Découverte archéologique par télédétection

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  • Le 28 août 2012

  • Daniel Baril

Reconstitution fidèle d’une maison longue sur le site Droulers-Tsiionhiakwatha.«Deux qualités sont nécessaires pour faire de l’archéologie: la passion et la persévérance», nous confiait l’archéologue Claude Chapdelaine, professeur au Département d’anthropologie de l’Université de Montréal. Mais c’était sans compter sur l’aide de la technologie.

 

Le directeur de l’École de fouilles préhistoriques a effectivement fait cet été une découverte archéologique qui doit beaucoup aux technologies de pointe. Grâce à un magnétomètre et à l’analyse chimique des sols, il a repéré l’emplacement d’une maison longue iroquoienne sur le nouveau site de son école de fouilles. Ce site, baptisé Mailhot-Curran (des noms du propriétaire actuel de l’endroit et d’un pionnier irlandais), est situé entre Huntingdon et Saint-Anicet, à environ trois kilomètres du centre d’interprétation Droulers-Tsiionhiakwatha.

Après avoir passé deux ans à remuer le sol en bordure immédiate de ce centre où les vestiges d’un village iroquoien du milieu du 15e siècle ont été mis au jour, le professeur a voulu explorer une autre zone de la même région afin d’en apprendre davantage sur l’histoire de ses premiers occupants.

«Nous savions que l’emplacement Mailhot-Curran avait été occupé parce qu’une première maison longue y a été exhumée au milieu des années 90, relate Claude Chapdelaine. Il avait alors fallu deux ans de fouilles à l’archéologue Michel Gagné pour faire cette découverte. Grâce à la télédétection et à l’analyse chimique, nous sommes parvenus à déterrer les restes d’une seconde habitation en moins de 10 jours. Sans ces technologies, nous aurions sans doute eu besoin de deux étés pour y arriver.»

Un technicien de l’Université de Western Ontario arpente le site à l’aide d’un magnétomètre. Photo: Pierre Corbeil.Télédétection

Dans un premier temps, l’archéologue a confié à François Courchesne, professeur au Département de géographie de l’UdeM et vice-doyen à la Faculté des arts et des sciences, la tâche de prélever et d’analyser divers échantillons de sol afin d’en établir la composition chimique. «Ces analyses permettent de guider les archéologues vers des points précis susceptibles de contenir des traces d’occupation humaine, explique le géologue. Une forte concentration de phosphore, par exemple, peut révéler une cache de nourriture ou un dépotoir.»

Ce travail a été fructueux, puisqu’il a conduit à la découverte d’une fosse renfermant une vingtaine de fragments de poterie qui s’avèreront déterminants pour dater l’occupation. Étant donné la composition particulière du sol à cet endroit, Claude Chapdelaine est par ailleurs confiant d’y trouver des restes de nourriture. Les analyses chimiques ont par ailleurs fait ressortir l’emplacement probable de deux foyers.

Avant d’amorcer les fouilles, Claude Chapdelaine a fait appel à l’un de ses anciens étudiants aujourd’hui professeur à l’Université de Western Ontario, Jean-François Millaire, pour ratisser le site à l’aide d’un magnétomètre; cet appareil détecte les anomalies du champ magnétique du sol causées par différents objets non visibles à la surface, que ce soit des pierres, des souches, de la cendre ou encore des fosses emplies de matériaux différents du sol environnant. «Je lui ai lancé le défi de repérer des traces de foyer», déclare le professeur.

Le défi a été relevé. L’image numérique réalisée par le magnétomètre a fait apparaitre quatre anomalies principales qui ont mené les archéologues à la découverte de deux foyers, confirmant ainsi les analyses chimiques. L’alignement de ces foyers a permis d’en localiser un troisième, une maison longue pouvant compter jusqu’à cinq foyers. Une autre anomalie a en outre révélé l’emplacement d’un piquet ayant soutenu l’habitation.

Le recours à la télédétection serait une première sur un site archéologique au Québec et Claude Chapdelaine se félicite de ces collaborations interdisciplinaire et interuniversitaire.

Éclatement social

Claude ChapdelaineSelon les divers artéfacts mis au jour jusqu’à maintenant, le site Mailhot-Curran abritait un village plus petit que celui de Droulers-Tsiionhiakwatha. Alors qu’environ 500 personnes vivaient sur ce dernier emplacement, pas plus de 150 logeaient sur le monticule Mailhot-Curran. Comme ces deux villages sont très rapprochés, étant à deux kilomètres à vol d’oiseau l’un de l’autre, Claude Chapdelaine est d’avis qu’ils ne peuvent pas avoir été contemporains.

«Un village amérindien exploite les ressources sur un rayon de 10 kilomètres à la ronde, précise-t-il. Il y aurait eu trop de compétition pour deux villages dans ce même périmètre.»

Les particularités des pièces de poterie exhumées à Mailhot-Curran l’incitent à penser que cette occupation est postérieure à celle de Droulers-Tsiionhiakwatha et daterait du début du 16e siècle. L’analyse au carbone 14 de grains de maïs calcinés recueillis sur place permettra de préciser la chose.

L’archéologue se plait par ailleurs à élaborer quelques scénarios pour répondre à des questions soulevées par ces découvertes. «S’il n’y avait que 150 personnes à Mailhot-Curran, qu’est-il advenu du reste de la communauté?» s’interroge-t-il. Le déclin marqué de cette population est à ses yeux un signe d’éclatement social possiblement provoqué par des guerres avec les tribus voisines. «Les habitants de Mailhot-Curran en sont peut-être les survivants», avance-t-il.

Les fouilles se poursuivront l’été prochain afin notamment de retrouver une troisième maison longue qui pourrait être logée entre les deux autres et de délimiter l’étendue du village.

Daniel Baril

 

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Découverte d'une maison longue iroquoienne par télédétection
(Durée : 3 min 21 s)

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