Enseigner, un sport extrême!

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  • Le 28 août 2012

  • Paule Des Rivières

Les Services de soutien à l’enseignement comparent le premier cours donné, avec un peu d’humour, à une descente en kayak en eaux tumultueuses! (Photo: iStockphoto)Plusieurs dizaines de professeurs et de chargés de cours s’apprêtent à vivre un moment important: donner leur premier cours universitaire! Et, soucieux d’établir un bon contact dès le début avec les 20, 30, 50 ou 100 étudiants qui boiront leurs paroles, ils ont été nombreux à participer aux activités de soutien à l’enseignement offertes la semaine dernière.

 

«Le groupe-classe est un environnement spécial, unique, complexe et, surtout, imprévisible, où il se passe plusieurs choses simultanément. Et où vous êtes appelés à réagir rapidement à différentes situations, a résumé Roch Chouinard, doyen et vice-recteur adjoint aux études supérieures de la Faculté des études supérieures et postdoctorales et professeur à la Faculté des sciences de l’éducation, au cours d’une séance de formation le 20 aout. Par exemple, vous avez prévu un cours en laboratoire et vous apprenez 10 minutes avant le cours que le laboratoire a explosé. Vous devez avoir un plan B.»

Pour sa part, Claire Bélanger, formatrice aux Services de soutien à l’enseignement (SSE), a souligné combien il est important de réussir son premier cours, qu’elle a comparé à une descente en kayak en eaux tumultueuses! Exprimer clairement ses attentes (sur la ponctualité, sur l’usage du cellulaire), mais surtout accorder tout le temps nécessaire à l’explication du plan de cours, document essentiel s’il en est, sont des façons d’y parvenir.

La directrice des SSE, Mme Azdouz (troisième à gauche), et la conseillère pédagogique de la même unité Mme Bélanger (quatrième à gauche) entourées d’un groupe d’enseignants inscrits à un atelier de soutien à l’enseignement.Car non seulement ce document informera l’étudiant sur les objectifs d’apprentissage qu’il doit atteindre, mais surtout il lèvera le voile sur les modes d’évaluation de la session. Et l’évaluation, c’est le nerf de la guerre. «Le plan de cours, c’est la carte routière», indique Mme Bélanger.

D’ailleurs, les futurs enseignants se sont présentés à l’atelier avec leur propre plan de cours afin de pouvoir l’adapter à la lumière des informations recueillies.

Les séances d’appui aux nouveaux enseignants existent depuis une dizaine d’années, mais ils ont pris une ampleur inégalée à cette rentrée, reflet de l’importance absolue que l’UdeM accorde à la pédagogie universitaire, rappelle Rachida Azdouz, directrice des SSE et organisatrice de la semaine de formation et d’accueil des nouveaux professeurs.

Exposé, PowerPoint ou télévoteurs?

Les méthodes d’enseignement constituent un autre volet majeur de la réflexion autour de la pédagogie. Les nouveaux enseignants ont ainsi pu s’interroger sur les avantages de recourir à une diversité de méthodes ou, s’ils optaient pour l’exposé magistral, sur les manières de le rendre vivant.

«Habituellement, il faut faire plus qu’écouter pour se souvenir, dit Mme Bélanger. On peut relancer la classe avec des questions, utiliser les télévoteurs, solliciter de petites réflexions en groupe. Plusieurs activités peuvent être intégrées à l’exposé.» Encore que, comme le mentionnait un enseignant, il faille tenir compte de la taille du groupe d’étudiants.

La trentaine d’enseignants qui a suivi le premier atelier – des séances sur divers sujets ont eu lieu durant quatre jours – a apprécié les conseils prodigués. «Je retiens qu’il y a réellement un potentiel d’amélioration des cours. Et qu’il existe des choses qui nous permettent de nous améliorer plus rapidement», s’est réjoui un enseignant rattaché à la Faculté de médecine.

Cela dit, les questions, de tous ordres, ont fusé pendant cette matinée de formation: doit-on dire aux étudiants qu’on n’a jamais enseigné auparavant? Comment évaluer le travail en équipe? Comment s’assurer que les étudiants font les lectures recommandées avant chaque cours (surtout que les enquêtes démontrent qu’au premier cycle 50% des étudiants tout au plus font leurs lectures préalables)?

Mme Bélanger a indiqué que, si l’enseignant a sa part de responsabilités dans la réussite de l’étudiant, ce dernier a aussi les siennes propres et il faut savoir lui laisser celles qui lui appartiennent. Pour sa part, M. Chouinard, spécialiste de la psychologie de la motivation et de l’engagement dans les études, met les enseignants en garde contre la tentation d’idéaliser les étudiants. En revanche, plus vite vous cesserez de penser à vous et à votre manière d’enseigner, plus vite vous vous centrerez sur les étudiants, et mieux ce sera. Il y aura alors une vraie rencontre.

Paule des Rivières


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