L'étude du vieillissement, une science jeune

  • Forum
  • Le 9 octobre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Bien des mystères subsistent autour du grand âge, mais des travaux récents montrent que plusieurs ainés souffrent de troubles mentaux. (Photo: iStockphoto)«Dans l'histoire humaine, le vieillissement est un phénomène récent. Il n'y a pas très longtemps qu'on vieillit suffisamment pour susciter des études sur ce sujet», a lancé avec un sourire dans la voix le directeur scientifique de l'Institut du vieillissement du Canada, Yves Joanette, venu présenter la conférence d'ouverture des 10es Journées de la recherche du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement, les 1er et 2 octobre.

 

Si le champ d'études est jeune, les répercussions de ce phénomène de société sont majeures, a rappelé ce professeur de l'École d'orthophonie et d'audiologie de l'Université de Montréal qui a consacré une bonne partie de sa carrière à la recherche dans ce domaine. Les projections démographiques montrent que le quart de la population canadienne aura 65 ans et plus en 2031 et que la proportion des ainés les plus âgés (80 ans et plus) augmentera de façon marquée. Compte tenu des couts qui y sont rattachés, le vieillissement de la population deviendra une question centrale en Occident au sein de la prochaine génération.

Dans les secteurs de la prévention et du traitement des maladies ainsi que de l'amélioration de la qualité de vie des patients, la recherche prend de multiples dimensions. Au Canada, les investissements des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) en la matière ont quadruplé depuis 2000, moment de la création des 13 composantes des IRSC, parmi lesquelles l'Institut du vieillissement. La recherche sur le vieillissement reçoit donc aujourd'hui un appui à hauteur de 122 M$, soit plus du dixième du budget total des Instituts. Le fléchissement de ce financement, très récent, n'inquiète pas outre mesure le professeur Joanette, qui estime qu'on doit augmenter le volume des recherches en réseau d'un bout à l'autre du pays.

Selon lui, le Québec s'en tire bien en vertu de ses nombreux programmes de recherche, dont plusieurs prennent racine à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (qui célèbre son 30e anniversaire cette année). L'Ontario est également très actif et collabore avec les centres de recherche albertain et britanno-colombien.

Le Québec a aussi une longueur d'avance au pays pour son positionnement stratégique quant à la progression de la démence de type Alzheimer.

Vieillissement et vols spatiaux

Parmi les recherches les plus avant-gardistes figure une entente avec l'Agence spatiale canadienne qui consiste à associer des études sur le vieillissement avec celles sur les effets de la vie en apesanteur. Selon l'Agence, qui a pu étudier le cas de Robert Thirsk, qui a passé 186 jours dans l'espace, le vol spatial a des conséquences sur la santé des astronautes. «Leurs os perdent du calcium, leurs muscles s'atrophient et ils ont, du moins temporairement, de la difficulté à distinguer le haut du bas», peut-on lire sur le site Web de l'organisme.

En apesanteur, le processus de vieillissement serait accéléré pendant de longs séjours dans l'espace: les vaisseaux sanguins des astronautes sont plus rigides, un peu comme chez les personnes âgées. Une nouvelle étude canadienne appelée VASCULAR vise à étudier l'incidence de la microgravité sur l'appareil cardiovasculaire des astronautes qui séjournent à bord de la Station spatiale internationale.

Un symposium tenu l'an dernier sur ce thème a fait naitre un intérêt planétaire pour la question après que l'Agence spatiale européenne et la NASA se furent intéressées au sujet. Un rendez-vous international est programmé en juin 2013.

C'est ce type de «partenariats inattendus» que le directeur scientifique de l'Institut du vieillissement souhaite voir se multiplier dans l'avenir.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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