La médecine familiale sait se vendre

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  • Le 24 septembre 2012

Les étudiants ont pu constater la grande variété de tâches et de responsabilités dévolues au médecin de famille. (Photo: Alexis Gagnon)Si l'on se fie à la place qui lui a été donnée lors de la dernière campagne électorale ou aux 450 étudiants qui se sont déplacés de Sherbrooke, Québec et Montréal au pavillon Roger-Gaudry le samedi 15 septembre, la médecine de famille a de beaux jours devant elle. Élément incontournable dans la chaine de soins, elle a enfin acquis une image plus attrayante auprès des futurs praticiens.

Une image qu'il a fallu façonner au cours des années pour faire comprendre aux patients qu'ils n'ont pas forcément besoin de consulter un otorhinolaryngologiste pour une simple toux, mais également pour convaincre les étudiants de l'intérêt qu'ils pouvaient y trouver. C'est d'ailleurs sur ce point que le symposium 2012 sur la médecine familiale a été axé: la médecine de famille est suffisamment diversifiée pour correspondre à la personnalité et aux attentes des médecins de demain.

Les étudiants avaient donc un très large choix de conférences et d'ateliers auxquels ils pouvaient librement prendre part, sans aucune pression, ce qui est rare dans leur cursus. Plutôt médecine de rue, d'urgence ou humanitaire? Plutôt en ville, en région ou à l'étranger? Difficile de ne pas trouver son compte dans la trentaine d'activités proposées.

Médecin touche-à-tout

Les conférences ont fait la part belle à des parcours aussi atypiques que passionnants. Parmi eux, celui du Dr Réjean Thomas, bien connu pour son engagement auprès des sidéens. Avec l'éloquence et la simplicité qu'on lui connait, il a égrainé toute la richesse de sa carrière: création d'une clinique, travail auprès de personnes atteintes d'une maladie nouvellement apparue, recherche, aide humanitaire, politique...

Pour lui, l'engagement est indissociable de sa pratique. «Les patients nous remercient d'être leurs médecins de famille, ils pensent avoir gagné à la loterie! Quand on a la chance d'avoir une place aussi valorisée dans la société, il ne faut pas hésiter à s'engager pour y donner un sens», a-t-il affirmé dans son allocution.

Ce discours a touché les étudiants. «C'est très inspirant, le Dr Thomas est un modèle pour moi», a confié Andrée-Anne Duchesneau, étudiante de première année à l'UdeM mais déjà titulaire d'un baccalauréat en psychologie. «J'ai été travailleuse de rue auprès de jeunes en difficulté et j'aime écouter, comprendre les histoires de ces gens. Je souhaite maintenant devenir médecin pour pouvoir soigner ces personnes», a-t-elle ajouté.

L'écoute était aussi au centre du discours du Dr John Sader. Se servant de sa propre vie, de ses forces, de ses faiblesses, il a montré en quoi la médecine de famille avait comblé ses attentes. «Choisir sa spécialité n'est pas facile, mais il ne faut pas croire que se tourner vers une surspécialisation vous rendra plus heureux. Pour ma part, une grande partie de ma richesse vient des expériences que je vis au contact des patients.»

De même, il n'a pas manqué de rappeler que l'apprentissage de la médecine de famille est un défi, puisqu'il faut posséder de très nombreuses connaissances sur l'ensemble des disciplines médicales. Ce défi peut toutefois être relevé à l'aide des nouvelles technologies, comme l'a illustré l'atelier de la Dre Évelyne Bourdua-Roy. Ordinateurs portables, iPad, iPhone, accompagnés de toutes sortes d'applications bien choisies, peuvent permettre aux étudiants de s'y retrouver sans se noyer dans les formules, termes et dosages.

Au final, de nombreux étudiants croisés au fil de la journée nous ont dit avoir été agréablement surpris. «Ce qui est intéressant, c'est de voir les possibilités d'évolution de carrière. Rien n'est figé et l'on peut toujours, si on le souhaite, se spécialiser par la suite», ont mentionné Anne-Julie Bussières et Alexandra Lévesque, étudiantes de deuxième année à l'Université Laval.

Le succès de ce type de journée n'est d'ailleurs pas qu'une impression, si l'on en croit le Dr Antoine Groulx, président du Collège québécois des médecins de famille et auteur d'un mémoire s'intéressant aux mécanismes permettant d'attirer les étudiants vers la médecine de famille: «Le symposium est un élément majeur de motivation, plus encore que les groupes d'intérêt en médecine familiale [GIMF], parce qu'il agit fortement sur les leadeurs étudiants qui participent à l'organisation de telles rencontres.»

La médecine de famille représente actuellement 40 % des choix des étudiants en médecine, comme le rappelle Marie-Pierre Codsi, étudiante de quatrième année, présidente du GIMF de l'Université de Montréal et coprésidente du symposium avec Pierre-Luc Corbeil. Gageons qu'en 2013 certaines universités devront refuser des étudiants s'orientant dans cette voie. Une situation impensable il y a peu.

Matthieu Payen
Collaboration spéciale

 

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