Mélanie Dufour-Poirier apporte à l'UdeM une expertise en syndicalisation internationale

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  • Le 10 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Mélanie Dufour-Poirier Mélanie Dufour-Poirier est honorée d'occuper un poste de professeure à l'École de relations industrielles de l'Université de Montréal, elle qui ne croyait pas poursuivre ses études jusqu'au troisième cycle. Le doctorat n'est pas pour autant un accident de parcours. Cette brillante étudiante (décorée en 2005 du Prix du Lieutenant-gouverneur du Québec) a été engagée par l'Université du Québec en Outaouais avant même d'avoir terminé sa thèse.

 

Aujourd'hui associée au Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail, elle a plusieurs projets de recherche et demandes de financement en cours. Et elle est maman d'un enfant de 16 mois, Adam. «J'ai soutenu ma thèse enceinte de six mois», dit-elle.

Mme Dufour-Poirier a acquis, grâce à ses travaux de doctorat, une expertise en syndicalisation et en mondialisation des relations de travail. Les questions suivantes l'ont guidée dans ses recherches: les syndiqués d'une société multinationale de l'industrie minière peuvent-ils améliorer leurs conditions de travail et réduire les disparités Nord-Sud? Peuvent-ils échanger de l'information et s'organiser en coalition internationale? Quels sont les avantages liés à de tels efforts? Quels sont les obstacles se dressant sur leur chemin? Elle a défendu sa thèse, sous la direction de Christian Lévesque, en 2011 à HEC Montréal. Son terrain de recherche: les travailleurs miniers du Pérou, du Chili et du Canada, dont elle a suivi les pourparlers pendant cinq ans. Ses sujets de recherche: 44 dirigeants syndicaux présents dans des organisations locales, nationales et internationales.

«Les travailleurs canadiens gagnaient plus de 1000 $ par semaine, alors que les travailleurs chiliens et péruviens touchaient cette somme en un mois environ. Mais le salaire n'est qu'un des aspects illustrant les nombreuses disparités entre les travailleurs du Nord et du Sud engagés dans la coalition que j'ai étudiée au doctorat», commente la nouvelle professeure adjointe, chargée notamment du cours Défis du syndicalisme contemporain.

Mélanie Dufour-Poirier a étudié une société multinationale figurant parmi les 10 plus importantes du monde, comptant plus de 60 000 employés répartis sur cinq continents. Cette société lui a permis de mener ses entretiens auprès des dirigeants syndicaux chiliens et péruviens au cours de deux voyages d'études en Amérique latine. La collecte des données a également compris de nombreuses entrevues avec des représentants syndicaux canadiens jusqu'au Nunavut!

Difficile de comparer des travailleurs du Nord avec ceux du Sud quand la convention collective d'une unité de production au Chili, par exemple, tient sur une quinzaine de pages, tandis que l'autre prévoit des dispositions qui s'étendent sur des centaines de pages. Les conventions collectives conclues au Canada comportent des clauses très exigeantes et pointues quant aux dispositions relatives à la santé et à la sécurité au travail, alors que certaines conventions signées ailleurs ne contiennent aucune mesure en cas d'intoxication professionnelle grave. «Lorsque l'on connait les conditions de travail et de vie des mineurs sud-américains, l'histoire des travailleurs chiliens emprisonnés sous terre pendant 69 jours, qui a ému la planète en 2010, ne représente que la pointe de l'iceberg. Dans des mines à ciel ouvert, exploitées à très haute altitude, les travailleurs sont exposés à des dangers tout autant préoccupants. Il faut savoir qu'ils vieillissent prématurément, trois fois plus vite que les travailleurs situés au niveau de la mer. Une intervention plus sensible de l'État à cet égard est réclamée depuis plusieurs années par les organisations syndicales du Chili.»

Séjour marquant

L'intérêt pour la mondialisation est né en 1991 chez la cégépienne qui, à la faveur d'un projet humanitaire, a été aider les enfants de la rue à la frontière de la Colombie et de l'Équateur. Le projet devait durer quelques semaines; elle est restée deux ans là-bas. «J'ai vu des enfants de quatre ans cirer des chaussures et vendre des fruits pour gagner leur vie. J'ai vu un homme mourir dans les poubelles. La misère. Quand je suis revenue au Québec, je me sentais étrangère, perdue dans mon propre pays.»

Ayant appris l'espagnol durant son séjour, elle a approfondi sa connaissance de cette langue à l'Université Concordia, obtenant un baccalauréat en traduction avant de s'inscrire à HEC Montréal. Elle se dit très heureuse d'être en poste à l'UdeM, où règne un foisonnement d'idées formidable, en présence de collègues fort intéressants et de contact très agréable. «Le corps professoral de l'École de relations industrielles est riche en parcours de toutes sortes, il y prévaut une véritable interdisciplinarité dont les étudiants bénéficient. Il y a ici des spécialistes du droit, de la santé et sécurité au travail, de la gestion des ressources humaines, des relations du travail, des politiques publiques et j'en passe. Nous avons déjà des échanges très inspirants et de multiples projets. Je souhaite m'épanouir ici et pour longtemps!»

Mathieu-Robert Sauvé

 

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