Le Brésil de Lula sous la loupe de politologues

  • Forum
  • Le 29 octobre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Mmes Ducatenzeiler et Montambeault ont réuni les plus grands experts sur le Brésil.Lula, l'ouvrier devenu président du Brésil, a dirigé le pays de 2003 à 2011, lançant des réformes majeures dans les institutions brésiliennes. Qu'a laissé Luiz Inácio Lula da Silva, de son véritable nom, comme héritage? Quels sont les défis de ce pays de 193 millions d'habitants? C'est ce qu'une trentaine de spécialistes ont exploré au cours du colloque «Le Brésil de Lula: héritages et défis», tenu les 11 et 12 octobre à l'Université de Montréal.

 

«Jamais on n'a vu dans l'histoire de l'Amérique latine un métallurgiste issu d'une famille modeste, sans scolarité, gravir les marches du pouvoir jusqu'au poste de chef d'État et jouir d'un tel appui populaire. Mais mieux encore, il l'a fait sans ébranler les élites et en laissant des marques profondes dans l'ensemble de la société», dit Graciela Ducatenzeiler, professeure au Département de science politique. Avec sa collègue Françoise Montambeault, elle a travaillé pendant un an à l'organisation de cette rencontre inaugurée par la présidente sortante de l'Association d'études latino-américaines de l'Université de São Paulo, Maria Herminia Tavares de Almeida. Le consul général du Brésil à Montréal, Oswaldo Eurico Balthazar Portella, était présent à l'allocution d'ouverture.

Le colloque a permis de se pencher sur le succès économique et les formes originales de développement politique et social du Brésil ainsi que sur l'insertion dans la communauté internationale de ce pays d'Amérique latine, mais aussi d'aborder les écueils du modèle. Pour Françoise Montambeault, c'est dans les domaines de la réduction des inégalités sociales et de l'innovation démocratique que le Brésil s'est surtout illustré pendant l'administration Lula, qui fut marquée par la continuité. «Les succès du Brésil sous Lula s'inscrivent dans une logique de continuité avec les politiques économiques de son prédécesseur, Fernando Henrique Cardoso, grâce auxquelles il a pu amener les politiques sociales de lutte contre la pauvreté – comme le programme Bolsa Familia – un peu plus loin et contribuer à la réduction des inégalités.»

La lutte contre la pauvreté n'est qu'un des visages de l'administration de l'ancien président Lula, qui a quitté le pouvoir l'an dernier au profit de son ancienne chef de cabinet Dilma Rousseff. Comment évoluera le Brésil sans Lula? C'est la question qu'on se pose aujourd'hui.

La place du Brésil dans le monde a considérablement changé avec l'arrivée au pouvoir de Lula. (Photo: Aloizio Mercadante)Nommé personnalité de l'année par le journal Le Monde en 2009, Lula a été désigné par le Time comme le dirigeant le plus influent du monde en 2010. «Le Brésil occupe une place de plus en plus importante sur la carte du monde, commente Mme Ducatenzeiler. Une des caractéristiques du système politique brésilien est sa stabilité. En science politique, on considère généralement que les pays où plusieurs partis se disputent le pouvoir sont plus difficiles à gouverner. Or, au Brésil, le Parlement compte 17 partis et la démocratie est bien protégée.»

Les têtes d'affiche réunies à Montréal pour le colloque venaient d'Europe et des Amériques. Timothy Power, de l'Université d'Oxford, en Angleterre, et Camille Goirand, de l'Institut d'études politiques de Lille, ont traité la question de la stabilité et du développement démocratique; Brasílio Júnior Sallum, de l'Université de São Paulo, et Werner Baer, de l'Université de l'Illinois Urbana-Champaign, ont parlé d'économie. Wendy Hunter, de l'Université du Texas, a fait une présentation sur les politiques sociales. «Plus qu'une conférence en particulier, je dirais que c'est la diversité des points de vue qui a été la force de cette rencontre», résume Mme Montambeault. Les textes présentés au colloque feront l'objet d'une publication.

Olympiques et Coupe du monde

Sixième puissance économique, cinquième au monde par sa superficie et le nombre d'habitants, le Brésil est le pays émergent dont le système d'enseignement supérieur enregistre la croissance la plus rapide après la Chine, note la vice-rectrice aux relations internationales, à la Francophonie et aux partenariats institutionnels, Hélène David. Comme la langue française y jouit encore d'un certain prestige dans les milieux universitaires, le Québec pourrait être en bonne position pour attirer des étudiants brésiliens intéressés par les études internationales.

À l'Université de Montréal, des ententes bilatérales ont été signées avec des universités partenaires au cours des dernières années. Une mission au Brésil a eu lieu le printemps passé. Pilotée par Mme David, elle a réuni des délégués des facultés des études supérieures et postdoctorales, des arts et des sciences, de médecine, de médecine vétérinaire et de l'aménagement. L'Institut de recherche en santé publique de l'UdeM et l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie y étaient également représentés. On y a conclu des ententes avec deux universités de l'État du Paraná : la Pontifícia Universidade Católica do Paraná et l'Universidade Federal do Paraná.

Avec la Coupe du monde de soccer en 2014 et les Olympiques en 2016, la visibilité du Brésil sur la scène internationale sera grande encore longtemps.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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