La tique porteuse de la maladie de Lyme est endémique en Montérégie

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  • Le 4 juin 2012

  • Daniel Baril

Le territoire de la tique progresse de 46 kilomètres par année et la voie d'expansion en Montérégie est la vallée du Richelieu, affirme le chercheur Patrick Leighton, de la Faculté de médecine dentaire.C'est maintenant une certitude: la tique qui, par son infection bactérienne, cause la maladie de Lyme est bel et bien implantée en Montérégie, où sa présence est désormais considérée comme endémique.

 

L'établissement de cette tique – qui a pour nom Ixodes scapularis – avait déjà été observé en bordure de la frontière américaine il y a une dizaine d'années, mais on ne savait pas alors si sa présence plus au nord était due à un transport par les animaux ou si l'insecte y était effectivement implanté. C'est la seconde hypothèse qui est à présent confirmée, notamment à la suite d'un programme de dépistage public toujours en vigueur.

«Le territoire de la tique progresse de 46 kilomètres par année et la voie d'expansion en Montérégie est la vallée du Richelieu. D'ici cinq ans, elle aura dépassé la rive nord du Saint-Laurent dans la région de Lanaudière», affirme Patrick Leighton, professeur au microprogramme en santé publique vétérinaire de la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal. Alors qu'il était chercheur postdoctoral sous la direction du professeur Nicholas Ogden, M. Leighton a participé à des travaux sur la propagation d'Ixodes scapularis au Canada à la faveur du réchauffement climatique.

En plus de la Montérégie, les données actuelles montrent que la tique est endémique dans presque toute la Nouvelle-Écosse, dans la pointe sud de la péninsule ontarienne ainsi que dans une large bande allant du lac Ontario jusqu'à la frontière du Québec. En 2010, sa zone d'implantation couvrait un territoire où vit 18 % de la population canadienne. Selon les prévisions, la tique se retrouvera dans la plupart des régions habitées du Canada en 2020, soit une zone englobant plus de 80 % de la population.

«Si les étés sont plus chauds et plus secs que prévu, l'expansion sera plus rapide», précise le chercheur.

Trois phases de développement

Il ne suffit pas de trouver un spécimen d'Ixodes scapularis sur un territoire pour conclure que l'insecte y est établi. La tique peut avoir été amenée par les oiseaux, les rongeurs ou les cerfs et il lui faut un minimum de jours chauds pour passer de l'état de larve à l'état de nymphe puis à l'état adulte. «Il lui faut de 2700 à 3000 degrés-jour de température», indique Patrick Leighton.

Le degré-jour est la température moyenne quotidienne au-dessus de zéro enregistrée pendant un an. Plus la température est élevée et plus les jours chauds sont nombreux, plus la larve a de chances de parvenir à l'état adulte et c'est à ce stade qu'elle représente un danger pour la santé humaine.

Le froid ne l'affecte pas, mais elle doit parvenir à l'état adulte en un an. Entre chaque étape de croissance, elle doit prendre un repas de sang. Si une souris lui suffit pour devenir nymphe, il lui faudra un animal plus gros pour devenir adulte.

Ce ne sont pas non plus toutes les Ixodes scapularis qui sont infectées par la bactérie qui cause la maladie de Lyme. Seulement 11 % de celles transportées par les oiseaux sont infectées, selon le professeur. Celles qui proviennent des cerfs seraient quant à elles inoffensives, puisque les cerfs sont immunisés contre cette bactérie et que leur sang se trouve ainsi à désinfecter la tique.

Mais plus il y a de tiques dans une région, plus le risque qu'il y ait des tiques infectées est grand. Les symptômes de la maladie de Lyme ressemblent à ceux de la grippe mais en plus aigu. La maladie, qui est à déclaration obligatoire, ne se transmet pas de personne à personne et se soigne facilement à l'aide d'un antibiotique. Si elle n'est pas traitée, elle peut occasionner de l'arthrite et des troubles neurologiques altérant entre autres la vision. Certains cas sont accompagnés de dermatite.

Un chasse-moustique à base de DEET et des vêtements longs si l'on va en randonnée en bordure de forêts dans les zones à risque constituent des moyens efficaces de protection. «La meilleure prévention demeure l'information donnée aux médecins et à l'ensemble de la population des régions concernées», estime Patrick Leighton.

Daniel Baril

 

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