L'UdeM championne en physique, en criminologie et en communication

  • Forum
  • Le 4 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Au chapitre des citations dans les publications savantes, les chercheurs en physique, en criminologie et en communication de l'Université de Montréal sont les plus performants de leur discipline au Canada. C'est ce que révèle le plus récent rapport de l'organisme Higher Education Strategy Associates, de Toronto, daté du mois de juin.

 

«C'est une excellente nouvelle, car nous connaissons la qualité de nos chercheurs; nous en avons ici une démonstration éloquente», dit Laurent Lewis, vice-doyen à la recherche et à la création à la Faculté des arts et des sciences.

La vice-rectrice à la recherche, à la création et à l'innovation, Geneviève Tanguay, tient à féliciter chaleureusement les chercheurs et leurs équipes, «puisque cette étude n'analyse pas simplement les fonds de recherche qui nous sont accordés, mais aussi la qualité de la recherche effectuée dans les secteurs des sciences naturelles et du génie ainsi que des sciences humaines et sociales. Considérant les conditions financières difficiles dans lesquelles nous travaillons, ces résultats sont encore plus extraordinaires.» Elle précise que les chercheurs en médecine étaient de façon générale exclus des calculs pour des raisons méthodologiques. Le fait que leur travail n'est pas mentionné ne veut pas dire qu'ils ne sont pas bons!

Soixante-et-onze établissements universitaires canadiens participaient à l'échantillonnage de l'organisme ontarien, qui s'appuie sur l'indice H (ou indice de Hirsch) pour établir son classement. Cet indice mesure les retombées des articles publiés dans les meilleures revues du monde. Né en 2005 dans le Proceedings of the National Academy of Sciences sous la plume du physicien Jorge Hirsch, il tient compte à la fois des répercussions des articles d'un auteur et du nombre d'articles produits. Il permet aussi de faire des évaluations par groupes de chercheurs, par facultés ou par universités.

Sur le plan individuel, trois chercheurs de l'Université de Montréal se sont illustrés en vertu de leurs indices très élevés, qui les placent à la tête de leur domaine de recherche au Canada: Jack Siemiatycki, de la Faculté de médecine, remporte la palme en santé publique grâce à un indice de 37; le politologue André Blais en science politique et la chimiste Françoise Winnik en pharmacie récoltent respectivement des indices de 37 et 36.

Publish or perish

«Je savais que mes travaux avaient une bonne visibilité internationale. Ce palmarès le confirme», mentionne André Blais, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études électorales. Se disant tout à fait à l'aise avec le principe universitaire du publish or perish, le professeur Blais a toujours trois ou quatre articles en cours d'acceptation par des comités de pairs ou en voie de publication. Son rythme: environ quatre gros articles par an. Il travaille étroitement avec des étudiants à la maitrise, au doctorat et au postdoctorat, qui sont le plus souvent ses cosignataires.

Le fait d'enseigner dans une université d'expression française ne nuit pas à la productivité, selon lui. «Montréal n'est pas Princeton ou Harvard, mais nous faisons partie des grands réseaux en science politique. Évidemment, il faut publier en anglais et assister aux rencontres internationales.»

Il n'est pas plus difficile de faire de la recherche au Canada qu'aux États-Unis, mais ce n'est pas plus facile non plus. «Demander du financement, ce n'est jamais simple. Ça prend du temps et c'est souvent en pure perte. J'ai de la chance parce que mon sujet de recherche, les modes de scrutin et le processus électoral, suscite beaucoup d'intérêt.»

Le chercheur publie en français (environ 1 article sur 10, évalue-t-il) lorsqu'il considère que le sujet intéressera principalement un public francophone.

Méthode novatrice

Globalement, en sciences sociales, l'Université de Montréal arrive au quatrième rang au Canada, derrière les universités du Manitoba, McMaster et de l'Alberta, selon les chercheurs Paul Jarvey, Alex Usher et Lori McElroy.

Leur étude, intitulée «Making Research Count: Analysing Canadian Academic Publishing Cultures», propose une façon novatrice de mesurer les performances scientifiques. Les auteurs prétendent contourner les biais de la bibliométrie traditionnelle en intégrant dans leurs variables la «culture de publication» des disciplines concernées.

Explication: dans le secteur des lettres et des sciences humaines, peu de chercheurs publient un article par mois, et rarement le font-ils en collaboration. Par comparaison, cette fréquence est courante en sciences biologiques et les multiples auteurs sont la norme. «Cela influe sur les indicateurs biométriques de base», indiquent-ils.

Il est temps que la bibliométrie s'ouvre à cette culture de publication, écrivent les auteurs en conclusion.

Mathieu-Robert Sauvé