Qu'advient-il des travaux des chercheurs?

  • Forum
  • Le 10 septembre 2012

  • Paule Des Rivières

À quoi cela sert-il d'étudier le phénomène du décrochage sous toutes ses coutures si les enseignants et les administrateurs scolaires n'en ont aucun écho? Ou d'élaborer, au terme de longs travaux, une stratégie de prévention du paludisme si ce projet génial n'atteint jamais les gens susceptibles d'en mourir? Les chercheurs sont nombreux à se poser de telles questions et, depuis une dizaine d'années, il s'est effectué un véritable rapprochement entre les universitaires et les milieux de l'éducation, de la santé et des services sociaux.

 

Mais il reste encore du chemin à faire et plusieurs chercheurs sont démunis lorsque vient l'étape de la valorisation. Aussi, ils connaissent mal les organismes qui peuvent les aider à faire rayonner leurs travaux à l'extérieur des murs de l'Université. C'est la raison pour laquelle le Vice-rectorat à la recherche, à la création et à l'innovation de l'UdeM organise une journée de l'innovation sociale le 20 septembre.

«Nous sommes excellents pour produire des recherches de grande qualité. Mais nous avons de la difficulté à aider les milieux afin qu'ils appliquent les résultats de nos travaux», résume Serge Brochu, vice-recteur adjoint à la recherche.

Au cours de cette journée, une première à l'Université de Montréal, des chercheurs livreront des témoignages sur des transferts de connaissances réussis. Les participants pourront aussi s'informer des programmes gouvernementaux qui offrent un soutien financier aux chercheurs désireux d'appliquer les résultats de leurs travaux sur le terrain. Par exemple, peu savent que le ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation a un budget pour favoriser la diffusion de résultats de recherche.

D'ailleurs, les organismes subventionnaires, aussi bien fédéraux que provinciaux, sont de plus en plus nombreux à demander au chercheur qui soumet une demande de subvention comment il envisage de faire connaitre ses travaux. «Les disciplines visées sont toutes celles qui font de l'innovation sociale», dit M. Brochu, qui admet lui-même avoir été dans l'ignorance de plusieurs programmes de valorisation jusqu'à tout récemment, même s'il a conduit de nombreuses recherches majeures en criminologie.

Courtage de connaissances

Parmi les invités à la Journée de l'innovation sociale, Christian Dagenais, professeur au Département de psychologie, travaille justement sur l'utilisation des recherches en dehors du monde universitaire. Son équipe vient d'obtenir une subvention du Fonds de recherche du Québec – Société et culture afin de déterminer les stratégies les plus efficaces en matière de transfert de connaissances.

Le chercheur cite en exemple une approche attrayante, celle du courtage de connaissances, dont il parlera à cette journée. Cette approche consiste à confier à un «courtier» un rôle d'agent de liaison entre les chercheurs et les milieux. Elle est à l'essai au Burkina Faso, où des communautés pourraient tirer profit de recherches sur la santé maternelle et sur la prévention du paludisme et la lutte contre le VIH. Au Québec, les courtiers sont également actifs dans un centre jeunesse en Montérégie et à l'Institut de gériatrie de Sherbrooke.

Il va sans dire que les conditions d'un transfert de connaissances réussi passent par un respect mutuel. Ou, dans les mots d'un autre conférencier à la Journée, Roch Chouinard: «Nous ne parlons plus du haut de notre savoir. Les échanges sont bidirectionnels.» M. Chouinard est doyen de la Faculté des études supérieures et postdoctorales et chercheur à la Faculté des sciences de l'éducation. Il a lui-même été enseignant au secondaire.

Pour sa part, M. Dagenais fut intervenant auprès des jeunes délinquants pendant de longues années avant de retourner aux études, hanté par le besoin de savoir quelle était la clé des succès qu'il avait connus avec certains d'entre eux. «Je revoyais parfois des jeunes qui me disaient “À telle rencontre, tu m'as dit quelque chose qui a changé ma vie”. Je voulais mieux comprendre cette dynamique», relate le chercheur.

Embauché par l'UdeM en 2004, Christian Dagenais a beaucoup travaillé auprès de Mireille Mathieu, au Département de psychologie ainsi qu'au Centre de liaison sur l'intervention et la prévention psychosociales, dont la raison d'être est justement le transfert d'expertise vers les milieux. Mme Mathieu, aujourd'hui rattachée à l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux du Québec, livrera aussi son témoignage le 20 septembre. Et pour cause. Mme Mathieu est une pionnière de l'innovation sociale au Québec.

Paule des Rivières

Information: sophie.alarie@umontreal.ca ou 514 343-6111, p. 0852.

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