Le centre Dollard-Cormier, un carrefour d'expertises

  • Forum
  • Le 26 novembre 2012

  • Dominique Nancy

La nouvelle directrice scientifique du Centre Dollard-Cormier, Marie-Josée Fleury, est spécialiste de l'organisation des soins et des besoins en santé mentale, itinérance et dépendances. Depuis 2010, les fonds obtenus par les chercheurs du Centre Dollard-Cormier Institut universitaire sur les dépendances s'élèvent à plus de 41 M$. Le nombre de publications est appréciable lui aussi, soit quelque 200 articles scientifiques, ouvrages, chapitres de livres ou rapports de recherche parus au cours des deux dernières années. «Nous sommes le plus grand centre de recherche universitaire sur les dépendances du Québec», commente la nouvelle directrice scientifique, Marie-Josée Fleury, elle-même chercheuse à l'Institut universitaire en santé mentale Douglas et professeure associée au Département d'administration de la santé de l'Université de Montréal.

 

Actuellement, le personnel de recherche du Centre se compose de 22 chercheurs permanents et 8 collaborateurs répartis dans huit universités québécoises et trois équipes de recherche: le RISQ (Recherche et intervention sur les substances psychoactives-Québec), le GRIF-JEU (Groupe de recherche sur l'intervention et les fondements en jeu) et l'équipe HERMES (Habitudes de vie et recherches multidisciplinaires). Plus de 70 étudiants à la maitrise et au doctorat ainsi que 5 stagiaires postdoctoraux y poursuivent leurs travaux.

La programmation de recherche 2013-2018 du Centre est divisée en trois axes: consommateurs et entourage, services et outils et intégration et modélisation. De l'étude s'intéressant à l'alcool et aux drogues en passant par celle sur le jeu compulsif et, de plus en plus, les médicaments d'ordonnance, la cyberdépendance ou l'interaction entre les dépendances et les troubles concomitants, il existe peu de domaines où les chercheurs du Centre n'aient pas fait leur marque. Une soixantaine de projets dans l'un ou l'autre de ces secteurs sont en cours. «Pas mal pour un institut universitaire âgé d'à peine cinq ans», souligne Mme Fleury, qui a succédé à Louise Nadeau.

Elle ajoute que la recherche au Centre Dollard-Cormier ne date pas d'hier. Il s'y mène des études depuis presque ses origines. Et en 2007, le Centre Dollard-Cormier est devenu un institut de recherche universitaire reconnu par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, le Fonds de recherche du Québec–Santé et les Instituts de recherche en santé du Canada.

Service d'urgence

Depuis sa fondation en 1997, le Centre a consacré beaucoup d'énergie à la recherche. Mais cela ne saurait faire oublier que cet établissement public dont la mission est «d'améliorer l'état de santé, le bienêtre, la qualité de vie et l'intégration sociale des personnes souffrant d'alcoolisme, de toxicomanie ou de jeu pathologique» est un leadeur dans l'élaboration de méthodes d'intervention relatives aux dépendances adaptées à la réalité de la communauté québécoise.

Au fil des années, la mise en place de divers services spécialisés sur l'ensemble du territoire de l'île de Montréal a permis de répondre aux besoins de tous les groupes d'âge, des enfants aux gens de 55 ans et plus. Ses actions s'étendent également aux personnes itinérantes et à l'entourage des patients dépendants. «Quelque 9000 personnes bénéficient chaque année des services de l'établissement, peut-on lire sur son site Internet. La moitié des usagers sont âgés entre 40 et 64 ans et environ 30 % se retrouvent dans le groupe des 25-39 ans.»

Il compte huit points de service, dont un service d'urgence en toxicomanie situé rue Prince-Arthur qui est ouvert jour et nuit, sept jours sur sept. Les jeunes de la rue qui s'y présentent sur une base volontaire peuvent y séjourner 72 heures. Ils y reçoivent des soins infirmiers et médicaux et une évaluation psychosociale. «Ce service est la porte d'entrée du Centre pour toute clientèle ayant un problème de toxicomanie et dont l'état nécessite une intervention immédiate, signale Mme Fleury. Un volet triage permet de déterminer vers quels services, programmes ou ressources le client doit être dirigé.»

Troubles concomitants

À quoi attribuer le succès et la croissance du Centre? «La force de l'établissement réside notamment dans la multidisciplinarité et la complémentarité des expertises», estime Marie-Josée Fleury.

Il y a par ailleurs, selon la directrice scientifique, que la population souhaite mieux connaitre les problèmes de santé mentale. Le suicide, les dépressions, la toxicomanie, la délinquance, l'itinérance..., ce sont tous des problèmes de santé publique qui ont une composante en santé mentale, dit-elle. «Environ 50 % de notre clientèle souffre d'ailleurs de troubles concomitants de toxicomanie et de santé mentale.»

Après avoir fait un doctorat en santé publique à l'UdeM, Mme Fleury a travaillé comme chercheuse pendant une douzaine d'années. Elle s'est jointe à l'équipe du Centre Dollard-Cormier en février 2012 à titre de directrice scientifique. Dix mois plus tard, cette spécialiste de l'organisation des soins et des besoins en santé mentale, itinérance et dépendances ne regrette pas sa décision. «Ce travail comble mon désir de contribuer à l'atténuation de la souffrance chez les gens aux prises avec une dépendance.»

Dominique Nancy