Votre mémoire vous joue des tours et vous vous en inquiétez. Vérifiez votre pharmacie!

La consommation de différents médicaments d'usage courant dans le traitement de l'insomnie, de l'anxiété, des démangeaisons et des allergies peut avoir des effets négatifs sur la mémoire ou la concentration des personnes âgées, selon une étude réalisée par la Dre Cara Tannenbaum, titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) et professeure associée de médecine et de pharmacie à l'Université de Montréal. Jusqu'à 90 % des personnes âgées de plus de 65 ans consomment au moins un médicament d'ordonnance. 18 % des gens de ce groupe d'âge se plaignent de leur mémoire et présentent des troubles légers de la cognition. La recherche suggère qu'il y aurait un lien à faire entre les deux situations.

 

En analysant les résultats de 162 tests réalisées sur les anticholinergiques, les antihistaminiques, les GABAergiques et les opioïdes, une équipe internationale de chercheurs dirigé par la Dre Tannenbaum soupçonne sérieusement que la consommation épisodique de plusieurs de ces médicaments peut causer des atteintes mnésiques (sur la mémoire) et non-mnésiques (sur l'attention, la concentration et la performance). Il s'agit d'une piste d'explication peu explorée chez les patients en bonne santé générale.

Les 68 tests analysés sur les médicaments benzodiazépines (souvent utilisés pour traiter l'anxiété et l'insomnie) ont montré que ces derniers induisent systématiquement des effets sur la mémoire et la concentration, avec une relation observable entre la dose et l'effet. Les 12 tests sur les agents antihistaminiques et les 15 tests sur les antidépresseurs tricycliques rapportent des effets sur l'attention et la capacité de traitement de l'information. Les résultats de la Dre Tannenbaum soutiennent les recommandations émises dans les nouveaux critères de Beers publiés au printemps 2012 par le American Geriatrics Society d'éviter à tout prix la prise de ces médicaments chez les personnes âgées.

Dre Tannenbaum insiste sur l'importance de diffuser ces connaissances : « Les aînés peuvent jouer un rôle important dans la réduction des risques associés à l'usage de ces médicaments. Ils doivent connaître cette information sur leurs médicaments pour qu'ils se sentent plus à l'aise de discuter avec leur médecin et leur pharmacien d'options pharmacologiques ou non-pharmacologiques plus sécuritaires », affirme-t-elle. Par ailleurs, la Dre Tannenbaum rappelle que chaque cas doit être traité individuellement : « Malgré les risques connus, certains patients gagnent à poursuivre leur traitement pharmacologique plutôt que de vivre avec les symptômes de leur maladie. Ils doivent cependant être en mesure de faire un choix éclairé en comprenant les effets que ces médicaments peuvent avoir sur leur mémoire et leur concentration. »

Résumé de la recherche
Les auteurs de l'étude ont cherché dans les bases de données MEDLINE (de 1948 à octobre 2011) et EMBASE (de 1980 à octobre 2011) des tests à répartition aléatoire, à double aveugle et contrôlés par placebo sur des adultes sans troubles sous-jacents du système nerveux central qui ont passé un test neuropsychologique avant et après l'administration orale de médicaments affectant les récepteurs cholinergiques, histaminergiques, GABAergiques et opioïdes. Soixante-dix-huit études ont été retenues, incluant 162 tests pour les quatre classes de médicaments ciblées. Seules les études proposant des tests neuropsychologiques reconnus ont été retenues. De façon indépendante, deux analystes ont évalué la qualité des études et extrait les données probantes sur les effets mnésiques, non-mnésiques et combinés induits par chaque classe de médicaments. La qualité des preuves pour chaque classe de médicaments a été évaluée selon la cohérence des résultats entre les essais et la présence d'une relation dose-réponse. Cette étude a été menée en collaboration avec des chercheurs de la University of Sydney, la University of Calgary et la University of Iowa College of Public Health.

À propos de l'auteure
Cara Tannenbaum, M.D., M.Sc. Gériatre et chercheuse – directrice de laboratoire – axe promotion de la santé, soins et intervention à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) affilié à l'Université de Montréal Titulaire de la Chaire pharmaceutique Michel-Saucier en santé et vieillissement de l'IUGM Professeure adjointe à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal

L'IUGM en bref
L'IUGM dispose de 452 lits de courte et de longue durée et d'un centre ambulatoire, comprenant notamment l'une des rares cliniques existantes à travers le monde de gestion de la douleur chronique spécialisée chez les aînés. Il est le chef de file au Québec dans les pratiques cliniques, les soins spécialisés, la promotion de la santé et le développement des connaissances sur le vieillissement et la santé des personnes âgées. L'IUGM, c'est quelque 1 300 employés, médecins, chercheurs et bénévoles, tous spécialisés dans les soins et les services aux personnes âgées. Notre Centre de recherche est reconnu comme le plus grand de la francophonie dans le domaine du vieillissement. Membre du grand réseau d'excellence en santé de l'Université de Montréal, l'IUGM accueille chaque année des centaines d'étudiants, stagiaires et chercheurs du domaine du vieillissement et de la santé des personnes âgées.

Référence A Systematic Review of Amnestic and Non-Amnestic Mild Cognitive Impairment Induced by Anticholinergic, Antihistamine, GABAergic and Opioid Drugs. Tannenbaum, Cara; Paquette, Amélie; Hilmer, Sarah; Holroyd-Leduc, Jayna; Carnahan, Ryan. Drugs & Aging. 29(8):639-658, August 1, 2012.

 

Une copie de l'étude complète peut être envoyée sur demande aux représentants des médias.

Source :
Institut universitaire de gériatrie de Montréal


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