Cynthia Carbonneau couronne son doctorat par un prix du FRQS

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  • Le 24 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Les travaux de Cynthia Carbonneau portent sur les effets secondaires à long terme de l'irradiation, utilisée chez les patients atteints de leucémie au moment de subir une greffe de moelle osseuse.Durant le mois de septembre, Cynthia Carbonneau a soutenu sa thèse de doctorat au Département de pharmacologie de l'Université de Montréal et s'est vu décerner le titre d'étudiante-chercheuse étoile du mois par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS).

 

«Ça finit en beauté plus de six années de travail au sein d'une équipe du CHU Sainte-Justine, qui était devenue ma deuxième famille», commente la jeune femme qui fait actuellement ses valises pour la ville de Québec, où elle entamera le 1er octobre des études en médecine à l'Université Laval. Son objectif: devenir médecin. Une spécialité? Peut-être l'hématologie ou l'immunologie. Elle se donne quelques années pour décider, mais une chose est certaine: elle sera active en recherche. «J'aime apprendre. Quand on fait de la recherche, on apprend tous les jours.»

L'article qui a retenu l'attention du jury du FRQS a été publié dans Blood en janvier 2012 et porte sur les effets secondaires à long terme de l'irradiation, qui est utilisée chez les patients atteints de leucémie au moment de subir une greffe de moelle osseuse. «Nous avons démontré que l'environnement joue un rôle majeur dans le maintien des fonctions des nouvelles cellules après la greffe. L'irradiation diminue le potentiel du système immunitaire», explique Cynthia Carbonneau, qui avoue sa surprise d'être «l'étoile du mois» de l'organisme subventionnaire après des chercheurs qui ont publié dans Nature et Immunity.

Menée sur des modèles animaux, l'expérience de la doctorante a révélé que les différents types cellulaires de l'environnement ne répondent pas de la même manière à l'irradiation et que les dommages résiduels à long terme altèreraient la production des cellules sanguines. L'irradiation par des rayons gammas est employée depuis plusieurs décennies dans le traitement de cancers du sang. Plutôt que de cibler un organe, comme dans plusieurs interventions de radiothérapie, on irradie tout le corps du patient. «Notre étude vient établir des choses que nous soupçonnions depuis longtemps sans en comprendre les mécanismes. En s'attaquant à l'environnement des cellules cancéreuses, on nuit en quelque sorte aux chances de succès de la greffe.»

Même si l'application d'une telle recherche n'est pas pour demain, elle pourrait amener les oncologues à modifier l'approche thérapeutique.

Plus d'échecs que de réussites

Depuis toujours, Cynthia Carbonneau aime expliquer les notions qu'elle maitrise aux gens qui l'entourent. Elle se voyait devenir enseignante plutôt que clinicienne chercheuse. Un baccalauréat en pharmacologie à l'Université de Sherbrooke, puis une maitrise et un doctorat, coup sur coup, à l'Université de Montréal l'ont convaincue de se consacrer à la recherche. «J'aime beaucoup explorer et interroger le monde qui nous entoure», mentionne-t-elle.

Pourtant, la vie d'une chercheuse de troisième cycle n'est pas de tout repos. Elle comporte des hauts et des bas... mais surtout des bas. «La recherche, c'est au moins 70 % d'échecs», évalue-t-elle.

Originaire de Bromont, en Estrie, Cynthia Carbonneau a longtemps concilié les études avec son loisir, les sports équestres. À l'école secondaire qu'elle fréquentait, à Cowansville, elle a pu s'inscrire à un programme sport-études, un parcours qu'elle était la deuxième cavalière seulement à suivre. Cela lui a permis de prendre part à des compétitions nationales et internationales.

Avant d'entrer au laboratoire de Christian Beauséjour, professeur au Département de pharmacologie, Cynthia Carbonneau avait obtenu une bourse du millénaire et une bourse de l'Université de Sherbrooke. Au cours de ses études aux cycles supérieurs, elle a gagné plusieurs prix pour ses présentations par affiches, notamment aux journées des étudiants du CHU Sainte-Justine en 2007, 2008 et 2011. Ses études doctorales lui ont aussi valu des bourses de recherche des Instituts de recherche en santé du Canada et du FRQS. Elle a plusieurs articles en processus de révision par des comités de pairs.

Des étoiles montantes

Le prix Étudiant-chercheur étoile, d'une valeur de 1000$, est remis chaque mois par les Fonds de recherche du Québec à de jeunes auteurs d'articles scientifiques dans trois catégories: Nature et technologies, Santé et Société et culture. On précise que le concours s'adresse à «l'étudiant-chercheur ayant une production rendue publique depuis moins de sept mois à la date de clôture du concours. Elle doit nécessairement consister dans un article (dans une revue avec comité de lecture), un chapitre de livre, un livre, un brevet, une œuvre ou une performance et résulter des travaux que le candidat a réalisés dans le cadre d'une recherche effectuée au Québec et dont il est l'auteur.» La prochaine date de clôture est le 1er mars.

Mis en place au début de l'année par le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, ce concours a comme premier objectif de «reconnaitre l'excellence de la recherche réalisée par les étudiants de niveau collégial et universitaire (baccalauréat, maitrise et doctorat), les stagiaires postdoctoraux, ainsi que les membres d'un ordre professionnel en formation de recherche avancée, et ce, dans toutes les disciplines couvertes par les trois Fonds de recherche du Québec».

Deux chercheurs de l'École Polytechnique (Dominique Claveau-Mallet et Anna Mazhorova) et deux autres de l'Université de Montréal (Aurore Dodelet-Devillers, doctorante en médecine vétérinaire, et Jorge Ivan Alvarez, stagiaire postdoctoral en microbiologie et immunologie, cosignataires d'un article retenu) ont obtenu cette récompense au cours des derniers mois.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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