Claire Durand avait vu venir le vote libéral

  • Forum
  • Le 10 septembre 2012

  • Daniel Baril

Claire DurandLe résultat de l'élection de mardi dernier en aura surpris plus d'un. Alors que les sondages plaçaient le Parti libéral du Québec (PLQ) en troisième place dans les intentions de vote après la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti québécois (PQ), respectivement en deuxième et en première place, le PLQ a talonné le PQ avec un écart de moins de un pour cent de votes et seulement quatre députés en moins que le PQ.

 

Claire Durand, professeure au Département de sociologie de l'Université de Montréal et spécialiste des sondages, n'a été aucunement surprise par ces résultats, qu'elle avait vus venir. Bien que les derniers sondages aient indiqué des résultats presque identiques et stables dans les intentions de vote, la sociologue avait élaboré, 48 heures avant le scrutin, trois scénarios possibles dont l'un est tombé pile.

La répartition des indécis

Le dimanche 2 septembre, Le Journal de Montréal publiait un sondage de Léger Marketing qui donnait 33 % des suffrages au PQ, 28 % à la CAQ et 27 % au PLQ. Ce sondage faisait état de 15 % d'électeurs indécis qui ont été répartis de façon proportionnelle entre les trois principaux partis.

Mais les électeurs ont plutôt accordé 31,9 % de leurs votes au PQ, 31,2 % au PLQ et 27 % à la CAQ, comme on l'a vu.

L'hypothèse gagnante de Claire Durand établissait pour sa part à 31,4 % la proportion des votes au PQ, 29,2 % au PLQ et 27,5 % à la CAQ, ce qui est on ne peut plus près de la réalité.

Le secret de sa boule de cristal: la répartition des indécis. La professeure a en effet attribué 50 % des indécis au PLQ, 25 % au PQ et 25 % à la CAQ.

«Il est connu depuis toujours que le “profil discret” ou indécis est plus près de l'électeur libéral, souligne-t-elle pour expliquer son mode de répartition. De plus, les sondages sous-estiment toujours le vote pour un parti qui est présenté négativement dans les médias et cela se voit partout dans le monde.»

Au Québec, la surreprésentation des libéraux parmi les indécis serait observable dans les résultats de sondages eux-mêmes: «Plus il y a d'électeurs discrets dans les résultats, moins les intentions de vote pour le PLQ sont élevées», affirme la chercheuse, qui a toujours été convaincue que les sondages sous-estimaient le vote libéral.

Les «indécis» seraient donc davantage des «discrets» qui n'osent pas afficher leurs véritables intentions.

Le «paradoxe de l'anglo péquiste»

La professeure prend également en considération un autre facteur qu'elle appelle le «paradoxe de l'anglo péquiste». Il s'agit de la version québécoise de ce que les sociologues français ont nommé le «paradoxe de la mémé communiste».

L'expression illustre le fait que, lorsqu'un groupe social collabore peu aux sondages, les individus de ce groupe qui acceptent de collaborer ont un profil différent de l'ensemble du groupe.

«Concrètement, si les personnes âgées de 65 ans et plus collaborent moins aux sondages, celles qui collaborent auront tendance à avoir un profil atypique de leur groupe d'âge. Et puisque ce groupe de personnes est sous-représenté, la pondération va gonfler les effectifs de ces personnes... atypiques et ainsi contribuer à un biais de l'échantillon», écrit Claire Durand dans son blogue «Ah! les sondages».

Au Québec, les anglophones, qui votent massivement pour le PLQ, participent moins que les francophones aux sondages et ceux qui y répondent ont des caractéristiques qui les distinguent de leur groupe linguistique, ce qui peut fausser les extrapolations.

Selon Claire Durand, cela aussi se vérifie dans les résultats de sondages: «Plus la proportion de non-francophones est élevée dans les échantillons, plus l'intention de vote pour le PLQ est élevée chez ces non-francophones et plus l'intention de vote pour le PQ est faible», dit la professeure dans son blogue.

Tout en précisant que la corrélation n'est pas «totalement systématique», elle donne comme exemple un sondage de Léger Marketing qui, avec 26 % de répondants non francophones, attribuait 81 % des votes de ces derniers au PLQ, alors que la proportion devrait être autour de 70 %.

«À 20 % de la population, un écart de cinq points dans l'estimation des voix pour un parti, quel qu'il soit, chez les non-francophones, amène une différence de un point dans l'estimation totale des votes pour ce parti», précise-t-elle.

Les aléas de l'électorat

Si ces facteurs sont connus, pourquoi les sondeurs n'en tiennent-ils pas compte?

Pour les élections de 1998, de 2003 et de 2007, la tendance était de répartir les électeurs discrets de façon non proportionnelle afin de prendre en compte la surreprésentation de ce groupe parmi l'électorat libéral, répond la sociologue. Mais les élections ne sont pas toujours pareilles et cette méthode a parfois induit la population en erreur quant à l'état des forces en présence, ce qui fait qu'elle a été délaissée cette fois-ci.

Quoi qu'il en soit, Claire Durand estime que les sondeurs et les médias auraient dû faire preuve de plus de prudence: «Étant donné la marge d'erreur, il aurait fallu dire non pas que le PLQ était en troisième place, mais que le PLQ et la CAQ occupaient la deuxième position après le PQ, conclut-elle. Comme notre mode de scrutin à un tour incite au vote stratégique et que les sondages influent sur les intentions de vote, il est important qu'ils donnent une image juste de la situation.»

Daniel Baril

 


Diplômés élus à l'Assemblé nationale
aux élections du 4 septembre 2012

Parti québécois

     

  1. Pauline Marois (HEC 1976)
  2. Sylvain Pagé (HEC 1991)
  3. Stéphane Bédard (droit 1991)
  4. Marie Malavoy (ét. pastorales 1967, service soc. 1971 et 1975)
  5. Bertrand Saint-Arnaud (droit 1980)
  6. Roland Richer (orthopédagogie 1988)
  7. Yves-François Blanchet (anthropologie 1987)
  8. Alexandre Cloutier (droit 2004)
  9. François Ouimet (études anglaises 1982 et 1984)
  10. Nicolas Marceau (sciences économiques 1987 et 1988)
  11. Dave Turcotte (FAS 2005)
  12. Suzanne Proulx (FEP 1994)
  13. Martine Ouellet (HEC 1998)
  14.  

Parti libéral

     

  1. Lawrence S. Bergman (droit 1964)
  2. Yolande James (droit 2000)
  3. Raymond Bachand (droit 1969)
  4. Henri-François Gautrin (mathématiques 1964)
  5. Jean-Marc Fournier (droit 1981 et 1991)
  6. Gilles Ouimet  (droit 1986)
  7. Marc Tremblay (droit 2000)
  8. Pierre Marsan (adm. santé 1973
  9.  

Coalition Avenir Québec

     

  1. François Legault (HEC 1978 et 1984)
  2. Jacques Duchesneau (FEP 1982)
  3. Stéphane Le Bouyonnec (Polytechnique 1985)
  4.  

Québec Solidaire

     

  1. Amir Khadir (physique 1984 et microbiol. et immunol. 1997)
  2. Françoise David (sciences sociales 1972)
  3.