante», raconte Élise Labonté-LeMoyne, doctorante en kinésiologie et coordonnatrice de ce projet.

Entreprise par le Laboratoire de neuropsychologie du sport et du développement de l'UdeM, en collaboration avec le Laboratoire de physiopathologie de l'exercice, cette étude consistait à vérifier s'il existe un lien entre la condition physique de la femme enceinte et la tendance à la distraction, un problème cognitif associé à la grossesse dont la cause est toujours inconnue.

«De plus en plus de recherches démontrent qu'un mode de vie actif et une bonne condition physique sont bénéfiques pour la cognition des enfants, des adultes et des ainés, remarque l'étudiante. Cela s'expliquerait par une meilleure oxygénation du cerveau. Nous voulions découvrir si ce phénomène s'applique aux femmes enceintes, chez qui le système de transport d'oxygène est modifié, entre autres, par la compression des poumons et, en contrepartie, par le relâchement des ligaments de la cage thoracique, qui permet aux poumons de s'élargir plutôt que de s'allonger.»

Pour mener à bien ses tests, l'équipe avait besoin d'installer sur place des tapis roulants calibrés, des ordinateurs programmés pour calculer les temps de réaction en millisecondes, des appareils de mesure de pression artérielle... «Il nous fallait loger tout cela dans un espace de 10 pieds carrés!» s'exclame le professeur de kinésiologie Daniel Curnier, qui supervisait le projet avec son collègue Dave Ellemberg.

La logistique fut un défi en soi. «On a recréé le kiosque dans notre laboratoire et, comme pour une pièce de théâtre, nous avons répété les procédures avec les quatre étudiants au baccalauréat qui nous aidaient dans cette étude», rapporte M. Curnier.

La machine devait être bien huilée afin d'attirer le plus grand nombre de participantes possible. «L'ensemble des tests prenait environ 25 minutes, mais cela n'a pas rebuté les futures mères, mentionne Élise Labonté-LeMoyne. Au contraire, on a même dû faire des listes d'attente!»

Selon elle, cet enthousiasme s'explique par le souci de plus en plus généralisé à l'égard de la santé. «C'est encore plus vrai pendant la grossesse, un moment où les femmes se sentent plus fragiles, fait-elle remarquer. Elles obtiennent des renseignements contradictoires sur le Web et ont de la difficulté à savoir vers qui se tourner pour obtenir des conseils fiables. Les femmes qui ont visité notre kiosque ont donc pu profiter gratuitement de notre expertise.» On leur a également remis une gourde et un programme d'entrainement postnatal mis au point par des kinésiologues de l'UdeM.

Une expérience concluante

Les chercheurs n'ont pour le moment que des résultats préliminaires. «Nous observons que les femmes enceintes qui sont en meilleure condition physique que la population moyenne au regard de leur taille, de leur poids et de leur âge performent mieux au test de concentration, dit Élise Labonté-LeMoyne. Cela pourrait être associé avec un apport supplémentaire d'oxygène au cerveau. Peut-être que les femmes qui font de l'activité physique de façon régulière pendant leur grossesse seraient moins touchées par cette fameuse tendance à la distraction.»

L'étudiante signale aussi certains résultats indiquant que «plus une future mère avance dans la grossesse, moins elle est en forme et plus elle est âgée, moins elle a de bonnes habitudes de vie active».

Si elle ne peut encore dévoiler les conclusions complètes de cette étude, elle est cependant catégorique sur un point: cette expérience est à recommencer.

«Je trouve géniale l'idée de faire une étude “compacte” qu'on peut transporter d'un endroit à l'autre, surtout dans un domaine comme la kinésiologie, qui nous permettrait de prendre part à des salons de sport ou de plein air», estime-t-elle.

Marie Lambert-Chan

L’équipe du Laboratoire de neuropsychologie du sport et du développement de l'UdeM est toujours à la recherche de femmes enceintes désirant participer à ses projets de recherche. Celles qui sont intéressées peuvent communiquer avec les chercheurs à l’adresse suivante : apgrossesse@kinesio.umontreal.ca

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