L'axe Bruxelles-Genève-Montréal est en place

Les universités de Bruxelles, de Genève et de Montréal s'unissent pour créer le G3, un réseau international qui permettra la libre circulation des idées et des personnes entre les trois pays. «Le groupe des trois grandes universités francophones est né, a dit le recteur, Guy Breton, dans un discours à la Chambre de commerce Canada Belgique-Luxembourg, à Bruxelles, le 26 septembre dernier. À nous d'en faire un consortium prestigieux, une référence sur la planète universitaire; faisons-en un phare qui brille dans la francophonie et même au-delà.»

 

Dans les jours précédant ce lancement à la Solvay Brussels School of Economics and Management, en présence du délégué général du Québec et des recteurs des universités signataires, des représentants de l'UdeM et leurs partenaires ont abordé cinq thèmes dans leurs discussions: la santé publique, la pharmacie, les sciences de l'éducation, l'astrophysique et les études internationales. «Les échanges ont été extrêmement fructueux et les projets affluent déjà, tant en enseignement qu'en recherche», a commenté la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels, Hélène David, chargée de rédiger un plan d'action au cours des trois prochains mois.

Présent à la signature du protocole au matin du discours du recteur, Yves Guay, directeur des relations internationales, savourait l'aboutissement d'un long parcours entamé il y a cinq ans dans les bureaux de son prédécesseur, Bernard Landriault. «Cette entente nous permettra de multiplier les activités de part et d'autre de l'Atlantique sans avoir à subir les tracasseries administratives qui entravent souvent le processus», indique-t-il. Les échanges d'étudiants, rendus possibles en vertu de partenariats entre universités francophones d'Europe, se multiplieront avec ces partenaires particuliers.

Libre-échange universitaire

Selon cette «entente de libre-échange» entre les établissements belge, suisse et québécois, des doctorants pourraient travailler non plus avec un, mais avec deux directeurs de thèse étrangers. «On peut même envisager une triple diplomation», illustre Mme David.

L'Université de Montréal y gagnera en offrant à ses étudiants la possibilité d'effectuer des stages dans des hauts lieux de la diplomatie internationale. Capitale de l'Union européenne, Bruxelles abrite notamment le siège de la Commission européenne et de l'OTAN, tandis que Genève occupe une position politique et stratégique majeure: on y trouve le siège social de 22 organisations internationales (de l'ONU à la Croix-Rouge, en passant par l'Organisation mondiale du commerce et l'Organisation mondiale de la santé) et de quelque 250 ONG.

Pourquoi n'y a-t-il pas d'université française membre du G3, appelé à grandir? «Nous avons beaucoup discuté de cette question et il nous a paru préférable pour l'instant d'unir des universités comparables, multidisciplinaires, avec des systèmes semblables sur le plan de la recherche et de l'enseignement. Ce genre de structure est plus rare en France», explique Mme David.

Dans le projet porté par la Direction des relations internationales jusqu'au protocole signé la semaine dernière, ce regroupement avait déjà été défini. Le réseau Québec-Belgique-Suisse a été préféré à un modèle incluant l'Hexagone dès la première mouture du projet. «Toutes proportions gardées, les universités francophones du Québec, de Belgique et de Suisse – généralistes dotées d'une grande autonomie et très axées sur la recherche – s'en tirent beaucoup mieux dans les comparaisons internationales», pouvait-on lire dans le document d'origine.

Si plusieurs modèles de partenariat existent, on en compte un seul où la collaboration est aussi étroite, soit celui entre les universités de Warwick (Grande-Bretagne) et Monash (Australie), où l'on a «uni le meilleur des deux mondes», selon un article paru en février dernier dans le Times Higher Education. On y a facilité les échanges dans 10 secteurs névralgiques, ouvrant la porte à de multiples partenariats. On décuple par la même occasion les possibilités d'accueillir des étudiants étrangers, pièce maitresse de l'économie du savoir. Cela permettra au consortium d'accéder au groupe des 50 meilleures universités du monde, espèrent les responsables.

84e place dans le monde

Dans son discours devant la chambre de commerce bruxelloise, le recteur a souligné que les partenaires du G3 se ressemblaient beaucoup. «Nous sommes des universités généralistes qui couvrent l'ensemble des disciplines du savoir. Et nous sommes les meilleures universités généralistes du monde francophone, selon les principaux classements internationaux.»

Justement, la création du G3 survient au moment où l'Université de Montréal est remontée de 50 échelons en deux ans dans le palmarès du Times Higher Education, pour accéder au 84e rang. Sur plus de 15 000 établissements universitaires sur la planète, c'est une reconnaissance enviable, mentionne Mme David. D'autant plus que les autres universités canadiennes subissent un recul.

Le caractère francophone du réseau n'exclura pas les échanges avec d'autres locuteurs. L'UdeM est déjà bien implantée au Brésil, par exemple, où l'on vient de lancer un ambitieux programme de bourses d'études permettant de financer la formation à l'étranger de 100 000 étudiants sur quatre ans. «Le monde universitaire les courtise actuellement, et nous sommes aux premières loges, signale M. Guay. Pour les Brésiliens, l'Université de Montréal est un choix très intéressant. Si l'on se présente avec Bruxelles et Genève, notre cote montera encore.» La constitution du G3 pourra également améliorer le positionnement de l'UdeM en Chine.  Il est par ailleurs prévu que les trois partenaires mettent sur pied des activités communes avec des universités du Sud, entre autres en Haïti.

Et les trois établissements offrent d'excellents programmes d'études aux étudiants étrangers. «Avec notre G3, nous pouvons offrir à ces étudiants l'Europe et l'Amérique», a résumé le recteur Breton, ajoutant que le Québec peut être considéré comme un parfait intermédiaire entre la Suisse, qui fait de l'excellent fromage, et la Belgique, dont les frites sont réputées. Frites et fromage ne sont-ils pas les principaux ingrédients de notre plat national?

Mathieu-Robert Sauvé