La politique, entre message et information

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  • Le 1 octobre 2012

«Mon travail est de fournir une analyse fondée sur les faits et Twitter est un outil de mobilisation, pas un outil d'analyse», a dit Chantal Hébert en parlant des médias sociaux. (Photo: Alexis Gagnon)Ce n'est pas en répétant un message qu'on explique un enjeu de société ou une mesure publique. Et, quand les élus se donnent la peine de détailler les grands enjeux de société, les Québécois les écoutent. C'est ce qu'a rappelé le 25 septembre la chroniqueuse politique Chantal Hébert, invitée de la conférence Spry 2012, organisée par le Département de communication de l'UdeM.

 

Devant une salle comble, Mme Hébert a cité en exemple René Lévesque et Lucien Bouchard, deux politiciens aguerris et crédibles, capables de préciser leurs projets sans avoir à utiliser la langue de bois. Alors qu'autrefois les politiciens maitrisaient leurs dossiers, ceux d'aujourd'hui sont remplacés par des gestionnaires de crise et ils ne respectent pas suffisamment les électeurs pour leur présenter clairement les grands enjeux auxquels notre société est confrontée.

«Malgré la multiplication des moyens de communication, l'obsession de la classe politique à vouloir contrôler le message a pris le dessus sur le contenu du message.» La répétition du message est devenue un substitut de l'explication.

«Pourtant, quand il s'en donne la peine, Stephen Harper se débrouille fort bien pour expliquer un dossier», note Mme Hébert, chroniqueuse au quotidien Toronto Star et chroniqueuse invitée au journal Le Devoir et à L'actualité. La journaliste participe aussi à diverses émissions d'information à la radio et à la télévision, notamment At Issue au téléjournal de la CBC (échanges politiques hebdomadaires) et Les coulisses du pouvoir à l'antenne de Radio-Canada.

Selon elle, l'actuel gouvernement fédéral préfère ne pas communiquer plutôt que d'avoir à s'expliquer. «Comme le monde politique ne peut pas contrôler le message, il cherche à contrôler l'information.» Les journalistes de la colline du Parlement sont à la fois les témoins et les victimes de cette pratique de contrôle de l'information.

Ouvrir des fenêtres

Cela étant dit, la journaliste est la première à reconnaitre que l'information est plus accessible que jamais: «La communication politique a évolué, les journalistes sont mieux éduqués, mieux informés que par le passé. Le public a donc accès à davantage d'information et d'une meilleure qualité.»

Mais la lentille des médias sociaux peut déformer l'information, et sondeurs et journalistes en sont devenus trop dépendants. Ils pourraient négliger des enjeux qui comptent vraiment pour la population.

À l'aide de nombreuses anecdotes, Mme Hébert a souligné à quel point la classe politique autant que les médias sont décrochés de la réalité: «La population est tout à fait capable de se mobiliser sur des enjeux qui comptent pour elle et passés sous le radar des sondeurs ou des journalistes. La mobilisation contre les compressions dans la culture en 2008, les manifestations contre la prorogation du Parlement [en 2010], la crise du recensement, le printemps érable en sont de bons exemples.»

Elle se souvient que, pendant la dernière campagne électorale fédérale, en 2011, Stephen Harper martelait l'idée d'un gouvernement stable, tandis que Jack Layton parlait de pain et de beurre, des concepts simples qui trouvaient un écho dans la population d'un bout à l'autre du Canada. Mais peu d'analystes prévoyaient l'éventualité d'un gouvernement majoritaire conservateur et le déferlement de la vague orange. Elle signale que, dans l'isoloir, les tendances lourdes ne disparaissent pas.

«Mon travail est de fournir une analyse fondée sur les faits et Twitter est un outil de mobilisation, pas un outil d'analyse. Les médias sociaux devraient ouvrir les fenêtres [de l'information], mais ils ne le font pas.»

Sa seule inquiétude? C'est qu'un public engagé puisse devenir un public enragé.

Céline Trempe
Collaboration spéciale

 

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