2 minutes 34 secondes pour expliquer le cerveau

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  • Le 1 octobre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

La vidéo recourt à de multiples flèches, qui symbolisent l'interactivité neurologique.Longtemps on a cru que les idées et les émotions venaient du cœur. À la Renaissance, on apprend plutôt que le grand chef d'orchestre est le cerveau, cet organe que des milliers de laboratoires explorent de toutes les manières possibles encore de nos jours. Avec du papier découpé et quelques crayons de couleur, les plus récentes découvertes en sciences neurologiques sont évoquées dans la vidéo Using Your Brain, mise en ligne sur YouTube le 14 septembre et déjà visionnée près d'un millier de fois.

On y chasse du revers de la main (littéralement) le mythe selon lequel l'être humain n'utilise que 10 % de ses capacités intellectuelles; on précise l'importance des interactions entre les différents lobes cérébraux tout en présentant leurs principales fonctions, le tout en 2 minutes 34 secondes. «Nous y avons travaillé environ une semaine», dit le coréalisateur du court métrage, Kenneth Dyson, chercheur postdoctoral au Groupe de recherche sur le système nerveux central du Département de physiologie de l'Université de Montréal.

Les autres coréalisateurs sont ses fils Taj Dyson, 12 ans, qui assure la narration, et Deszmo, 6 ans, auteur et interprète de la musique originale. Il a fallu plusieurs jours aux collaborateurs pour s'entendre sur un scénario. «La première idée que j'ai proposée n'a pas été retenue et l'on s'est penchés sur une nouvelle approche.»

Mieux illustré et plus raffiné sur le plan pédagogique, le script sur lequel ils se sont entendus utilise en temps réel des découpages placés en superposition ou déplacés par des manipulateurs apparents. Sur des bouts de papier de couleur différente, cervelet, lobes frontal, pariétal, temporal et occipital prennent tout leur sens lorsqu'on les associe à des illustrations simples: une oreille, un nez, une raquette de tennis ou une figurine qui marche en titubant. Quant au tronc cérébral, il gère les fonctions primaires comme la respiration et le rythme cardiaque. Voici un cœur et des poumons...

Le plus amusant est sans doute toutes les flèches qui symbolisent l'interactivité neurologique.

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La vidéo a été réalisée dans le cadre d'une des plus importantes rencontres internationales en sciences neurologiques, qui aura lieu dans quelques semaines à La Nouvelle-Orléans, la conférence de la Society for Neurosciences. Kenneth Dyson doit y présenter les résultats de ses travaux sur l'équilibre et la locomotion. Il a notamment étudié les réactions du corps humain en apesanteur. C'est en consultant le programme de cette rencontre majeure où l'on attend 30 000 participants qu'il a pris connaissance d'un concours vidéo. Il a aussitôt réuni son équipe de production.

Le film des Dyson a reçu une mention spéciale à l'étape de la présélection. Il pourrait gagner le prix du public, doté d'une bourse de 5000 $. Kenneth Dyson encourage les membres de la communauté universitaire à voter pour son film.

La compétition est forte. Bien servie en matière d'infographie, une équipe britannique présente le cerveau comme le navigateur d'un navire dans un océan de sensations (troisième place). Sur un mode plus didactique, une fillette énonce, dans One Family, Different Clocks, les différentes horloges des membres de sa famille (deuxième place). Le premier prix est allé à The Carrot, un film déjanté sur une étudiante exténuée qui bute sur un mot d'italien, la langue qu'elle tente d'apprendre; ses divers spécialistes cérébraux, incarnés par des chaussettes, se disputent jusqu'à ce que le sommeil la gagne.

Pour le père de famille, l'expérience a valu la peine quoi qu'il arrive. «J'adore faire des choses avec mes enfants et ce projet a été une belle occasion de nous rapprocher tout en constituant un bon exercice de vulgarisation», mentionne le chercheur qui n'a pas l'intention pour autant de bifurquer vers une carrière en cinéma. Au cours des prochaines semaines, il entamera un second postdoctorat à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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