La littérature à l'ère du numérique

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  • Le 17 septembre 2012

  • Daniel Baril

Marcello Vitali RosatiMarcello Vitali Rosati, nouveau professeur au Département des littératures de langue française de l'Université de Montréal, a mis le pied pour la première fois sur le sol québécois le 22 mars dernier, alors que 200 000 personnes, majoritairement des étudiants en grève, défilaient dans les rues de la métropole.

 

«Je suis allé voir la manif; c'était vif et assez impressionnant», avoue-t-il. Cet accueil inattendu ne l'a toutefois aucunement effrayé. «Bien au contraire. Que des jeunes contestent ainsi et sans violence est un signe de santé pour la démocratie», estime le professeur.

Italien d'origine, Marcello Vitali Rosati débarquait à Montréal pour une entrevue d'emploi liée à un tout nouveau poste en littérature et culture numérique créé au Département des littératures de langue française. Moins d'un mois plus tard, il était de retour en ville, cette fois pour occuper le poste.

Que désigne-t-on exactement par littérature et culture numérique? «Il s'agit non seulement de la littérature produite par les médias numériques, mais surtout de l'influence de ces médias sur la littérature et sur la façon d'écrire, explique le professeur. Nous cherchons donc à savoir ce que devient la littérature à l'ère du numérique.»

Nouveaux défis, nouvelles habiletés

Pour le professeur Vitali Rosati, le nouveau défi lancé pas les médias numériques n'est plus de diffuser l'écrit et de le rendre accessible, mais de l'éditorialiser afin d'optimiser sa lisibilité. Les procédés de lecture étant différents sur un écran d'ordinateur de ce qu'ils sont pour un livre ou un journal, cela demande des adaptations de la part de l'écrivain ou du rédacteur afin de ne pas perdre le lecteur.

«La grande quantité d'information immédiatement accessible grâce au numérique oblige à accorder plus d'attention au lecteur et à dire plus rapidement ce que l'on a à dire, observe-t-il. L'éditorialisation du texte doit aussi se faire par sa mise en réseau à l'aide de liens interactifs afin de lui assurer un maximum de visibilité.»

Cette surabondance d'information entraine par ailleurs de nouveaux enjeux pédagogiques. «Puisque l'information est facile à trouver, la bonne mémoire n'est plus la principale habileté à acquérir. Le danger, c'est de retenir de la mauvaise information. Il faut donc développer le sens de l'évaluation et de la sélection et savoir créer son propre parcours de lecteur.»

Marcello Vitali Rosati ne craint pas que les médias numériques réduisent à sa plus simple expression les habitudes de lecture et d'écriture. «Je suis sceptique quant à ce danger, affirme-t-il. Les médias électroniques nous conduisent à faire les choses différemment, mais ce n'est pas plus dangereux qu'avant pour la lecture. Socrate était contre l'écriture parce qu'il craignait que les livres nous conduisent à ne plus assimiler les connaissances...»

Philosophe du virtuel

En citant Socrate, le professeur Vitali Rosati est en terrain connu, puisqu'il est philosophe de formation. Après des études de maitrise à l'Université de Pise consacrées à Emmanuel Levinas, il entreprend son doctorat en philosophie du théâtre à l'Université Paris-Sorbonne (Paris 4) sous la codirection d'un professeur de l'Université de Pise.

Ses travaux portent plus précisément sur le concept de virtualité philosophique chez Maurice Merleau-Ponty, dont l'œuvre fait une grande place au théâtre. En philosophie, le virtuel est un potentiel non encore actualisé, terme qui a ensuite été utilisé en informatique pour désigner les simulations de la réalité par opposition aux réalités tangibles.

Intéressé par ces deux aspects du virtuel, Marcello Vitali Rosati se retrouve au Musée de l'homme, à Paris, où il dirige un séminaire sur les TIC. Par la suite, il donnera un cours sur les enjeux culturels du numérique aux Hautes Études des technologies de l'information et de la communication.

Le poste de professeur en littérature et culture numérique à l'UdeM semblait donc taillé sur mesure pour son profil. «Ma formation en philosophie, théâtre et communication, qui était trop hybride en France, est devenue ici mon point fort», souligne-t-il.

Pour le professeur, le numérique est plus qu'un support et plus qu'un outil de communication. «C'est aussi un espace d'action et de vie sociale. Le regard philosophique sur cette nouvelle réalité est nécessaire pour comprendre l'identité en train de se former. Il nous faut intégrer cette réflexion dans les disciplines classiques.»

Un cours sera offert dans cette nouvelle discipline à l'automne, soit Pratique de l'édition numérique, et deux autres au trimestre d'hiver, Écriture et nouveaux médias et Littérature, culture et médias.

Daniel Baril

 

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