L'activité physique est bénéfique pour les enfants qui ont un TDAH

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  • Le 4 juin 2012

  • Marie Lambert-Chan

Les enfants ont passé des tests qui ont permis de constater que la capacité d'attention était accrue après un programme d'activités physiques régulières. (photo: iStockphoto)«Il y a longtemps eu un consensus populaire voulant que l'activité physique soit une bonne chose pour les enfants qui ont un trouble déficitaire de l'attention avec ou sans hyperactivité [TDAH] parce que, par définition, ces enfants bougent sans cesse. Mais aucune étude empirique n'avait validé cette croyance... jusqu'à aujourd'hui», déclare Claudia Verret, diplômée en kinésiologie de l'Université de Montréal et professeure à l'UQAM.

 

Dans le cadre de son doctorat, elle a démontré qu'un programme d'activités physiques de 10 semaines pouvait améliorer significativement les comportements et les fonctions cognitives d'enfants âgés de 7 à 12 ans aux prises avec un TDAH.

«Trois midis par semaine, nous réunissions un groupe de 10 enfants qui, pendant 45 minutes, s'adonnaient à un sport collectif comme le basketball ou le soccer, explique Mme Verret. L'exercice physique pratiqué devait permettre d'atteindre une fréquence cardiaque de moyenne à élevée.» Ces enfants étaient comparés avec 11 sujets souffrant aussi d'un TDAH mais qui ne participaient pas aux activités.

Avant et après le programme, les enfants ont passé une batterie de tests neuropsychologiques destinés à mesurer leur attention. Leurs parents et professeurs ont également rempli des questionnaires relatifs à leurs comportements et à leurs compétences sociales.

«À la suite du programme, les parents et les professeurs ont rapporté que l'ensemble des comportements problématiques mesurés, comme l'agressivité, l'anxiété et la dépression, ont diminué, particulièrement les troubles sociaux», souligne la professeure.

Selon elle, l'effet positif de l'exercice physique sur les interactions sociales est un résultat «majeur». «Le portrait clinique des enfants atteints d'un TDAH révèle qu'ils ont très souvent du mal à s'adapter aux autres. Le fait de prendre part à des activités physiques de groupe structurées les aidait à surmonter cette difficulté, et ce, même si le programme ne visait pas spécifiquement le renforcement social.»

Les enfants se montraient aussi moins impulsifs. «Les enseignants nous ont mentionné qu'au retour de la séance d'activité physique ils étaient capables de rester assis plus longtemps que d'habitude», signale Claudia Verret, qui a effectué son doctorat sous la supervision des professeurs Louise Béliveau, de l'UdeM, et Phillip Gardiner, de l'Université du Manitoba, en collaboration avec l'Hôpital Rivière-des-Prairies.

Les problèmes d'attention se sont en outre atténués. Les enfants ont certes commis des erreurs dans les examens neuropsychologiques, mais ils les ont faits plus rapidement. «En fin de compte, ils étaient plus efficaces, signe que leur attention était meilleure, constate Mme Verret. Nous voyons un lien direct avec ce qui leur était demandé au cours des séances d'activité physique. En effet, une grande attention est requise au cours d'un match de basketball: il y a une cible à suivre, en l'occurrence le ballon, des partenaires et des adversaires à repérer, un objectif à réaliser, etc.»

Claudia Verret note également une amélioration des performances motrices. Dans une étude précédente, la chercheuse avait observé que les enfants ayant un TDAH présentaient des déficits notables sur le plan moteur. «Ils avaient de la difficulté à courir, sauter, attraper un ballon, dit-elle. On savait qu'ils avaient certains problèmes du côté de la motricité fine, mais peu de chercheurs s'étaient intéressés à leur motricité globale.» Elle croit qu'il est important de poursuivre des recherches dans cette voie, car «la pratique sportive, surtout chez les garçons, joue un rôle essentiel dans le développement des compétences sociales», ce qui fait cruellement défaut aux enfants qui souffrent d'un TDAH.

L'activité physique, une aide complémentaire à la thérapie

Claudia Verret reconnait que cette recherche demeure exploratoire à cause de son petit échantillon. Mais, ajoute-t-elle, les résultats obtenus sont encourageants à un point tel qu'il serait opportun, éventuellement, de considérer l'activité physique comme une aide complémentaire aux thérapies traditionnelles.

«Au cours des séances de thérapie cognitivo-comportementale, on travaille l'auto-contrôle, l'estime de soi et les habiletés sociales entre autres. On pourrait intégrer cette structure à l'intérieur d'un programme sportif. L'enfant pourrait ainsi mettre en pratique ce qu'il apprend pendant la thérapie. Ce serait une excellente manière de susciter son plaisir et de renforcer sa motivation.»

Elle indique qu'une telle initiative nécessitera de mieux former les intervenants qui encadreront les enfants. «Notre étude démontre que le sport de groupe semble préférable pour ces enfants en raison de son influence sur le plan social. Mais dans la réalité, il n'est pas aisé de s'occuper d'un groupe d'une dizaine d'enfants qui ont un déficit de l'attention si l'on ne possède pas la formation requise. Nous devrons élaborer des outils pour faciliter le travail des intervenants.»

Marie Lambert-Chan

 

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