De quoi auront l'air les dictionnaires de l'avenir?

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  • Le 17 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Tout en demeurant une mordue des éditions papier des dictionnaires, Monique Cormier s'intéresse aux mutations du support au point de faire du numérique le thème de la 4e Journée québécoise des dictionnaires, le 4 octobre prochain. (Photo: Rémy Boily)Pour la linguiste Monique Cormier, l'époque actuelle ressemble à certains égards au Siècle des Lumières. «Denis Diderot avait l'ambition de rendre le savoir accessible avec son Encyclopédie ; c'est un peu la même chose avec cette connaissance qu'on trouve sans effort sur Internet. Nous sommes à une époque où le savoir explose», affirme la directrice du Département de linguistique et de traduction de l'Université de Montréal.

 

Au bas d'une page qu'elle a consultée récemment dans un site de nouvelles générales, une icône donnait accès au dictionnaire Littré, un ouvrage vendu 40 $ en librairie. «La consultation était gratuite. Je me demande comment vont vivre les grands éditeurs de dictionnaires quand les usagers passeront par cette voie pour trouver des réponses à leurs questions.»

C'est autour de ce thème que se réuniront le 4 octobre à la Grande Bibliothèque environ 200 participants à la 4e Journée québécoise des dictionnaires. Quels usages, quelles clientèles, quels types de contenus trouve-t-on dans le secteur de plus en plus dynamique des dictionnaires numériques? Quels entrepreneurs choisissent d'emprunter cette route? Les nouveaux supports changent-ils la pratique des lexicographes? Si oui comment? Pour répondre à ces questions, Mme Cormier a rassemblé une quinzaine d'experts venus de différents horizons, de l'écrivain Alberto Manguel à Éric Brunelle, président de Druide informatique. «Quand on peut intégrer des images vidéos, de la musique et des graphiques dans l'article d'un dictionnaire, cela modifie forcément le travail des professionnels chargés de définir les mots», signale Mme Cormier.

Tout en demeurant une mordue des bonnes vieilles éditions papier – elle en a plus de 200 dans sa collection personnelle –, Mme Cormier s'intéresse aux mutations du support au point de faire du numérique le thème de cette quatrième journée des dictionnaires. Après une rencontre consacrée aux Larousse puis aux Robert, la troisième journée, en 2008, portait sur les premiers ouvrages diffusés ou édités en Nouvelle-France.

Parmi les experts venus d'outre-Atlantique, Jean-Yves Mollier, professeur à l'Université de Versailles, abordera l'encyclopédie sur Internet et Laurent Catach, responsable des éditions numériques aux Dictionnaires Le Robert, présentera sa vision des contenus éditoriaux dans les dictionnaires numériques. Pascale Lefrançois, professeure à la Faculté des sciences de l'éducation de l'UdeM, traitera de la question des écoles et deux chercheurs de l'Université de Sherbrooke, Hélène Cajolet-Laganière et Louis Mercier, viendront parler du projet Franqus.

Signe des temps, c'est la première fois que les actes du colloque ne seront pas publiés par Les Presses de l'Université de Montréal. On a plutôt choisi de diffuser les présentations sur le petit écran et sur le Web. La chaine Canal Savoir captera les échanges qu'on pourra voir dans les mois qui suivront.

La présence des partenaires de la première heure – l'Université de Montréal, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, le consulat général de France, Cartier et Lelarge, Le Robert, Druide informatique, les Comptables agréés du Canada, Québec Amérique et le gouvernement du Québec (Secrétariat à la politique linguistique, Office de la langue française et Conseil supérieur de la langue française) – assurent le financement de l'activité.

Trois nouveaux postes

Conceptrice et chef d'orchestre des journées québécoises des dictionnaires en 2003, 2005 et 2008, Monique Cormier a eu beaucoup de pain sur la planche ces dernières années, puisqu'elle a été vice-doyenne de sa faculté et qu'elle a présidé deux fois le comité scientifique du congrès de l'Association francophone pour le savoir – le plus important rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la francophonie – en plus de tenir une chronique hebdomadaire à la Première Chaine de Radio-Canada. Elle a dû reporter quelques projets personnels de rédaction pour se consacrer à ses différentes tâches de rayonnement.

Elle avait bien l'intention d'y revenir lorsqu'on l'a invitée à diriger le Département de linguistique et de traduction, un mandat qu'elle assume depuis le 1er juin dernier. «Notre département regroupe des forces extraordinaires qui ne sont pas toujours valorisées, croit-elle. Je m'engage à faire connaitre les bons coups de notre équipe.»

En tout cas, sa présence n'a pas tardé à se faire sentir, puisque trois postes de professeurs ont été créés depuis son entrée en fonction. On cherche des experts en phonologie, sémantique lexicale et traduction spécialisée pour compléter le corps professoral.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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