Tout sur les champignons

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  • Le 10 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Le gyromitre commun est facilement identifiable, ce qui est une bonne chose, car il peut être toxique s'il est consommé cru. (Photo: Jean Després)Ils ont colonisé tous les continents; certains sont de véritables géants – un seul individu peut peser 90 tonnes et mesurer 10 kilomètres carrés –, mais on ne les voit pas et on ne les connait pas. Les champignons font partie d'un monde à part où seuls les initiés mettent les pieds, avec leur petit panier et leur couteau suisse. «Les humains observent et utilisent les champignons depuis des millénaires et, au fil de l'histoire, ils furent tantôt craints, tantôt vénérés et recherchés.

 

Bien que certains champignons soient toxiques ou parasites, plusieurs sont bénéfiques et contribuent de maintes façons au maintien de la diversité biologique, au fonctionnement des écosystèmes et à la survie de l'homme», écrivent Alice Roy-Bolduc et Mohamed Hijri dans l'introduction de L'univers des champignons, qui vient de paraitre aux Presses de l'Université de Montréal (PUM).

Les deux signataires incarnent bien cette symbiose être humain-champignons. Étudiante à la maitrise en sciences biologiques à l'Université de Montréal, Mme Roy-Bolduc travaille sous la direction de Mohamed Hijri, et avec plusieurs chercheurs et bénévoles, à la sauvegarde des îles de la Madeleine, menacées par l'érosion. Son arme: des champignons microscopiques qui aident les plantes à s'accrocher aux rives sablonneuses, rendant celles-ci moins vulnérables aux tempêtes. Le professeur Hijri se penche, entre autres, sur un procédé révolutionnaire de transformation des sols contaminés aux hydrocarbures. Il sélectionne des colonies de microorganismes mangeurs de pétrole.

C'est beaucoup plus qu'un guide d'identification qu'ont rédigé les 14 auteurs du magnifique ouvrage lancé au début du mois par l'éditeur universitaire. Sous la direction d'un vieux routier du Cercle des mycologues de Montréal, Jean Després, qui a gagné sa vie comme informaticien mais consacré ses loisirs à la mycologie, l'ouvrage réunit des articles de spécialistes universitaires (y compris le biologiste émérite Raymond McNeil et l'ethnobotaniste Alain Cuerrier, de l'UdeM) et d'autodidactes. Il inclut notamment un texte de la doctorante Élaine Després, de l'UQAM, sur les champignons dans la littérature. Présents dans le roman policier autant que dans la bande dessinée ou les grands classiques, le champignon est tantôt simple aliment, tantôt drogue hallucinogène ou arme meurtrière. «Il ne faut pas chercher dans la fiction et dans la poésie un savoir mycologique précis mais bien un regard sur la symbolique des champignons, leurs valeurs sociales et les discours mythiques qu'ils portent», écrit l'étudiante en lettres.

Le texte de Jean Després ouvre le volume sur une des particularités du règne: l'anatomie et la diversité des formes. Tout mycologue apprend dès son initiation que le champignon qu'on aperçoit est le plus souvent une fructification de la partie invisible de l'organisme, le mycélium. Mais cette fructification a d'étonnants visages. Les photos montrent de beaux spécimens à lamelles ou à tubes, mais aussi à texture de gélatine ou sous forme de filaments; certains sont voilés, d'autres sphériques. Sans parler des couleurs...

Les auteures Yolande Dalpé (chercheuse associée à l'Institut de recherche en biologie végétale) et Marie-France Gévry signent un intéressant chapitre sur l'écologie des champignons, dans lequel on découvre qu'une cinquantaine d'espèces sont bioluminescentes, c'est-à-dire qu'elles émettent de la lumière. Pour quelle raison évolutive? C'est encore une énigme, reconnaissent les spécialistes. Peut-être pour attirer des insectes qui transporteront leurs spores.

Des parasites, les champignons? Pas toujours. Certains jouent un rôle symbiotique avec les animaux. On trouve aussi des cas de mutualisme: le campagnol de Californie, par exemple, mange un champignon qui en profite, car le système digestif du rongeur augmente le potentiel de germination de ses cellules reproductrices.

Les champignons ont beaucoup à nous apprendre, disent les mycologues. Quand on pense que seulement huit pour cent des espèces seraient connues à ce jour, on aura besoin de plusieurs siècles pour seulement les répertorier. L'ouvrage des PUM donne un aperçu des surprises qui nous attendent.

Mathieu-Robert Sauvé

Collectif sous la direction de Jean Després, L'univers des champignons, Presses de l'Université de Montréal, 2012, 376 pages, 39,99$.

 

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