Shakespeare ne s'ennuie pas à l'UdeM

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  • Le 29 octobre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

M. Bochner, au centre, démontre à sa manière que la version papier des ouvrages peut contenir bien des surprises irremplaçables à son avis. Il est entouré de M. White et de Mme Lagacé-Dowson. (Photo: Alexis Gagnon)Jay Bochner a une relation physique avec ses livres. L'ancien professeur du Département d'études anglaises de l'Université de Montréal l'a réalisé lorsque son chien a grugé une monographie qu'il avait empruntée à la bibliothèque. «J'ai dû en acheter une nouvelle et garder celle-ci», a-t-il dit en exhibant l'ouvrage en question le 18 octobre dernier au Carrefour des arts et des sciences, où une centaine de personnes célébraient le 50e anniversaire du département.

 

Entièrement tenue dans la langue de Shakespeare, la rencontre, animée par Anne Lagacé-Dowson, directrice de la Fondation de la tolérance et animatrice radiophonique, réunissait trois autres experts du livre, soit deux écrivaines (Ann Charney et Marianne Ackerman) et un journaliste (Patrick White). Si ce dernier a affirmé sans émotion que le livre sur support papier marchait inexorablement vers son déclin, les autres invités ont témoigné de leur affection pour l'objet imprimé. «Ma femme possède une Bible signée par tous ceux qui l'ont possédée avant elle depuis le 19e siècle. Les livres portent votre propre histoire», a lancé M. Bochner, qui avait apporté quelques beaux exemples de livres rares.

Internet change la façon dont on lit mais aussi dont on écrit, a rappelé Mme Charney. Mais cela ne veut pas dire qu'on n'aura plus besoin d'éditeurs, a-t-elle prévenu. La dématérialisation du livre pourrait tout de même aider les auteurs à diffuser leurs idées, et cela a plutôt du bon.

Marianne Ackerman, qui rêvait d'être écrivaine depuis l'adolescence, garde précieusement un livre acheté par sa belle-mère quand celle-ci avait 17 ans. Une tablette électronique ne deviendra jamais un tel objet «fétiche». Mais le livre audio peut être un nouveau support pour raconter des histoires.

Éditeur et rédacteur en chef du Huffington Post Québec, Patrick White a énuméré les dernières trouvailles en télécommunication et les innovations qui les ont précédées, de la machine à écrire aux téléphones intelligents. D'ici quelques années, les journaux imprimés seront chose du passé. Le magazine Newsweek vient d'annoncer la fin de sa version papier et La Presse se dématérialisera complètement d'ici deux ou trois ans. «Dans le secteur du livre, la tendance n'est pas près de disparaitre», a-t-il mentionné.

Déjà, les ventes de livrels ont dépassé l'an dernier le chiffre d'affaires des livres papier aux États-Unis. Il est vrai que la mutation est plus lente au Canada et en Europe, mais elle est présente. Pour lui cependant, ce n'est pas un drame, car la lecture et l'écriture en sortiront gagnantes. La Ville de Québec n'a-t-elle pas mis sur pied un concours de «twittérature» où l'on doit composer une histoire en 140 caractères? Et puis pourquoi déménager chaque 1er juillet sa volumineuse encyclopédie Britannica et la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin quand tout cela – et bien plus – tient sur son iPad?

Boursiers honorés

La rencontre marquant le premier demi-siècle des études anglaises à l'UdeM s'est poursuivie au cours d'une cérémonie de remise de bourses. Le prix Hugh-Hood pour un étudiant à la maitrise est allé à Prathna Lor et les prix pour les meilleurs essais ont été accordés à Léon Michel Magee Teitelbaum (1er cycle), William Burton (2e cycle) et Nadia Fabrizi (3e cycle).

La directrice du département, Lianne Moyes, souligne sur le site de l'unité que la plupart des professeurs sont en fonction depuis l'an 2000. L'excellence du corps professoral, qui se manifeste entre autres par la publication de plusieurs ouvrages récents, a été reconnue par le Prix international du Gouverneur général en études canadiennes, le 3M National Teaching Fellowship et la bourse du Studio du Québec à New York , sans compter les subventions du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Dans les cours du département, on étudie les littératures classiques britannique et américaine, mais aussi les littératures anglaises du Canada, de l'Afrique, des Caraïbes et... du Québec.

«Notre présence dans une université francophone nous place dans une situation très particulière, a fait observer Joyce Boro, professeure agrégée, qui a organisé les activités entourant le cinquantenaire. Les échanges se déroulent en anglais dans le département, mais tous les professeurs et les étudiants sont bilingues. Plusieurs de nos diplômés poursuivent des études en droit ou aux cycles supérieurs et deviennent par exemple journalistes, traducteurs, chercheurs. Ils travaillent dans les médias, le théâtre, la publicité ou le système scolaire.»

La présence d'une centaine de personnes, parmi lesquelles une bonne partie de diplômés, illustre l'attachement des anciens à leur alma mater, a-t-elle noté.

Mathieu-Robert Sauvé

 

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