Jean-François Lisée quitte le CERIUM

Jean-François Lisée a rendu hommage à ses collègues de travail.«Vous aimez les bagarres, le sexe et le sport? Moi aussi. Pour le reste, il y a Planète Terre.TV», dit avec une pointe d'ironie Jean-François Lisée, directeur exécutif du Centre d'études et de recherches internationales de l'Université de Montréal (CERIUM), dans une publicité télévisée de l'émission hebdomadaire Planète Terre.TV, diffusée à Canal Savoir.

Planète Terre.TV présente depuis 2009 des entrevues approfondies avec des chercheurs dont les travaux comportent un volet international. Y ont défilé une centaine de chercheurs de l'UdeM mais aussi des personnalités comme Lionel Jospin, qui a été premier ministre de France de 1997 à 2002, le politicien québécois Paul Gérin-Lajoie et l'écrivain Dany Laferrière. On y a entre autres parlé de l'effet James Bond sur la politique étrangère britannique, de l'apprentissage par le jeu vidéo et de la fin du monde en 2012. L'émission des chercheurs du CERIUM, ce sont plus de 120 épisodes accessibles en ligne dans les archives du Centre.

«Ce n'est pas comme ça qu'on présentait naguère la recherche universitaire, s'amusait l'animateur de cette série dans son allocution au gala annuel du CERIUM, le 29 mars dernier. Je ne sais pas si, demain, on la présentera encore comme ça, mais la question se posera à la fin de l'été.» À sa manière, M. Lisée annonçait ainsi son départ du CERIUM, après huit ans à la direction exécutive du centre qui a été créé en 2004. Fédérant aujourd'hui 20 unités de recherche – il n'y en avait que 4 au départ – et chapeautant une multitude d'activités – conférences, colloques et écoles d'été –, le CERIUM est devenu l'un des modèles du genre dans la francophonie. «On se réfère maintenant à l'UdeM pour trouver des experts dans tous les domaines de la mondialisation», affirmait le recteur Guy Breton dans son discours au gala.

Il faut aussi souligner la fin du mandat, au 31 mai 2012, du directeur scientifique du Centre, Karim Benyekhlef. Professeur à la Faculté de droit et directeur du Centre de recherche en droit public, il a assuré la direction des activités scientifiques du Centre pendant trois ans. Sous sa direction s'est amorcée une importante réflexion sur les axes de recherche du CERIUM qui guidera les chercheurs dans les priorités à mettre en place.

C'est à la demande de l'ex-recteur Robert Lacroix et de l'ancien vice-recteur François Duchesneau que Jean-François Lisée est invité à soumettre en 2004 un projet de centre qui unirait les différentes unités de recherche de l'UdeM consacrées aux études internationales. D'autres universités se démarquaient déjà dans ce secteur, alors que l'UdeM comptait plusieurs dizaines de chercheurs de haut calibre mais travaillant chacun de leur côté. «On nous avait confié un triple mandat, raconte le directeur exécutif: donner un élan supplémentaire à la recherche internationale, mettre les recherches de l'UdeM sur la place publique et accompagner la formation internationale des étudiants des cycles supérieurs.»

Si le défi de la visibilité a été relevé avec brio, Jean-François Lisée avoue que le volet de la formation n'a pas satisfait à toutes ses promesses. «Bien sûr, les écoles internationales d'été permettent à des centaines d'étudiants de suivre des cours crédités, aux côtés de membres de la société civile qui y participent aussi, mais on aurait pu aller beaucoup plus loin en matière de formation.»

Les écoles d'été du CERIUM en sont à leur septième année et leur succès ne se dément pas. Les écoles 2012 couvriront des thèmes comme l'Europe en crise, l'an 2 du printemps arabe, le modèle scandinave, etc.

Après avoir créé un bulletin hebdomadaire présentant l'actualité du CERIUM – et l'essentiel des publications, toujours accessibles en ligne –, Jean-François Lisée a eu l'idée d'offrir aux internautes un maximum de conférences qu'ils auraient pu manquer. De fil en aiguille, les archives se sont enrichies de présentations en baladodiffusion. En 2009, l'idée de diffuser à Radio Ville-Marie une émission hebdomadaire de débats et d'échanges avec les chercheurs du CERIUM se mutera en présentation multiplateforme. Planète Terre.TV, tournée dans les murs mêmes du CERIUM puis dans un studio partagé avec l'École d'optométrie et le Bureau des communications et des relations publiques, était née. «En général, on demandait à un chercheur d'éclairer un élément de l'actualité internationale, à un deuxième de parler d'une publication récente ou d'un sujet en profondeur et à un troisième de faire la recension d'un livre ou d'un film de son point de vue d'expert.»

Si les cotes d'écoute n'ont jamais été évaluées de façon précise, Jean-François Lisée estime que chaque émission de Planète Terre.TV touche un auditoire potentiel de 60 000 personnes.

Ce n'est là que la pointe de l'iceberg pour le CERIUM, dont le site reçoit quelque 400 000 visites par année. Les souvenirs les plus prégnants de M. Lisée: les visites des politiciens français Ségolène Royal et Alain Juppé. Il tient aussi à rendre hommage à ses collègues Michelle Daniel et Lise Lebeau (adjointes), Erick Frappier (webmestre), Luc Laflamme et Ognian Gueorgiev (vidéo).

Alors qu'un comité dirigé par la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels, Hélène David, se penche sur l'avenir du CERIUM, Jean-François Lisée envisage le sien autour de trois thèmes: bagarres, sexe et sport. Plus sérieusement, il dit travailler à des projets d'écriture tout en se consacrant à ses activités de journaliste et de blogueur.

C'est Jocelyn Coulon, collègue de Jean-François Lisée depuis les premières activités du CERIUM, qui assurera la coordination intérimaire du Centre, avec l'appui de la Direction des relations internationales, qui le soutiendra dans les aspects administratifs, et ce, jusqu'à ce que la direction de l'UdeM se prononce, à l'automne prochain, sur les recommandations du Comité sur l'avenir du CERIUM. M. Coulon est le directeur et fondateur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM, qui compte 10 employés.

Mathieu-Robert Sauvé

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