Vote au pluriel - Québec : des modes de scrutin différents, des résultats différents

logo vote au plurielDans le cadre de la récente campagne électorale québécoise, le professeur de science politique de l'UdeM André Blais a participé au développement d'un nouvel outil Internet qui permet de mieux comprendre comment fonctionnent différents modes de scrutin : Vote au pluriel – Québec. Cet outil a été élaboré par des chercheurs associés à la Chaire sur la démocratie et les institutions parlementaires de l'Université Laval, dans le cadre d'une grande étude internationale visant à mieux comprendre le fonctionnement de la démocratie (Making Electoral Democracy Work), que dirige le professeur Blais. Voici les premiers résultats de cette simulation de vote en ligne.

 

L'élection du 4 septembre a permis de constater les effets du mode de scrutin pluralitaire sur la transposition des votes exprimés en sièges à l'Assemblée nationale du Québec. Bien que le Parti québécois et le Parti libéral ont chacun recueilli moins du tiers des votes, ils bénéficieront respectivement d'une représentation à l'Assemblé nationale de l'ordre de 43% et 40% des sièges. Pour sa part, avec 27% des votes, la Coalition avenir Québec n'a obtenu que 15% des sièges. Québec solidaire et Option nationale sont également sous représentés à l'Assemblée nationale par rapport aux votes qu'ils ont recueillis.

La recherche en science politique montre que le mode de scrutin a aussi un impact sur le comportement des électeurs, notamment sur leurs décisions dans l'isoloir. L'influence du contexte politique se fait alors sentir, notamment à travers le vote stratégique. Beaucoup d'information est d'ailleurs perdue dans notre mode de scrutin pluralitaire puisque les électeurs doivent faire un choix difficile entre plusieurs candidats.

Le site Vote au pluriel – Québec a été lancé officiellement le 20 août dernier. Il visait à informer les électeurs sur trois modes de scrutin, leurs fonctionnements, mais aussi leurs forces et faiblesses. Nous invitions les citoyens du Québec à participer à une simulation du vote en ligne suivant ces trois modes de scrutin. 9 990 répondants ont participé à l'exercice, dont 8 883 qui ont rempli les trois bulletins de vote. Il est important de noter que notre échantillon n'est pas probabiliste, ni représentatif au sens généralement accepté. Les répondants ont en effet décidé de participer de leur propre chef. Nous avons tout de même encouragé une participation large à l'aide d'entrevues radio et télévision à travers le Québec, en français et en anglais. Nos efforts ont porté fruit puisque notre échantillon final ratisse large en terme de représentation sociodémographique. Une pondération basée sur les résultats officiels a été utilisée pour s'assurer que nos résultats soient comparables avec ceux du vrai scrutin du 4 septembre.

Voici quelques données qui illustrent l'intérêt d'une recherche comme la nôtre:

1) Les résultats officiels de la dernière élection pour les principaux partis se déclinent comme ceci : PQ 32%, PLQ 31%, CAQ 27%, QS 6% et ON 2%. À l'aide de nos données, nous estimons que le système proportionnel aurait produit des résultats assez différents alors que le PQ aurait reçu 25%, le PLQ 26%, la CAQ 27%, QS 11% et ON 6%. Le tableau 1 (voir en annexe) montre la répartition des voix dans les trois modes de scrutin. Pour le vote alternatif, nous présentons dans le tableau les premières préférences.

2) En termes de sièges, le tableau 2 résume la distribution des sièges selon les trois modes de scrutin. Les différences sont appréciables alors que la CAQ passe du troisième au premier rang selon le mode de scrutin. Québec solidaire fait aussi beaucoup mieux en termes de voix exprimées en proportionnel. Il est à noter que la distorsion demeure appréciable avec le vote alternatif, le Parti québécois profitant toujours d'une prime importante en termes de sièges.

3) Le mode de scrutin par vote alternatif nous permet d'identifier l'ordre des préférences des électeurs. Nous pouvons donc comparer ces préférences avec les votes exprimés dans notre système pluralitaire, mais aussi identifier les deuxième et troisième préférences des électeurs. Le tableau 3 résume les résultats.

4) Clairement, Québec solidaire et Option nationale sont les grands perdants de notre mode de scrutin. En tenant compte de la transposition des voix en sièges dans notre mode de scrutin, on peut donc conclure que la CAQ subit les effets « mécaniques » néfastes de la répartition des sièges par circonscription en système pluralitaire. En contrepartie, QS et ON paient un fort prix en terme d'effets « psychologiques », essentiellement par une baisse d'appui dans les votes exprimés dans le système actuel. Les causes de cette baisse d'appui sont multiples. Par exemple, le vote stratégique éloigne certains électeurs sympathiques aux petits partis alors que d'autres optent pour un candidat local représentant un parti qui n'est pas leur première préférence. Dans les deux cas, le mode de scrutin proportionnel atténuerait les pertes d'appui pour ces petits partis.

5) Les modes de scrutin pluralitaire et proportionnel ne nous renseignent pas sur les deuxièmes et troisièmes préférences des électeurs. Le vote alternatif fournit cette information. On voit que le Parti libéral est assez isolé alors que peu de répondants incluent le PLQ comme deuxième et troisième choix. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec bénéficient en ce sens d'un appui plus consensuel.

6) Nous avons demandé aux participants de nous indiquer leur préférence pour l'un ou l'autre des modes de scrutin. Nos résultats montrent que 12% préfèrent le système pluralitaire contre 41% pour la proportionnelle et 22% pour le vote alternatif.

Les résultats détaillés seront dévoilés au grand public sur la page du projet Vote au Pluriel – Québec au cours des prochains jours. Nous vous rappelons que ce projet s'inscrit dans le cadre d'une grande étude internationale visant à mieux comprendre le fonctionnement de la démocratie (Making Electoral Democracy Work), dirigée par le professeur André Blais à l'Université de Montréal.

 

     

  • Source : Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires, Université Laval
  •  

 

Tableaux avec données

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Notes méthodologiques

     

  • En tout, 9 990 réponses ont été enregistrées entre le 20 août à midi et le 4 septembre à 20h15.
  • Seuls les répondants ayant voté dans les trois systèmes ont été inclus dans les analyses.Nous avons donc 8 883 réponses valides.
  • Il est possible qu’une même personne ait participé à plusieurs reprises. Le nombre de répondants est donc le nombre de fois qu’un individu a participé au projet, et non le nombre de répondants uniques. Pour des raisons de confidentialité, nous ne pouvons retracer les adressesIP des répondants et faire le tri.
  • Les répondants qui n’ont pas voulu divulguer leur circonscription de résidence se sont vus attribuer une circonscription aléatoirement.
  • La participation à notre projet a été inégale à travers les circonscriptions. Certaines d’entre elles – notamment Mercier, Gouin et Taschereau – ont particulièrement bien répondu. Nous sommes tout de même satisfait puisque nous avons réussi à couvrir l’ensemble du territoire.
  • À notre grande surprise, aucun répondant n’a accordé son appui au Parti libéral dans Bourassa-Sauvé. Le PLQ l’a pourtant emporté. C’est le seul cas de ce genre que nous avons observé. Pour le bénéfice de cet exercice, nous avons attribué ce comté au PLQ dans nos prédictions en mode pluralitaire.
  •