Des spécialistes font le point sur les TOC

  • Forum
  • Le 19 novembre 2012

  • Dominique Nancy

Certaines personnes se lavent les mains à tout bout de champ par peur d'être contaminées. (Image: William Stadler)Une cinquantaine de chercheurs, psychiatres et cliniciens du Québec et de l'Ontario se réunissaient le 10 novembre, à la John Molson School of Business de l'Université Concordia, pour faire le point sur la recherche et les diverses approches concernant les troubles obsessionnels-compulsifs (TOC).

 

Sur le thème «Quand les choses ne sont pas faites comme il faut», la rencontre a également permis au grand public, invité à l'activité, d'en apprendre un peu plus sur ces troubles mentaux qui affectent environ trois pour cent de la population et se caractérisent par la forte présence de compulsions ou de rituels pour limiter l'anxiété causée par l'obsession.

«Pour contenir les pensées obsessionnelles qui reviennent sans cesse, le sujet se sent obligé d'accomplir une action répétitive comme se laver les mains, ranger, compter, selon une règle très stricte. Il y a alors un soulagement temporaire, mais le comportement se produit plus fréquemment et plus intensément après. S'installe alors un cycle de peurs et de rites répétitifs desquels l'individu est incapable de se désengager», explique Kieron O'Connor, codirecteur et fondateur du Centre d'études sur les TOC et les tics, situé au Centre de recherche Fernand-Seguin de l'Hôpital Louis-H. Lafontaine, affilié à l'Université de Montréal.

Conférencier invité, M. O'Connor, aussi professeur au Département de psychiatrie de l'UdeM, a brossé le portrait typique des personnes aux prises avec cette affection, rappelant toutefois que les TOC se présentent sous différentes formes, chacune étant associée à divers types de problèmes.

Kieron O'ConnorSelon la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, la bible des psychiatres, les TOC font partie des troubles anxieux. Les obsessions les plus fréquentes sont liées à la peur de la contamination (par exemple la crainte d'être contaminé en serrant la main de quelqu'un), au doute répété (est-ce que j'ai bien fermé la porte de la maison?) et à un besoin d'ordre et de symétrie (souffrance intense lorsque les objets sont en désordre). Les impulsions agressives (notamment la peur de blesser son enfant) font aussi partie des compulsions les plus courantes. «On ne diagnostiquera un TOC que si les compulsions sont accaparantes et occasionnent un profond désarroi», précise Kieron O'Connor.

Plusieurs participants ont fait ressortir les effets que les TOC peuvent avoir sur les différents aspects de la vie: le travail, les études, les relations amoureuses et familiales. Les TOC seraient associés à une dépendance à l'alcool et aux drogues ainsi qu'à la dépression.

Thérapie basée sur les interférences

L'une des conclusions de la rencontre est qu'il n'y a pas de recette universelle pour le diagnostic et le traitement des TOC. Mais des approches cliniques ont fait leurs preuves. Le professeur O'Connor et son équipe ont d'ailleurs été les premiers à désigner les processus de raisonnement en jeu dans les TOC et à les intégrer à une nouvelle thérapie, soit la thérapie basée sur les interférences (TBI).

Cette approche cognitive ne vise pas à exposer progressivement le patient aux situations problématiques comme c'est le cas de l'approche cognitivo-comportementale. La TBI cherche plutôt à modifier les pensées dans le but de changer les perceptions des patients et par le fait même leurs comportements. «Le problème initial n'est pas la phobie, comme on l'a longtemps cru, mais davantage le doute obsessionnel, indique le Dr O'Connor. C'est le doute et l'imagination du patient qui engendrent la compulsion. Avec notre thérapie, on amène les patients à distinguer le doute obsessionnel du doute normal et à mieux se fier à leur perception en s'appuyant sur la réalité et leurs sens.»

L'efficacité de cette thérapie, qui connait depuis 1996 un franc succès avec tous les types et degrés de gravité de TOC, a récemment été reconnue par les Instituts de recherche en santé du Canada, qui ont accordé une importante subvention de recherche au professeur O'Connor. L'équipe du professeur travaille présentement à mettre en place une étude clinique à l'échelle du Québec.

Conférenciers et témoignages

Organisé par la Fondation québécoise du TOC à l'occasion de son 10e congrès annuel, le colloque était parrainé par l'Université de Montréal et l'Université Concordia. Outre des professeurs et des étudiants des deux établissements, une conférencière d'honneur a pris la parole au cours de cette journée spéciale. Il s'agit de Laura Summerfeldt, de l'Université Trent, en Ontario, dont la communication était intitulée «Implications for understanding and treatment».

Des témoignages de personnes atteintes d'un TOC et une période de questions ont conclu cette rencontre.

Dominique Nancy