Des futurs médecins à Wemotaci

  • Forum
  • Le 19 novembre 2012

  • Mathieu-Robert Sauvé

Les jeunes autochtones ont pu apprivoiser quelques outils du mystérieux monde de la médecine.Une faible neige tombe en ce 6 novembre au matin à Wemotaci, un village attikamek de la Haute-Mauricie, quand l'autobus en provenance du campus de l'UdeM en Mauricie se présente devant l'école primaire Seskitin. «Vous ne pouvez pas imaginer l'effet que votre visite pourra avoir sur les jeunes autochtones qui préparent cette rencontre depuis plusieurs jours», avait dit au micro le Dr Stanley Vollant, conseiller en santé autochtone à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, aux 20 étudiants en médecine qui s'étaient déplacés pour l'occasion.

 

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Une faible neige tombe en ce 6 novembre au matin à Wemotaci, un village attikamek de la Haute-Mauricie, quand l'autobus en provenance du campus de l'UdeM en Mauricie se présente devant l'école primaire Seskitin. «Vous ne pouvez pas imaginer l'effet que votre visite pourra avoir sur les jeunes autochtones qui préparent cette rencontre depuis plusieurs jours», avait dit au micro le Dr Stanley Vollant, conseiller en santé autochtone à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, aux 20 étudiants en médecine qui s'étaient déplacés pour l'occasion.

L'étudiante Catherine Richer, responsable du Groupe d'intérêt en santé autochtone, explique que le but de la visite n'est pas d'obtenir des résultats à court terme mais de semer le germe de la réussite. «On vient montrer aux jeunes nos instruments médicaux et un squelette en plastique pour qu'ils les manipulent quelques instants. Le tout se passe dans un contexte le plus ludique possible. On espère que ça leur donnera envie de croire en leurs rêves», indique-t-elle.

Les 158 enfants de l'école Seskitin ont de bonnes chances, selon le directeur, Gnandi Nabine, de se rendre au secondaire. Mais c'est à ce moment-là que se produit la débâcle. Seulement trois élèves ont terminé leurs études secondaires l'an dernier et l'on espère en «diplômer» sept cette année. Le village compte 1400 habitants. «Le Dr Vollant est un modèle pour eux, car il incarne la réussite», mentionne la future clinicienne.

Les jeunes autochtones ont pu apprivoiser quelques outils du mystérieux monde de la médecine.Originaire de Pessamit, sur la Côte-Nord, Stanley Vollant est le premier autochtone du Québec à avoir obtenu un diplôme de chirurgien en 1994. L'Innu a entrepris ces miniécoles de santé après avoir pris connaissance d'un programme similaire à l'Université d'Ottawa au début des années 90. Pour attirer plus de candidats francophones dans l'arrière-pays ontarien, les étudiants allaient présenter leur métier dans les écoles primaires et secondaires des communautés francophones. Le système a contribué à hausser le nombre de médecins franco-ontariens. «Je me suis dit que ce modèle pourrait s'appliquer aux communautés autochtones», précise le Dr Vollant, qui a remporté l'hiver dernier le prix Médecine, culture et société de la Faculté de médecine de l'UdeM. Il a entrepris en 2010 une marche de 5000 kilomètres qui se poursuivra jusqu'en 2015, sur quatre saisons, dans les communautés autochtones du Québec et du Labrador.

C'était la cinquième miniécole de santé du Dr Vollant et de ses émissaires depuis deux ans. Ces visites se déroulent en collaboration étroite avec le campus de l'UdeM en Mauricie. Le Dr Patrick Houle, directeur de l'enseignement et de la recherche au Centre de la santé et des services sociaux de l'Énergie, à Shawinigan, qui était du voyage, en a profité pour tisser des liens avec le personnel du Centre de santé de Wemotaci. Devant un plat de ragout d'orignal et de banique, préparé par une cuisinière attikamek, on a convenu de mettre sur pied des programmes de stages pour les étudiants. «C'est important de s'occuper de la santé des autochtones parce qu'on a tendance à oublier qu'ils font pleinement partie de la population québécoise, fait remarquer le Dr Houle. On peut voir un médecin, ici, à peine une fois par mois. C'est nettement insuffisant compte tenu des besoins.»

À Wemotaci comme dans la plupart des réserves isolées, la population est touchée par le diabète et des problèmes de toxicomanie. De plus, le village a connu une vague de suicides au début des années 2000. Une des solutions, rappelle le Dr Houle, est de former des médecins autochtones. Or, non seulement les médecins autochtones sont encore trop rares dans la population, mais même les places qui leur sont destinées dans les facultés de médecine du Québec n'arrivent pas à être comblées.

En tout cas, le Dr Vollant est encore très ému lorsqu'il voit briller les yeux des enfants. La miniécole de santé, qui donne vie à leurs rêves, est une «solution possible à la problématique autochtone», estime-t-il.

Mathieu-Robert Sauvé