L'accès aux espaces verts varie selon les revenus à Montréal

  • Forum
  • Le 5 novembre 2012

  • Daniel Baril

La présence d'espaces verts dans un quartier est un facteur de qualité de vie.La végétation joue un rôle important dans la qualité de vie des citadins, que ce soit par l'embellissement du paysage, l'aménagement d'aires de détente, la réduction de la pollution par la capture du CO2, la diminution du bruit, de la chaleur et de la poussière. Tous ces facteurs ont une incidence sur la santé physique et mentale des résidants.

 

Les quartiers économiquement défavorisés le sont généralement aussi pour ce qui est des espaces verts, ce qui amène, en urbanisme, l'émergence d'un nouveau concept, l'équité environnementale. Pour préciser la situation à Montréal à ce chapitre, une équipe de chercheurs en urbanisme a procédé à une étude très détaillée des liens entre revenu, appartenance aux minorités visibles, type de milieu urbain et espaces verts.

«Les données montrent une corrélation positive entre revenus et présence d'espaces verts: plus le revenu est élevé, plus il y a d'espaces verts dans le milieu environnant immédiat», résume Martin Gagnon, chargé de cours à l'Institut d'urbanisme de l'Université de Montréal et agent de recherche au Centre Urbanisation, Culture, Société de l'Université INRS.

Mais contrairement à ce que plusieurs études du même genre ont permis d'observer dans certaines grandes villes des États-Unis et à Toronto, la corrélation négative entre quartiers composés de minorités visibles et présence d'espaces verts est relativement faible à Montréal.

Particularité montréalaise

Les données concernant les revenus des résidants ainsi que la composition ethnique des quartiers proviennent du recensement canadien de 2006. La distribution des espaces végétalisés a pour sa part été tirée de photos satellite prises en 2007. La technologie utilisée pour ces photos est suffisamment sophistiquée pour permettre de distinguer les espaces verts composés d'arbres et arbustes de ceux constitués d'un couvert végétal au sol. L'analyse tient compte à la fois des parcs, des lots sans constructions, d'arbres plantés en bordure des rues et de la végétalisation des espaces privés, soit les cours arrière des résidences. L'étude se limite à la carte de Montréal d'avant les fusions municipales parce que les données des anciennes municipalités ne sont pas disponibles.

Martin GagnonComme les chercheurs s'y attendaient, les espaces végétalisés, toutes catégories confondues, sont plus rares dans les zones centrales à forte densité de population et augmentent vers la périphérie de la ville. Par contre, la quantité d'arbres en bordure des rues varie plutôt selon les quartiers: elle est plus élevée dans les ilots de certains secteurs fortement peuplés, comme Le Plateau–Mont-Royal, que dans ceux de zones moins denses comme Rivière-des-Prairies.

La présence de minorités visibles fait ressortir une caractéristique sans doute particulière à Montréal: elle est corrélée avec moins d'arbres au bord des rues mais légèrement plus de végétation dans les cours privées. Dans un ilot où plus de 60 % des résidants disent appartenir à des minorités visibles, la proportion d'espaces végétalisés en bordure des rues est réduite de 34 à 24% par rapport à une zone ne comptant aucun membre de minorités visibles, alors que la végétation privée augmente de 3 %.

Cette dernière relation s'avère plus forte dans les ilots où vivent peu de personnes ayant de faibles revenus. Autrement dit, il y a davantage de probabilités que les résidants à faible revenu, qu'ils appartiennent aux minorités visibles ou non, se retrouvent dans un environnement pauvre en végétation, en particulier dans l'espace public de la rue.

«Il faut comprendre que la végétation dans l'environnement urbain, surtout les arbres, est en partie une affaire d'héritage, souligne Martin Gagnon pour expliquer la particularité montréalaise. Des personnes issues des minorités visibles et d'immigration récente, disposant de peu de revenus, peuvent habiter des secteurs végétalisés depuis longtemps, héritant ainsi des aménagements réalisés à une autre époque et dans un autre contexte. Les pratiques culturelles de chaque groupe peuvent aussi avoir une influence. Par exemple, des immigrants d'origine rurale pourraient être plus enclins à planter des arbres et à aménager des jardins.»

Mesures compensatoires

La corrélation négative entre faible revenu et présence d'arbres en bordure des rues peut s'expliquer également par le type d'environnement bâti qui, dans certains quartiers pauvres, couvre parfois tout l'espace disponible. Cette réalité peut néanmoins être atténuée par l'aménagement de parcs. S'il y a peu de végétation dans un milieu, c'est peut-être aussi un signe que les groupes défavorisés disposent de moins de capital social pour revendiquer l'aménagement d'espaces verts, estime Martin Gagnon.

Selon l'équipe de chercheurs, il appartient alors à la municipalité ou à l'arrondissement de viser une «équité compensatoire», c'est-à-dire de s'assurer que les investissements publics en matière de végétalisation réduisent les disparités dans l'accès à ces espaces.

Les résultats de cette étude sont publiés dans le numéro 107 de la revue Landscape and Urban Planning. L'équipe poursuit ses travaux en ciblant entre autres les effets de l'immigration récente et le type de bâtiment résidentiel.

Daniel Baril