Un avocat dans votre supermarché!

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  • Le 9 octobre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

(Photo: iStockphoto)Au bout de la rangée des fruits et légumes du supermarché, trouverons-nous un jour un comptoir tenu par des avocats spécialisés en droit de la famille? C'est là l'une des questions auxquelles des étudiants participant au programme Law Without Walls sont invités à répondre au cours de leurs travaux menés entre l'Espagne et les États-Unis, voire la Chine et l'Australie. «Ce sujet peut sembler fantaisiste, mais il aborde la notion, fondamentale, de l'accès à la justice», commente Marie-Claude Rigaud, secrétaire de faculté et professeure de droit.

 

Actuellement, l'Université de Montréal procède à la sélection de deux étudiants en droit ayant une formation ou une expérience pertinente dans le monde des affaires pour participer à ce programme mis sur pied en 2011 par deux passionnés du droit et des affaires rattachés à l'Université de Miami, Michele DeStefano et Michael Bossone. Leur «mission» consistera à élaborer un thème pour le programme en 2013. Outre l'avocat siégeant entre la crème glacée et la boulangerie, des sujets plus traditionnels: la vie privée survivra-t-elle à l'ère technologique? Comment assurer des services professionnels dans un contexte de multiples juridictions? La cyberjustice peut-elle servir les plus démunis de la planète?

Ce programme a pour objectif de rapprocher le monde du droit du monde des affaires, mentionne Me Rigaud, qui l'a implanté à l'UdeM en quelques mois, après avoir rencontré les fondateurs à un congrès dans l'Ouest canadien le printemps dernier. «Nous cherchons des candidats titulaires d'une maitrise en administration des affaires ou qui possèdent une solide pratique à titre d'entrepreneur afin de leur permettre de vivre une expérience exceptionnelle en droit mais aussi au-delà du droit, une activité qui pourra leur servir et les inspirer durant toute leur carrière.»

L'idée de réunir ainsi droit et affaires dans un contexte universitaire est née de la volonté de décloisonner ces matières. «Ces deux univers doivent collaborer et innover pour relever les défis que présentent la mondialisation de la profession juridique, la mise au point de nouvelles technologies, l'arrivée sur le marché de nouveaux acteurs juridiques, la nécessité d'améliorer l'accès à la justice et la nature transdisciplinaire des besoins des clients», peut-on lire dans le descriptif du programme.

Pourquoi l'UdeM?

Les étudiants choisis pour ce «cours» de trois crédits (en fin de baccalauréat ou aux cycles supérieurs) doivent s'attendre à fournir un effort supplémentaire, mais le jeu en vaudra la chandelle. D'abord, il se déroulera en Espagne avec les délégués des autres universités des quatre coins de la planète. On en profitera pour associer chaque étudiant à deux mentors: un spécialiste du droit et un autre des affaires. Ceux-ci s'engagent à communiquer avec leur protégé chaque semaine, virtuellement, jusqu'à l'ultime rencontre, qui aura lieu à Miami en avril prochain. À noter, en plus des gens d'affaires et des juristes, la présentation finale du projet se fera devant des investisseurs en capital de risque.

L'interdisciplinarité est un élément essentiel de Law Without Walls, comme on peut le constater sur son site Web: «Nous rassemblons un groupe transdisciplinaire de gens et d'établissements de partout dans le monde afin d'engager une réflexion sur les sujets chauds de la profession et de trouver des solutions collectives à des problèmes transfrontaliers.»

La Faculté de droit de l'UdeM est la première faculté canadienne à prendre part au programme et elle n'a eu aucun mal à s'y intégrer en vertu de son caractère interdisciplinaire. «Je crois que nous nous distinguons par le fait que nous enseignons ici le droit civil bien sûr, mais aussi la common law, et que nous sommes perçus comme une faculté ouverte sur le monde», précise Mme Rigaud. Les travaux entrepris sur la cyberjustice et sur la formation de juristes venus de différents pays ne seraient pas étrangers à cette entrée dans le club sélect de Law Without Walls, qui compte une quinzaine de partenaires. La faculté de droit montréalaise se trouve en bonne compagnie, puisque le programme est implanté dans les universités Harvard et Stanford, de Londres, de Sydney et de Pékin entre autres.

La collaboration de la Faculté de droit à ce programme ravit le nouveau doyen, Guy Lefebvre, pour qui la dimension internationale doit être valorisée en enseignement et en recherche.

Paris, Toronto, Zurich, Montréal

Après des études de droit à Montréal, Marie-Claude Rigaud a fait un doctorat à Paris sur la procédure arbitrale transnationale. Elle a pratiqué le droit pendant sept ans, notamment à Toronto et à Zurich, en Suisse, avant d'accepter un poste à l'Université de Montréal. Elle enseigne l'arbitrage commercial, en plus d'effectuer des travaux de recherche sur les modes alternatifs de résolution de conflits et sur l'éthique professionnelle.

Après avoir été responsable de la formation continue auprès des avocats en exercice, Marie-Claude Rigaud s'est vu proposer l'an dernier d'assumer les fonctions de secrétaire de faculté. Elle agira à titre de mentore pour le programme Law Without Walls. «J'y vois une occasion inespérée pour des jeunes juristes de participer à une activité novatrice axée sur l'avenir de l'enseignement et de la pratique, à la jonction du droit et des affaires», dit celle qui aurait aimé profiter d'un tel maillage lorsqu'elle était aux études. Elle est convaincue de pouvoir dénicher deux candidats exceptionnels qui sauront faire honneur au programme dans son année initiale.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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