Comportements anormaux de la fauconne Polly

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  • Le 29 octobre 2012

  • Daniel Baril

Cette photo de Polly en plein vol montre sa patte droite pendante. (Photo: Ève Bélisle)Le couple de faucons pèlerins qui a élu domicile sur une corniche de la tour du pavillon Roger-Gaudry en 2007 est de retour sur le campus après un bref séjour à l'oratoire Saint-Joseph. Les pèlerins n'y sont pas allés en pèlerinage, mais ont plutôt été contraints de s'y installer pendant les travaux de rénovation qui les ont chassés de la tour.

 

Deux nichoirs avaient été placés plus bas sur l'édifice, mais le couple ne les a pas adoptés. Les travaux étant terminés et les échafaudages retirés, les faucons Roger et Spirit, de leurs petits noms, fréquentent de nouveau la tour depuis cet été.

Pour Ève Bélisle, informaticienne au Département de génie chimique de Polytechnique Montréal qui observe les allées et venues de ces oiseaux de proie depuis 2007, c'est une bonne nouvelle. Comme les faucons ne migrent pas en hiver, elle se dit certaine qu'ils vont passer la saison froide dans le secteur et qu'ils réutiliseront leur nichoir (qui sera bientôt replacé à son endroit initial) pour leur prochaine ponte en mars.

Les observations soigneusement compilées par l'informaticienne ont donné lieu à une publication dans une revue scientifique en septembre, le Journal of Raptor Research. L'article, cosigné par le biologiste David Bird, de l'Université McGill, relate les comportements inusités, voire anormaux, d'un fauconneau femelle né en 2009 et baptisé Polly.

Une fauconne Tanguy...

Alors que les jeunes faucons quittent habituellement le giron parental quand ils sont capables de chasser seuls, soit six ou sept mois après l'éclosion, Polly est demeurée avec ses parents un an de plus. Selon Ève Bélisle, ce comportement inhabituel serait dû à une blessure que l'oiseau s'est infligée à une patte à l'été 2009.

«Nous avons pu voir que sa patte droite était pendante en vol et que Polly avait de la difficulté à se porter sur cette patte. Il s'agit sans doute d'une fracture qui s'est mal ressoudée. Cette blessure lui occasionne des difficultés pour chasser et c'est sans doute pourquoi elle est restée près du nid afin de profiter des réserves ou des restes de nourriture que ses parents apportaient à la nichée suivante.»

Grâce à son télescope équipé d'un appareil photo et pointé en permanence vers le perchoir de la tour de l'UdeM, Ève Bélisle est aux premières loges pour observer les allées et venues de Spirit et Roger.Dans de telles circonstances, les parents sont généralement agressifs envers les juvéniles de l'année précédente, mais ce ne fut pas le cas de Roger et Spirit à l'égard de Polly. «Même s'ils ne la nourrissaient pas, ils ne l'ont pas chassée, précise Ève Bélisle. Polly a même participé à la défense du territoire avec ses parents face à d'autres faucons, ce qui montre qu'ils l'acceptaient sur leur territoire.»

Pendant cette période, Polly a par contre perturbé le travail du couple relativement à la nouvelle nichée. Elle a roulé en dehors du nid de gravier un œuf qui a été laissé sans couvaison pendant 90 minutes à une température de 10 à 12 degrés. Si l'embryon de cet œuf n'avait pas été à un stade de développement suffisamment avancé, ce délai aurait pu lui être fatal.

La fauconne Tanguy est toutefois responsable de la mort d'un des trois oisillons de cette couvée. Mais, contrairement à la rumeur, elle ne l'a pas dévoré. «Il n'y a pas de cannibalisme chez les faucons», affirme Mme Bélisle, qui croit plutôt que Polly a confondu l'un des fauconneaux avec de la nourriture apportée par la mère. «Elle s'est emparé de l'oisillon, puis a été poursuivie par le père et a lâché sa proie en vol sans avoir eu le temps de la manger. Elle est par la suite revenue au nichoir sans s'en prendre aux autre petits.»

Aux yeux de l'ornithologue, ces observations démontrent que ce sont les juvéniles qui normalement abandonnent le territoire des parents et non les parents qui les chassent.

... et incestueuse!

Les faits inhabituels ne s'arrêtent pas là. Les hormones faisant leur œuvre, Polly a fini par quitter le nid familial pour former un couple reproducteur. Un ornithologue amateur l'a en effet aperçue nichant avec un mâle sur une corniche de l'échangeur Turcot. Or, il s'est avéré que ce mâle bagué était en fait son propre frère, issu de la même couvée qu'elle!

«Chez les faucons, il arrive que des accouplements mère-fils soient rapportés, mais un accouplement frère-sœur demeure exceptionnel», indique Ève Bélisle.

Cet accouplement n'a été possible que parce que Polly est demeurée plus longtemps que la normale sur son lieu de naissance et a émigré dans un territoire très rapproché de celui de ses parents. En général, les femelles émigrent plus loin que les mâles et c'est ce qui évite les reproductions consanguines. La mère de Polly, par exemple, est née à 1000 kilomètres de Montréal, à Rockland, en Ohio. Mais selon Mme Bélisle, il n'y aurait toutefois pas de problèmes de consanguinité lors de telles reproductions chez les faucons.

Étant donné sa blessure qui l'empêche d'attraper des pigeons en vol, Polly a développé une méthode de chasse assez particulière: elle attaque le pigeon de façon à l'étourdir et à le désorienter, puis l'amène à heurter un bâtiment.

L'accouplement de Polly avec son frère Algo a joué de malchance. Le couple a élu domicile dans un ancien nid de corbeaux de l'échangeur Turcot et ce nid, formé seulement de quelques branches, est tombé au sol avec ses œufs. Le faucon étant une espèce considérée comme vulnérable, un nichoir a par la suite été installé par le ministère des Ressources naturelles, mais il n'a pas encore été adopté par le jeune couple qui fréquente toujours les lieux.

Daniel Baril

 

Intérieur du nichoir en direct


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