Discussion interdisciplinaire sur les villes de Mimmo Jodice

  • Forum
  • Le 1 octobre 2012

Le photographe Mimmo JodiceConnaissez-vous Mimmo Jodice? Jusqu'à ce que le Musée McCord l'invite à immortaliser les rues de Montréal, bien peu de gens avaient entendu parler du photographe napolitain dont les paysages exsudent une aura mystérieuse. Parallèlement à l'exposition Villes sublimes à l'affiche rue Sherbrooke Ouest, la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal a invité quatre professeurs issus d'autant de disciplines à se pencher sur le travail du célèbre photographe, qui, de son propre aveu, le qualifie de «voyage dans la mémoire».

 

Le doyen Giovanni De Paoli se réjouit de la tenue de cette table ronde, qui mise sur l'interdisciplinarité. «En temps normal, explique-t-il, on aurait convié des photographes à commenter l'œuvre de ce maitre du noir et blanc. Alors que la semaine prochaine, grâce à la présence à la faculté de cette figure d'exception, des chercheurs de divers horizons pourront parler ensemble de la dimension spectacle du paysage, de sa symbolique, de sa marchandisation ou de la notion de patrimoine immatériel.»

À quelques jours de la rencontre, Forum a interviewé le photographe dont les images de la Biosphère, des silos du Vieux-Montréal et de la Place-Ville-Marie côtoient celles des autres grandes villes. L'entretien téléphonique s'est déroulé en italien avec le concours du doyen, qui a accepté de nous servir d'interprète.

 

Vos photos gomment toute référence au quotidien. Mais bien des villes possèdent leurs problèmes. C'est le cas de Montréal et aussi de Naples, où vous habitez. Votre travail est-il une façon de fuir la réalité?

M.J.: La plupart du temps quand on aborde une ville, notre regard est détourné par la présence des gens, par l'omniprésence du bruit. On perd la dimension architecturale de la ville. Et puis à chacun son rôle. Examiner la réalité sociale n'est pas le mien. Ce que je cherche à communiquer dans mon travail, c'est une dimension spirituelle. Mes photos sont la réalité, mais la réalité libérée de sa contemporanéité.

 

Selon vous, «les paysages nous observent». De quelle façon?

M.J.: Au départ, il y a quelque chose qui est là et qui va demeurer inchangé. Et peu à peu, une relation se crée. Il y a un échange. On est observé. De la même façon, quand je fais mes photos, une magie opère. Je sens un esprit à mes côtés, une présence. Comme si quelqu'un m'accompagnait vers certains lieux pour m'aider à les interpréter. Le phénomène fait partie de la culture napolitaine. Il y a une espèce de demi-dieu qui nous guide.

 

Y a-t-il chez vous un souci d'être utile?

M.J.: Si vous entendez par là de transmettre un message, la réponse est non. J'aspire à traduire une émotion, à comprendre ce que représente une ville, comme ici à Montréal, à sentir ce qu'elle est dans toute sa force, à l'écart du superficiel, en tant qu'espace symbolique.

 

Devant vos photos, on pense aux toiles de Chirico. La peinture vous a-t-elle influencé?

M.J.: Davantage que la photographie. Vous avez raison, les surréalistes ont beaucoup compté dans ma vie. Chirico bien sûr, mais aussi Magritte. N'est-ce pas Picasso qui disait «Tout ce qui peut être imaginé est réel»? De la même manière, tout ce qui est pourrait être. C'est au spectateur de faire le récit de ce qu'il voit.

 

Né en 1934, vous avez côtoyé l'avant-garde internationale, fréquenté Andy Warhol et Joseph Beuys. Près de 50 ans plus tard, quelle leçon tirez-vous de tout ça?

M.J.: Tout ça, comme vous dites, a joué un rôle fondamental pour moi. Quand j'ai débuté dans les années 60 à Naples, il y avait cette vague très puissante du néoréalisme italien, au cinéma entre autres. Ma production en a été marquée. Puis sont arrivés des gens comme Kerouac et Warhol avec leur façon très différente d'envisager le monde. Surtout dans le domaine des arts figuratifs, ces personnes ont amené un renouveau extraordinaire et ma chance a été de les connaitre. L'art conceptuel a forgé ma pensée. J'ai pu réaliser à quel point certaines images banales pouvaient nous amener à réfléchir. Ce fut pour moi une éducation à voir et à penser.

 

«Voilà, a conclu Giovanni De Paoli avant de raccrocher, ce que Mimmo Jodice proposera à son tour: une éducation à voir et à penser.»

Intitulée «Résonance, intemporalité: les villes de Mimmo Jodice», la table ronde aura lieu le 9 octobre de 11 h 30 à 13 h 30 à l'amphithéâtre Hydro-Québec de la Faculté de l'aménagement et réunira autour du photographe et du doyen la professeure Mariella Pandolfi, du Département d'anthropologie, ses collègues Dominique Scarfone, du Département de psychologie, Éric Méchoulan, du Département des littératures de langue française, et Suzanne Paquet, professeure adjointe au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques.

Hélène de Billy
Collaboration spéciale

 

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