Des adolescents vont méditer pour mieux surmonter le cancer

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  • Le 4 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Une chercheuse, Catherine Malbœuf-Hurtubise, tentera de savoir si une technique de méditation peut contribuer à diminuer le stress et l'anxiété liés au fait d'être atteint de cancer à un âge précoce. (Photo: iStockphoto)Imaginez un traitement sans frais, sans douleur, qu'on peut administrer à un rythme variable et dont les effets positifs sur plusieurs maladies sont démontrés. Voilà ce qu'on peut dire d'une technique de relaxation appelée «méditation de pleine conscience» qu'une chercheuse de l'Université de Montréal veut appliquer auprès de jeunes atteints de cancer.

 

«Cette approche ne remplacera pas les traitements médicaux et pharmaceutiques, bien entendu, mais s'ajoutera pour les volontaires qui voudront l'expérimenter», explique Catherine Malbœuf-Hurtubise, étudiante au doctorat au Département de psychologie.

Au terme d'une formation de huit séances de 90 minutes chacune, 14 patients âgés de 11 à 18 ans qui ont reçu un diagnostic de cancer auront acquis la technique de méditation mise au point par un chercheur américain, Jon Kabat-Zinn, et l'auront pratiquée quotidiennement. On établira leur état de santé avant, pendant et après les séances pour mesurer l'effet de la méditation sur le pronostic. On fera une seconde observation six mois après afin de voir si l'influence est durable.

«C'est une technique non effractive qui se pratique autant couché qu'assis. Une séance quotidienne de 20 à 30 minutes peut suffire», signale la jeune femme. Le recours à la méditation comme outil de bienêtre et de santé a connu un essor important grâce aux travaux du professeur Kabat-Zinn, docteur en biologie moléculaire qui enseigne la médecine à l'Université du Massachusetts, précise le site de référence PasseportSanté.net, où l'on ajoute: «Il a conçu des ateliers de réduction du stress appelés en anglais Mindfulness-Based Stress Reduction [...] Ils sont basés sur quelques mouvements de yoga très simples et sur la “méditation de pleine conscience”. Celle-ci se définit comme une conscience attentive d'instant en instant du simple moment présent, dans une attitude d'acceptation et sans jugement.»

La technique devrait aider à diminuer le stress et l'anxiété liés au fait d'être atteint de cancer à un âge précoce. On comparera l'état des participants avec celui d'autant de sujets témoins. «Au Québec, cette technique est considérée comme marginale, mais plusieurs centres de recherche sérieux aux États-Unis la mettent en application. De nombreuses études ont été effectuées avec des adultes dans différents contextes. Des bienfaits ont été mesurés chez des personnes souffrant de maladies cardiovasculaires, de sida, de sclérose en plaques, de fibromyalgie et de différents maux chroniques. Notre étude serait toutefois la première à être menée auprès de jeunes atteints de cancer.» Les comités d'éthique de la recherche de l'Université de Montréal et du CHU Sainte-Justine ont approuvé le protocole.

Dépression et cancer

Selon l'Institut national du cancer des États-Unis, l'annonce d'un diagnostic de cancer provoque la plus grande détresse psychologique, toutes maladies et tous pronostics confondus, rappelle la chercheuse dans son projet de thèse. Les symptômes dépressifs sont courants chez les patients en oncologie. Ils atteindraient de 20 à 30% des malades, selon une étude réalisée en 2010. Autre symptôme courant: l'insomnie, qui frappe 85% des gens.

Or, les effets bénéfiques de la méditation sont démontrés sur le stress et l'anxiété. Une personne qui médite régulièrement voit son rythme cardiaque et sa pression artérielle diminuer. On a découvert, grâce au taux de cortisol (un immunosuppresseur) dans le sang, une action positive sur le système immunitaire. Des chercheurs ont aussi rapporté un effet sur l'impatience, l'irritabilité, l'hostilité et la fatigue mentale. «De façon générale, c'est la qualité de vie qui semble nettement améliorée après quelques semaines d'une pratique quotidienne», mentionne la chercheuse, qui travaille sous la direction de Marie Achille.

Une certaine méfiance entoure ce type d'approche dans le monde médical, reconnait-elle. La cote des thérapies parallèles est en hausse, particulièrement chez des personnes vulnérables confrontées à l'annonce d'une maladie grave. Plutôt que de condamner cette tendance, l'apprentie psychologue a voulu en apprendre davantage et a trouvé une oreille attentive au CHU Sainte-Justine, où la psychiatre Marjorie Vadnais voulait justement entreprendre un protocole de recherche sur ce sujet. Les deux femmes travailleront ensemble à la recherche qui se met en place immédiatement.

Inspirée de lointaines techniques bouddhistes, la méditation de pleine conscience met l'accent sur l'acceptation du moment présent et des émotions qui y sont associées, dans une atmosphère de calme et de sérénité. C'est au terme d'une séance de relaxation que le méditant parvient à la paix de l'esprit. Totalement laïque, cette technique repose sur l'acceptation de certaines réalités qu'on ne peut changer. Toutefois, des personnes y puisent une force qu'elles ne soupçonnaient pas. On pense que la pratique régulière pourrait jouer un rôle dans le pronostic chez des patients qui ont subi une transplantation de moelle osseuse.

La méditation de pleine conscience amènerait tout d'abord la personne à reconnaitre et à contrôler son stress. «Lorsque le stress n'est pas reconnu et géré chez un individu, l'activation continue du système nerveux autonome mène à un état quasi permanent d'hypervigilance, qui peut, éventuellement, être responsable de maladies physiques diverses, notamment cardiovasculaires ou digestives», écrit-elle en se référant à une étude parue en 2004. La méditation de pleine conscience permettrait de modifier la réponse habituelle au stress. Elle l'a elle-même expérimentée, car elle pratique ce type de méditation depuis le début de l'année 2012. «L'anxiété et la dépression qui accompagnent souvent le stress peuvent être perçus plus rapidement et laisser place à un bienêtre général et une paix d'esprit», dit-elle dans son projet de thèse, qui fait 44 pages.

Première approche avec les adolescents

Cela marchera-t-il avec des adolescents? «À notre connaissance, c'est la première fois qu'une telle approche est proposée à des adolescents atteints de cancer dans un contexte scientifique. Nous savons que les jeunes vivent une grande anxiété à l'annonce du diagnostic.»

Annuellement, environ 2200 adolescents et jeunes adultes de 15 à 19 ans reçoivent un diagnostic de cancer au Canada – principalement des leucémies. États dépressifs, désespoir et détresse psychologique viennent avec ce choc. L'effet de la méditation de pleine conscience pourrait être positif, son efficacité s'étant révélée dans des contextes scolaires ou chez des jeunes souffrant de troubles psychopathologiques. «Les jeunes peuvent se montrer très ouverts aux nouvelles approches. Le problème, c'est que nous faisons appel à des volontaires qui pourraient donner un biais à nos résultats. Mais peut-être s'agit-il d'une voie prometteuse.»

En tout cas, la méditation de pleine conscience n'est pas incompatible avec la performance intellectuelle, puisqu'elle a permis à l'étudiante de faire deux baccalauréats depuis 2008 (sciences économiques à l'Université de Sherbrooke et psychologie à l'Université Concordia) avec des résultats remarquables. Boursière de la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l'UdeM, elle a aussi obtenu une bourse des Instituts de recherche en santé du Canada. Son but: devenir professeure d'université. «J'aime la recherche autant que la clinique. Je crois que je serais heureuse autant dans un monde que dans l'autre.»

Mathieu-Robert Sauvé

 

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