Une caméra dans les bagages

  • Forum
  • Le 1 octobre 2012

Francis Maindl et Clémence Hallé ont réalisé un film sur les conséquences du typhon Sendong, qui a provoqué des inondations aux Philippines. Claire Pantoja, Phoebe Grace Saculsan et Allan Mark Rimban étaient les coréalisateurs philippins.Le 24 septembre, 4772 personnes avaient visionné sur YouTube Giving Birth Kills, un documentaire de 28 minutes sur la mortalité maternelle aux Philippines, réalisé par Nicolas Descroix et Audrey-Maud Tardif durant leur stage en Asie l'hiver dernier. «Ce sont quelques milliers de personnes qui ont pris connaissance de leur travail, comparativement au lectorat habituel du rapport de stage, qui se limite au professeur et à un évaluateur externe», explique Dominique Caouette, professeur de science politique et directeur du Centre d'études de l'Asie de l'Est (CETASE).

Pendant leurs études de baccalauréat, Nicolas Descroix (le secrétaire général de la FAECUM en 2009-2010 a obtenu son diplôme en science politique depuis) et Audrey-Maud Tardif, retournée aux Philippines afin de se consacrer au travail humanitaire, ont participé au programme Étudiants pour le développement, qui consiste en un stage de trois mois dans des pays en développement administré par l'Association des universités et collèges du Canada. Ils ont travaillé en collaboration avec Barbie Jane L. Rosales et Cherry E. Sun, de l'Université Philippines-Diliman. «C'est un des objectifs du stage: intégrer des étudiants du pays hôte afin de permettre à tous de mener une activité commune», mentionne Sarah Sawyer-Éthier, coordonnatrice de stages pour ce programme à l'Université de Montréal.

Leur documentaire vidéo, accessible en ligne gratuitement, présente une dizaine d'entrevues avec des experts et intervenants au sujet d'un phénomène aussi préoccupant que méconnu: le taux anormalement élevé de mères qui meurent en accouchant. Les morts seraient causées, entre autres, par les mauvaises conditions hygiéniques entourant l'obstétrique et par un accès déficient au personnel compétent, les parturientes faisant encore largement confiance aux autodidactes locales (les «hilots»).

Même s'il contient quelques erreurs techniques (qualité du son inégale, cadrage hésitant), le documentaire est d'une facture journalistique très acceptable et il ouvre la voie à des solutions peu couteuses et efficaces pour diminuer l'ampleur du phénomène observé. On propose par exemple d'aider à la formation des sagefemmes.

Turbulences climatiques et pauvreté

Deux autres étudiants de retour d'un stage, Clémence Hallé et Francis Maindl, inscrits respectivement au baccalauréat bidisciplinaire Philosophie et politique et à celui en économie et politique, ont présenté leur film aux membres du CETASE à l'occasion d'un séminaire de maitrise animé par M. Caouette le 21 septembre. Au cours de leur séjour aux Philippines, ils ont cherché un moyen de parler des répercussions des changements climatiques sur une population vulnérable. Ils ont choisi de se pencher sur une ville du sud du pays, Cagayan de Oro, touchée par un violent ouragan survenu en décembre 2011, baptisé Sendong, et qui a forcé des centaines de familles à fuir leurs habitations. Dès les premières secondes, le spectateur est saisi par les images des maisons emportées par les inondations, tirées d'archives, et la narration de sinistrés.

De suite on insiste sur le fait que de tels typhons – Sendong a fait au moins 500 morts – sont la conséquence du réchauffement climatique. Puis les entrevues montrent les efforts déployés pour reloger les familles, notamment dans des habitations construites sur des terres plus clémentes. On rapporte les propos de porte-paroles officiels et l'on suit des sinistrés qui emménagent dans leur nouvelle maison ou qui attendent la leur dans des camps de fortune. «Nous n'avons pas eu de difficulté à obtenir la collaboration des gens pour qu'ils parlent devant la caméra, dit Clémence Hallé. Ils étaient même plutôt fiers d'avoir une occasion de faire connaitre leurs problèmes.»

Les documentaristes ne se sont pas transformés en Michael Moore, ce polémiste qui dénonce les politiques américaines dans ses films. «Nous avons choisi de rester neutres le plus possible», indique Francis Maindl. Il avoue toutefois que la question éditoriale a suscité des débats à l'intérieur de l'équipe – complétée par un troisième étudiant de l'UdeM, Marc Jeandesboz, actuellement en Finlande, et par trois coréalisateurs philippins.

Leur film, intitulé A Tide of Change: Vulnerability in a Changing Climate, d'une durée de 22 minutes 38 secondes, a été visionné 390 fois depuis sa mise en ligne sur le réseau YouTube le 23 aout dernier.

Des stages appréciés

Voyant le succès obtenu par ce volet audiovisuel du programme Étudiants pour le développement, Dominique Caouette a voulu pousser ce segment plus loin encore en encourageant d'autres équipes à mettre une caméra dans leurs bagages. Actuellement, trois groupes sont sur le terrain au Malawi et au Bengladesh.

Les jeunes sont très à l'aise avec les outils de télécommunication dont nous disposons aujourd'hui, fait remarquer M. Caouette. Ils sont ravis de pouvoir donner une visibilité extérieure à un projet risquant de demeurer confiné à notre petit monde. Une simple séance de formation suffit pour leur permettre de manipuler leur caméra; ils se débrouillent pour le montage...

Clémence Hallé avoue qu'elle a beaucoup bénéficié de son expérience passée, ayant réalisé une vidéo sur la Lettonie alors qu'elle était au lycée en France. Elle a pu prendre part au travail technique grâce à ses connaissances d'un logiciel de montage.

Très appréciés des étudiants, les stages rémunérés du programme Étudiants pour le développement en sont malheureusement à leur dernière année. L'Agence canadienne de développement international a annoncé la fin de leur financement dès 2013, même si le volet de l'Université de Montréal était accepté jusqu'en 2015. Ce volet s'intitule «Assurer un avenir meilleur aux enfants et aux jeunes du Brésil, de l'Inde, du Mali, des Philippines et du Sénégal» et comprend deux enjeux spécifiques: l'accès universel à une éducation de qualité et la santé maternelle.

Dominique Caouette promet que la caméra demeurera dans les bagages des étudiants coopérants, qui continueront de voyager malgré tout.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Voir la vidéo