Télévision : chronique d'une mort annoncée...vraiment?

Non seulement la télévision n'est pas en voie de disparition, mais elle a un impact social rassembleur sur la famille nucléaire d'un océan à l'autre. C'est la conclusion principale à laquelle arrive une étude pancanadienne - intitulée Et les enfants dans tout ça? - sur les habitudes d'écoute télévisuelle de familles comptant au moins un enfant âgé entre 9 et 12 ans. Cette étude a été réalisée par une équipe de chercheurs dirigée par André H. Caron, professeur au Département de communication de l'Université de Montréal et directeur du Groupe de recherche sur les jeunes et les médias (GRJM).

«Les jeunes Canadiens d'aujourd'hui évoluent dans un monde différent de celui qu'ont connu les générations précédentes. Dans ce contexte, plusieurs observateurs bien branchés ont prédit la mort prochaine de la télévision, explique le professeur Caron. Nous avons voulu vérifier la véracité de cette affirmation et sommes donc allés à la rencontre de 80 familles distinctes (soit plus de 200 participants) pour connaître la place qu'occupe désormais cet écran qui a façonné tant d'enfances depuis son avènement. »

Présentation de l'étude

Cette étude, qui a été réalisée sur trois ans, s'est déployée en deux temps. Au cours de la première phase, plus de 500 émissions jeunesse de la télévision canadienne ont été analysées. Les résultats publiés en 2010 ont démontré une qualité certaine pour les productions canadiennes. Par contre, elle a aussi révélé d'importantes lacunes quant à la disponibilité et à la diversité de ces émissions expressément destinées aux enfants âgés entre 9 et 12 ans.

La seconde phase de l'étude a consisté en un examen en profondeur de l'appropriation des médias et de leur contenu par les familles et les enfants : outre le rôle, la perception et l'influence de la télévision et de son contenu, l'étude a examiné comment les enfants utilisaient les nouveaux médias à écran tels que l'ordinateur, les consoles de jeux vidéo et les téléphones intelligents. Suivant cette approche, des familles canadiennes ont été interrogées dans leur environnement quotidien (leur domicile) dans  5 villes canadiennes, soit St John's, Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver. Les chercheurs ont aussi utilisé la méthode des groupes de discussion, composés respectivement d'enfants, de pères, de mères et de jeunes adolescents dans chacune des villes.

Résultats : faits saillants

     

  • « Le soir, quand on s'assoit ensemble, c'est l'heure de la télé en famille. »
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Les résultats de l'étude démontrent que la télévision reste, comme par le passé, la plateforme médiatique la mieux adaptée pour vivre une expérience familiale dans les cinq régions canadiennes visitées. Les familles continuent de lui attribuer de la valeur et de l'importance. Les résultats suggèrent  aussi que les deuxièmes écrans, (tablette électronique, téléphone intelligent, etc.) ne connaissent pas encore pour ce groupe d'âge un usage généralisé et ne constituent pas une menace pour la télévision : si présents, ils sont complémentaires à son utilisation. Les enfants et parents interrogés d'un océan à l'autre jugent donc que la télévision est loin d'être menacée d'extinction, étant le seul écran de la maison qui, par ses dimensions, permet à tous les membres de la famille de se rassembler et de regarder leurs émissions préférées.

L'étude a aussi mis en lumière des différences régionales quant aux contenus et aux pratiques entourant l'utilisation de la télévision. Par exemple, c'est à St John's (Terre-Neuve) qu'on retrouve le plus grand nombre d'heures passées devant la télé, tout en ayant le meilleur équilibre avec le temps consacré aux activités de plein air. À Calgary, l'approche des parents était de loin la plus traditionnelle et leurs interventions quant au choix d'émissions et du nombre d'heures d'écoute plus fréquentes. Au Québec, on a noté le souhait des parents d'avoir plus d'émissions pour les 9 à 12 ans et, de préférence, d'origine québécoise.

 

     

  • Contenus canadiens : les enfants sont-ils fidèles ou infidèles?
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Il ressort aussi que les parents se questionnent concernant le peu de contenu offert à leurs enfants. « En effet, de l'âge préscolaire jusqu'à environ 7-8 ans, les enfants sont relativement fidèles aux émissions canadiennes puisque les producteurs d'ici leur offrent une variété d'émissions, reconnue comme étant de qualité. Par la suite, il se crée une sorte de vide, les contenus canadiens pour ce groupe d'âge se faisant de plus en plus rares», déplore André H. Caron. Ainsi, leur fidélité à la télévision canadienne s'étiole avec le temps. «Pourtant, le moment où les enfants traversent la période de leur 9 à12 ans est propice pour ranimer leur intérêt envers des programmes de télévision canadienne puisqu'ils  aspirent encore à passer du temps en famille et chérissent ces moments de proximité à regarder la télévision avec leurs proches. Pour les producteurs d'ici, il en va de la fidélisation à long terme des Canadiens à l'égard de la télé « made in Canada », de conclure le chercheur.

 

À propos de cette étude

L'étude Et les enfants dans tout ça? est une initiative de l'Alliance Médias Jeunesse (AMJ) et a été soutenue et financée par Bell Média. La traduction de l'étude a été financée par le Fonds des médias du Canada, qui a aussi contribué à sa diffusion. Depuis plus de trente ans, l'AMJ a suivi de près la qualité de la télévision jeunesse canadienne et celle de tous les autres contenus sur écran destinés aux enfants.

Chercheurs principaux : André H. Caron Ed.D. Jennie M. Hwang Ph.D. et Elizabeth McPhedran B.A. Collaborateurs : Catherine Mathys  B.Sc. Pierre-Luc Chabot B.Sc. Ninozka Marrder B.A.A. Boris H.J.M. Brummans, Ph.D. et Letizia Caronia, Ph.D.

Le rapport synthèse de l'étude est disponible en ligne sur le site de l'Alliance Médias Jeunesse : www.ymamj.org/etude

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À l'intention des journalistes: pour une entrevue avec le professeur André H. Caron, communiquez avec:
Julie Gazaille, attachée de presse Université de Montréal, j.cordeau-gazaille@umontreal.ca ou 514 343-6796

Pour obtenir le rapport complet de l'étude, communiquez avec :
Lyne Côté, événements spéciaux et communications
Alliance Médias Jeunesse, alliance@ymamj.org ou 514-597-6809