Les commotions réduisent les habiletés olfactives

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  • Le 28 août 2012

  • Daniel Baril

Les chercheurs n’en finissent plus de cerner les effets neuropsychologiques découlant des commotions cérébrales. (Photo: iStockphoto)Jusqu’à tout récemment, on croyait que les effets des commotions cérébrales n’étaient que de courte durée. Mais de plus en plus d’études montrent que les conséquences négatives de ces accidents sur les habiletés cognitives peuvent persister plusieurs années après le choc.

 

C’est ce qui semble être le cas avec l’odorat. Des travaux réalisés au Centre de recherche en neuropsychologie et cognition (CERNEC) du Département de psychologie de l’Université de Montréal révèlent que la perte d’acuité olfactive consécutive à une commotion s’aggrave avec le temps.

«L’effet des traumatismes crâniens sur la perte de l’odorat est connu, mais nous voulions savoir ce qu’il en était des commotions légères et de leurs répercussions à long terme», précise Johannes Frasnelli, chercheur postdoctoral et chargé de cours au Département de psychologie.

Son équipe voulait plus précisément évaluer si l’intensité de cette perte était proportionnelle au nombre et à la gravité des commotions cérébrales subies par une personne ainsi qu’au temps écoulé depuis l’accident. Vingt-deux footballeurs âgés de 19 à 29 ans ayant reçu un ou des diagnostics de commotion ont participé à l’étude de même qu’un groupe témoin de 13 athlètes.

Trois composantes de l’odorat ont été mesurées: le seuil de perception d’une odeur, la capacité de discerner deux odeurs différentes et la capacité de reconnaitre correctement 16 odeurs.

Johannes FrasnelliUn effet à long terme

Contrairement aux attentes, les athlètes ayant été victimes de commotions ont dans l’ensemble obtenu des résultats comparables à ceux qui n’en avaient pas subi, et ce, quels que soient le nombre et la gravité des commotions. Par contre, un effet significatif est apparu au sein du premier groupe quant au délai écoulé depuis le traumatisme: plus ce délai est long, plus la capacité de reconnaitre les odeurs décline. Cette habileté repose sur un processus cognitif plus complexe que les deux autres fonctions et son déclin est particulièrement marqué chez les footballeurs dont la commotion remontait à plus de 50 semaines.

«Étant donné l’âge de ces athlètes, ils auraient tous dû avoir d’excellents résultats, mais leur performance se compare à celle d’une personne de 70 ans, affirme Johannes Frasnelli. Il y a donc une dégénérescence d’au moins une des fonctions de l’odorat, qui se trouve ainsi qualitativement affecté, et ce déclin tardif n’est pour l’instant pas détecté par les tests de diagnostic.»

Plusieurs pistes sont proposées pour expliquer cette altération de l’odorat. «Lors de chocs à la tête, le cerveau se déplace d’avant en arrière, ce qui peut coincer le nerf olfactif ou causer des lésions dans les structures neuronales du lobe frontal, mentionne le chercheur. Il se peut aussi que la fonction de régénérescence des neurones du système olfactif soit atteinte. Une autre explication pourrait être que les habiletés motrices liées à l’inhalation et au reniflement ne soient pas optimales à la suite d’une commotion.»

Cette étude confirme par ailleurs la relation triangulaire entre commotion cérébrale, odorat et maladie d’Alzheimer. Les commotions à répétition prédisposent à l’alzheimer et l’altération de l’odorat est l’un des symptômes les plus précoces de cette affection, comme l’a montré une autre étude récente du CERNEC.

Ont également participé à cette recherche Vanessa Charland-Verville, maintenant doctorante à l’Université de Liège, et Maryse Lassonde, professeure au Département de psychologie de l’UdeM.

Daniel Baril

 

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