La santé de l'économie américaine est cruciale pour le Canada

Quel que soit le vainqueur de l'élection américaine du 6 novembre prochain, les relations entre le Canada et son voisin du Sud demeureront uniques et tissées serré, a déclaré le 10 octobre l'ambassadeur des États-Unis au Canada, David Jacobson.

 

M. Jacobson était l'invité de Pierre Martin, titulaire de la Chaire d'études politiques et économiques américaines et professeur de science politique. Il a parlé devant une centaine d'étudiants réunis dans un amphithéâtre au 3200, rue Jean-Brillant. La venue de l'ambassadeur a été rendue possible grâce à Fulbright Canada, au CÉRIUM et au Département de science politique.

L'ambassadeur a rappelé que le Canada et les États-Unis étaient les plus importants partenaires commerciaux de la planète. Nos exportations vers les Etats-Unis ont totalisé 41 milliards l'an dernier, comparativement à 4 milliards vers la Chine. Autre fait significatif, l'énergie est au cœur des importations de notre voisin: le Canada lui fournit 100 % de son électricité, 85 % de son gaz naturel et 27 % de son pétrole (comparativement à 12 % en provenance de l'Arabie Saoudite).

Cela étant dit, la santé de l'économie américaine a nécessairement des répercussions  sur les échanges entre les deux pays. Et à ce chapitre, les remèdes proposés par les candidats à l'élection présidentielle pour redresser l'économie sont diamétralement opposés. «Les deux équipes sont à des années lumière l'une de l'autre, a mentionné M. Jacobson. M. Romney veut réduire considérablement les taxes et les dépenses et M. Obama parle d'une augmentation de taxes pour les riches et d'une restructuration à long terme de l'économie.

M. Jacobson est un proche du président sortant, pour lequel il a travaillé pendant la campagne électorale de 2008, puis à la Maison-Blanche comme responsable des embauches au bureau ovale. Il est ambassadeur à Ottawa depuis trois ans.

Une lutte au coude-à-coude

Le conférencier a répété que la lutte pour la présidence était extrêmement serrée, puisque «notre pays est divisé en deux, en parts à peu près égales, avec peu de mouvement d'un côté à l'autre». Qu'est-ce qui pourrait avoir une influence sur la campagne à ce stade-ci? L'économie, la politique étrangère et les débats. Sur ce dernier point, il ne fait aucun doute, a-t-il dit, que Mitt Romney a remporté le premier face-à-face, a-t-il dit. Sur les deux autres points, la marge de manœuvre des candidats est assez mince d'ici au jour du scrutin. Bien sûr, une nouvelle série de statistiques sur le chômage aux États-Unis sera publiée d'ici le 6 novembre, mais, même si elles peuvent influer sur la course, les candidats, eux, n'y peuvent rien. Enfin, une crise internationale imprévue pourrait faire bifurquer le cours des choses, mais encore là, ce serait une crise dont le contrôle échapperait aux Américains.

En matière de politique étrangère, M. Jacobson ne croit pas que Mitt Romney s'écarterait considérablement des positions du président actuel, encore que son discours n'est pas toujours le même, prend-il soin de préciser. «Sans doute serait-il davantage agressif envers la Corée du Nord, la Syrie et l'Iran et sans doute resterait-il un peu plus longtemps en Afghanistan.» Et avec le Canada? Il serait sans doute plus favorable que M. Obama au projet d'oléoduc Keystone XL de TransCanada, visant à construire un pipeline allant de l'Alberta jusqu'au Texas.

A l'issue de la conférence, les étudiants ont posé leurs questions qui ont souvent porté sur le financement des partis politiques. En effet, depuis un arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis rendu en 2010, aucun plafond n'est imposé aux dons des individus versés à des comités d'action politique, les fameux PAC, qui sont réputés indépendants des partis politiques. Mais ce statut ne trompe personne.

L'ambassadeur américain estime que le versement de sommes astronomiques a pour effet d'accroitre le cynisme des électeurs et de les éloigner de la chose publique.

Paule des Rivières