Des applications mobiles au service de la santé mentale

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  • Le 9 octobre 2012

  • Daniel Baril

Anxieux? Écrasé par la solitude? En proie à des hallucinations? La technologie permettra aux utilisateurs de prendre du recul par rapport à leurs malaises. (Photo: iStockphoto)Au Canada, on estime que une personne sur cinq souffrira d'une forme ou l'autre de maladie mentale au cours de sa vie, ce qui va de la dépression jusqu'à la schizophrénie en passant par le stress chronique. Seulement de 35 à 50 % de ces gens consulteront un professionnel de la santé.

 

Le virage de la désinstitutionnalisation dans le traitement des troubles mentaux graves se poursuit avec l'effet pervers que ces personnes se retrouvent souvent en situation d'isolement, qu'elles sont laissées à elles-mêmes et doivent vivre avec la frustration de ne pouvoir accéder aux services cliniques dans les moments critiques.

Pour remédier en partie à ces problèmes, le Centre de recherche Fernand-Seguin (CRFS) de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine a conçu, grâce à une subvention de un million de dollars de Bell Canada, trois applications pour téléphones mobiles destinées à développer l'autonomie du patient et à le responsabiliser. Ces trois programmes permettent d'enregistrer les données entrées par le patient et de l'accompagner dans sa thérapie.

Gérer son quotidien

La première application est en fait un portail visant l'évaluation de diverses applications existantes. Baptisée RéadApps, elle s'adresse à des personnes atteintes de troubles mentaux graves et qui sont en processus de réadaptation ou d'insertion sociale.

Avec son équipe de chercheurs, Catherine Briand, professeure à l'École de réadaptation de l'UdeM et directrice du Centre d'études sur la réadaptation, le rétablissement et l'insertion sociale, a sélectionné près de 150 applications parmi les quelque 400 000 sur le marché afin d'en évaluer l'utilité et l'efficacité pour des patients en phase de réinsertion. Les applications retenues incluent, par exemple, des programmes de gestion d'horaire quotidien, de rappels de prise de médicaments ou de rendez-vous, d'écoute de musique, de prise en charge de son alimentation et de sa santé physique ou encore des conseils pour briser la solitude.

«Une personne atteinte de schizophrénie et qui réintègre le marché du travail a besoin de soutien pour accomplir ces simples tâches quotidiennes et fonctionner normalement», souligne Catherine Briand.

RéadApps répertorie ces programmes sous des catégories adaptées aux patients, qui peuvent les choisir en fonction de leurs symptômes, que ce soit l'anxiété, la solitude, les hallucinations auditives, etc. L'application leur permet d'inscrire leur évaluation, qui est accessible aux autres utilisateurs.

Dans une première phase du projet, 11 patients et 12 intervenants ont testé, pendant six mois, l'application, qui en était à sa 18e version! Une 19e sera mise à l'épreuve l'hiver prochain auprès d'une seconde cohorte.

Gérer son stress

La deuxième application mobile élaborée au CRFS, le iSmart, vise à réduire le stress chronique chez les personnes souffrant de dépression majeure. «Le stress chronique est une adaptation du cerveau à des situations stressantes et qui amène l'individu à percevoir que tout est menaçant, un état qui entraine la dépression», explique Pierrich Plusquellec, professeur à l'École de psychoéducation de l'UdeM.

L'application qu'il a conçue avec son équipe permet à l'utilisateur de noter à intervalles réguliers et prédéterminés le niveau de stress ressenti sur le moment et le conduit à prendre conscience des éléments qui, dans la situation vécue, causent du stress. «Cette prise de conscience aide à contrer l'oubli, qui est à la source du stress chronique», dit le professeur.

Un plan d'action pour gérer ce stress est proposé en fonction des facteurs déclencheurs liés, selon l'évaluation du patient, soit à un manque de contrôle, à l'imprévisibilité de la situation, à la nouveauté ou encore à une menace contre son égo.

À partir des données enregistrées et de la validation du plan d'action suggéré, le programme peut envoyer une alerte de stress si ces occasions se représentent et recommander des stratégies appropriées. L'application comporte également des ressources documentaires dont des informations sur les différents types de stress ainsi que des vidéos d'exercices respiratoires qui abaissent le niveau de stress.

L'application iSmart est présentement en phase de validation auprès du personnel infirmier de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, dont les membres doivent affronter quotidiennement des situations fort stressantes.

La troisième application, PsyAssistance, a été créée par Réal Labelle, professeur au Département de psychologie de l'UQAM. Elle centralise les données relatives au traitement de personnes suicidaires et les rend accessibles en tout temps aux cliniciens. Équipé d'un système de géolocalisation, le programme permet aussi à l'individu en détresse de lancer un appel à cinq contacts qui peuvent intervenir ensemble auprès de ce patient par mode de conférence téléphonique.

Daniel Baril

 

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