Doctorants, allez dans le vaste monde!

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  • Le 1 octobre 2012

  • Paule Des Rivières

Richard PatryUn étudiant qui termine son doctorat a passé cinq ans dans un univers relativement clos. Et, contrairement à son directeur de thèse qui a mené une carrière universitaire, il est moins probable que cet étudiant entame la sienne dans le même milieu. Il aboutira plutôt dans une entreprise, une agence gouvernementale ou une organisation nationale ou internationale. Or, il ne connait pas bien ce monde et c'est dans cet esprit que la Faculté des études supérieures et postdoctorales (FESP) organise cet automne quatre séminaires d'insertion professionnelle.

 

«Quand il aura un emploi, l'ex-étudiant aura sans doute un budget à gérer, du personnel à motiver et un échéancier à respecter. Nos séminaires visent à donner aux doctorants les habiletés professionnelles de base nécessaires pour relever ces défis», souligne le vice-doyen exécutif de la FESP, Richard Patry. Dès le 11 octobre se tient un premier séminaire sur le réseautage professionnel en ligne. Chaque cours est d'une durée de 15 heures et s'échelonne sur trois jours. Il donne un crédit. Les autres séminaires portent sur la préparation d'une demande de financement, la gestion de projet et les entrevues avec les médias. D'autres thèmes sont à l'étude.

C'est que, comme le dit M. Patry, «le besoin est réel». À l'été 2011, l'Université avait organisé une école doctorale d'été pour laquelle il y avait 80 places. Or, 200 étudiants de plus auraient souhaité s'y inscrire. Cette école d'été a été élaborée conjointement avec Mitacs Étapes, une organisation qui établit des ponts entre les universités et les entreprises. Elle est toujours dans le décor et M. Patry est heureux de pouvoir compter sur cette expertise.

De tels séminaires d'insertion professionnelle ont d'abord vu le jour aux États-Unis. Aujourd'hui, les universités canadiennes ont emboité le pas aux établissements américains, tout comme l'ont fait certaines universités européennes.

En effet, les défis auxquels seront confrontés les étudiants à leur sortie de l'université sont nombreux et de divers ordres. La gestion d'un budget en est un, mais avant tout il faut savoir expliquer ce qu'on fait. M. Patry, qui est à la FESP le signataire des demandes des étudiants en santé, a pris l'habitude de leur demander quel est l'objet de leurs recherches.

«Je vous dirais que deux sur trois sont incapables d'expliquer ce qu'ils font.» Savoir énoncer ce sur quoi on travaille fait également partie de l'insertion professionnelle! M. Patry mentionne un exercice amusant: vous êtes dans l'ascenseur et vous rencontrez le patron de l'entreprise au sein de laquelle vous rêvez de travailler. Vous dites quoi?

Certains pourraient objecter que ce n'est pas le rôle de l'université de préparer les étudiants au marché du travail. M. Patry est d'un tout autre avis. «Nous avons une responsabilité sociale. Et puis, si nous ne le faisons pas, qui s'en chargera?» Il y a un vide en matière d'employabilité entre l'université et l'obtention d'un emploi.

D'ailleurs, le Centre étudiant de soutien à la réussite s'est lui aussi jeté dans la mêlée en mettant sur pied des journées de l'emploi dans certains secteurs. Ces nouvelles préoccupations reflètent les changements qui marquent l'université, où à une certaine époque la grande majorité des étudiants qui terminaient un doctorat, et à plus forte raison un postdoctorat, trouvaient un poste de professeur. Mais de nos jours le nombre de doctorats a explosé. Par exemple, l'Université de Montréal, incluant ses écoles affiliées (HEC Montréal et l'École Polytechnique), a décerné 284 diplômes de doctorat en 2002. Ce nombre était de 463 à la collation des grades de 2012. Cela représente une augmentation de 43 % en 10 ans et il semble que le plafond ne soit pas encore atteint. C'est donc à l'extérieur du campus qu'une proportion croissante des jeunes savants va contribuer à faire avancer la société.

Paule des Rivières

 

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