Des poubelles qui sentent mauvais!

  • Forum
  • Le 5 novembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Avec le documentaire La poubelle province, le réalisateur Denis Blaquière dénonce le «cartel de pollueurs» qui se partage 75% des enfouissements de matières résiduelles du Québec. «On paie pour enfouir des matières premières qui pourraient être réutilisées et recyclées», tonne-t-il.

 

Peu avant sa rencontre avec les étudiants de l'Université de Montréal le 6 novembre, à l'occasion du Mois du documentaire du Service des activités culturelles, Forum lui a posé quelques questions.

 

Denis BlaquièrePourquoi ce film?

D.B. : D'abord pour montrer au public la face cachée de l'enfouissement des matières résiduelles. Peu de Québécois se réveillent la nuit en se demandant ce qu'il advient de leurs poubelles. Or, ils auraient peut-être le sommeil perturbé s'ils savaient qu'ils sont parmi les plus importants producteurs de déchets du monde, plus importants même que nos voisins du Sud. Et alors que de 80 à 90 % de ces matières pourraient être récupérées et recyclées, on arrive à le faire pour tout juste 50 %.

 

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris après quatre ans de recherche et un an de tournage?

D.B. : Certainement le volume du gaspillage, soit plus de cinq millions de tonnes de matières premières enfouies. On se trouve en 2012 avec un système où il en coute beaucoup moins cher d'enfouir (40$ la tonne) que de récupérer et de recycler (au moins 100$). Résultat: quatre mégadépotoirs se partagent 75% du lucratif marché de l'enfouissement. La gestion des déchets au Québec est un désastre écologique doublé d'un échec économique.

 

Mon sac de récupération ne se rend-il pas au centre de tri?

D.B. : Le problème n'est pas là. Les ménages ne génèrent que 25% du volume des matières résiduelles. Quarante pour cent provient des industries et du commerce et 35% des secteurs de la construction et de la démolition. Ce sont eux qu'il faut viser si l'on veut améliorer le taux de récupération. Cela dit, nos centres de tri fonctionnent à plein régime, mais manquent d'argent pour mécaniser leurs opérations. Et leur production ne trouve pas toujours preneur.

 

Y a-t-il des provinces modèles?

D.B. : Oui, et pas si loin de chez nous: la Nouvelle-Écosse a décrété la fin de l'enfouissement en 1998. Pour s'adapter, les entreprises ont dû trouver de nouvelles façons de se débarrasser des matières résiduelles. Aujourd'hui, cette province présente l'un des meilleurs bilans du continent en matière de récupération et de recyclage. Un exemple à imiter.

Au Québec, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement a examiné la question du traitement des déchets en 1996 et son rapport contenait tous les ingrédients nécessaires à l'implantation d'un système efficient. Malheureusement, ce plan n'a pas été appliqué faute de volonté politique.

 

Vous lancez des défis au nouveau ministre de l'Environnement du Québec, Daniel Breton. Votre film est-il déjà périmé?

D.B. : Absolument pas. Un des mégadépotoirs dont il est question dans le film, situé à Saint-Nicéphore, près de Drummondville, a demandé un permis pour s'agrandir encore. La balle est dans le camp du ministre Breton.

 

Qu'attendez-vous de votre rencontre avec les étudiants?

D.B. : Les étudiants sont les décideurs de demain. Ils doivent être conscients des enjeux majeurs du développement durable. D'ailleurs, une partie de mon film se déroule ici même, à la Faculté de l'aménagement, où Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, vient rencontrer les futurs urbanistes. L'université est un lieu d'échanges et d'ouverture. Ça devrait être une rencontre intéressante.

Mathieu-Robert Sauvé

 

Bande-annonce (Argus Films)

Le film La poubelle province sera projeté à 17 h 15, 19 h et 21 h 30 les 6 et 7 novembre au Centre d'essai de l'UdeM (6e étage du pavillon J.-A.-DeSève). En première partie, La chevelure de la vie, de Réal Junior Leblanc (Wapikoni Mobile). Prix d'entrée: 5$ (4$ pour les étudiants). Denis Blaquière et le coordonnateur au développement durable à l'Université, Stéphane Béranger, répondront aux questions du public après la projection du 6 novembre à 19 h.

 

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