Les arts numériques s'exposent au Carrefour des arts

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  • Le 24 septembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Scènarêve #2, de Marie Popeck, présente 600 écouteurs et casques d'écoute suspendus. Œuvre écoloresponsable, elle est faite de pièces recyclées, notamment de la compagnie aérienne Air Transat.«L'UdeM a sa place dans le réseau des arts numériques à Montréal», dit avec conviction Caroline Vachon, coordonnatrice du Carrefour des arts, qui accueille depuis le 18 septembre des artistes émergents ayant pour pinceaux des souris d'ordinateur et pour toiles des écrans électroniques.

 

Mme Vachon a suggéré l'idée de mettre en vedette des créateurs de l'avant-garde numérique et Élène Tremblay, professeure au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques, a pris le relai pour coordonner ArtnUM, qui a ouvert ses portes la semaine dernière et qui se poursuit jusqu'au 20 octobre.

«Nous avons rassemblé des œuvres significatives d'artistes étudiants qui ont une réflexion sur l'art en plus de leur pratique; cette exposition met en valeur l'originalité mais aussi la variété de leurs démarches», commente Élène Tremblay. La manifestation multidisciplinaire offre une visibilité au travail artistique de jeunes dont le parcours à l'Université de Montréal passe par différentes unités: histoire de l'art et études cinématographiques, informatique et recherche opérationnelle, musique. On veut également profiter de l'occasion pour célébrer le premier anniversaire du certificat en arts, création et technologies, lancé en septembre 2011 par la Faculté des arts et des sciences (FAS) et la Faculté de musique.

L'amateur d'art ne saura résister à l'installation programmée Air, de Patrick Saint-Denis, présentée dans la grande salle de l'étage supérieur. Évoquant un écran à très basse résolution, elle est constituée de feuilles blanches qui se soulèvent une à une grâce à l'action de 192 petits ventilateurs cachés derrière. Un détecteur de mouvement capte les gestes faits devant l'installation. Un musicien ou un danseur voit ainsi se reproduire ses mouvements, comme une ombre, dans son dos.

Ces feuilles de papier de format 8 1/2 × 11 qui s'agitent symbolisent la base du travail universitaire et le souffle du mécanisme donne à l'œuvre une rare sensualité. Il y a pourtant derrière ce dispositif une expertise électronique de haut niveau. «Un mélange de robotique, d'informatique et de chorégraphie», explique le créateur, qui termine actuellement un doctorat en composition à la Faculté de musique après avoir étudié la musique au conservatoire de La Haye, aux Pays-Bas. Dans son esprit, les jeunes créateurs ne doivent pas être technophobes; au contraire, ils ont intérêt à s'approprier la technologie, comme les informaticiens doivent se rapprocher des arts. Le mariage, dans son cas, est fertile.

Pièce d'une tout autre nature, Scènarêve #2, de Marie Popeck, allie aussi la technologie et la musique. Suspendus à un faux plafond, quelque 600 écouteurs et casques d'écoute font entendre différentes parties d'un récit mis en musique par le compositeur Olivier Gosselin. L'œuvre présente un récit narratif basé sur un rêve particulièrement riche où l'histoire de l'artiste se mêle à des scènes cinématographiques et à différents genres artistiques.

Les habitués de la Bibliothèque des lettres et sciences humaines, au pavillon Samuel-Bronfman, ont été «confrontés» à cette œuvre du 20 au 27 avril dernier, lorsqu'elle a été installée dans un des ascenseurs. La porte s'ouvrait sur cette forêt inversée de fils qui surprenait les usagers, non prévenus. S'ils entraient, ils acceptaient en général de jouer le jeu et découvraient, en mettant un des casques d'écoute, un récit ou une séquence musicale. «L'installation de mon travail dans un lieu public pour s'offrir aux gens qui ne fréquentent pas les galeries d'art, c'est justement ce qui m'intéresse», indique l'étudiante française de l'Université d'Amiens venue en stage sur le campus.

Parmi les installations les plus sophistiquées, celle de Vincent Chapdelaine-Couture offre une expérience de cinéma immersif. Entouré d'écrans et avec un son en stéréo, le spectateur muni de lunettes 3D est littéralement plongé dans le film Un jour d'automne. Cette réalisation est le fruit des travaux de doctorat de l'artiste au Département d'informatique et de recherche opérationnelle.

Pour Jean Piché, professeur à la Faculté de musique et compositeur, l'exposition ArtnUM est l'occasion de donner une visibilité nouvelle aux œuvres des créateurs de sa faculté engagés dans le numérique. «De plus en plus, les artistes visuels font de la musique et les musiciens font des arts visuels. Mais cette interpénétration existe depuis longtemps chez les compositeurs de musique électronique.» Directeur de thèse de Patrick Saint-Denis, Jean Piché croit qu'il faut multiplier les occasions de célébrer l'interdisciplinarité en arts.

Pour la doyenne, Isabelle Panneton, «?ArtnUM est une vitrine visuelle et sonore exceptionnelle pour les étudiants de la Faculté de musique qui poussent toujours plus loin leurs explorations musicales; plusieurs d'entre eux s'illustrent déjà sur les scènes nationale et internationale et ArtnUM permettra à un public encore plus vaste de découvrir leur talent», selon le communiqué diffusé par la FAS.

Professeur au Département d'informatique et de recherche opérationnelle, Sébastien Roy a aussi participé à la réalisation d'ArtnUM, auquel l'Institut Arts, Cultures et Technologies, la Faculté de musique (salle Claude-Champagne) et le Lab Vision3D sont associés.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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