La lune n'influe pas sur la santé mentale!

  • Forum
  • Le 3 décembre 2012

  • Daniel Baril

La croyance aux effets de la lune sur les accouchements et sur la santé humaine durera sans doute aussi longtemps qu'il y aura une lune au-dessus de nos têtes. Bien que de tels mythes puissent être facilement réfutés par la simple observation directe, une équipe de chercheurs de trois universités québécoises a cru bon de vérifier de nouveau s'il y avait un lien entre les phases de la lune et la santé mentale.

 

À l'origine, l'équipe de médecins et de psychologues, dont font partie les Drs Jean-Marc Chauny et Jean Diodati, de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, cherchait à établir la fréquence des attaques de panique accompagnées de douleurs thoraciques. Devant les témoignages du personnel hospitalier soutenant qu'il y avait une augmentation de cas lors des soirs de pleine lune, l'équipe a aussi voulu vérifier ces dires.

La pleine lune n'est pas à blâmer

Les chercheurs ont examiné les dossiers de 771 patients qui se sont présentés aux urgences de l'Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et de l'Hôtel-Dieu de Lévis entre mars 2005 et avril 2008 disant souffrir de douleurs thoraciques. Ces sujets ont été retenus à la fois parce qu'aucune cause médicale n'a été décelée pour expliquer leurs douleurs et parce qu'ils ont reçu ensuite un diagnostic d'attaque de panique, de trouble anxieux, de troubles de l'humeur ou d'idées suicidaires.

La date du passage aux urgences de ces patients a été associée aux différentes phases de la lune comprenant chacune sept jours. La période de la pleine lune, par exemple, comprend la journée même de l'éclairage total de l'astre plus les trois jours qui précèdent ainsi que les trois jours qui suivent.

Exception faite d'un plus faible taux d'admission à l'hôpital lors du dernier quartier de lune pour les sujets aux prises avec un trouble anxieux, aucune corrélation significative n'a pu être observée entre les autres problèmes de santé mentale et l'une ou l'autre des phases de la lune.

La seule corrélation significative montre une diminution de 32% des consultations pour troubles anxieux lors du dernier quartier. Mais la courbe remarquée dans ce cas ne cadre pas avec la croyance populaire qui attribue une hausse des problèmes de santé mentale à la pleine lune: le point le plus élevé de la courbe correspond plutôt à la nouvelle lune et n'est pas significatif. Comme cette donnée ne coïncide avec aucune théorie ni aucune autre étude empirique, les chercheurs l'attribuent au hasard.

Devant ces résultats, les auteurs invitent infirmières et médecins en milieu hospitalier à abandonner les croyances très répandues voulant que la pleine lune ait un effet néfaste sur la santé mentale. De telles croyances, soulignent-ils dans leur article paru dans General Hospital Psychiatry, risquent de fausser leur jugement clinique lors de situations critiques.

Pour ajouter aux données de cette recherche qui déboulonnent ce mythe encore une fois, il faut mentionner que la lune passe au-dessus de nos têtes tous les jours, qu'elle soit éclairée ou non. S'il y avait un quelconque effet gravitationnel ou d'une autre nature imputable à cet astre, il se ferait donc sentir chaque jour comme les marées et serait d'égale intensité lors de la pleine lune et lors de la nouvelle lune.

Effet saisonnier

Cette étude a par ailleurs fait ressortir une corrélation significative, comme s'y attendaient les chercheurs, entre les saisons et la fréquence des attaques de panique. Par rapport à la moyenne annuelle, les passages à l'hôpital pour ce trouble sont 37% plus fréquents au printemps et 37% plus rares à l'automne.

«Il faut distinguer entre l'apparition du trouble et le moment de la consultation, précise Geneviève Belleville, professeure à l'École de psychologie de l'Université Laval et première auteure de l'article. Les désordres anxieux peuvent se manifester au cours de l'automne et de l'hiver et amener la personne à consulter au printemps. Ce que nous avons pris en considération, c'est la date du passage aux urgences.»

Pour expliquer cet effet saisonnier, la chercheuse évoque un possible effet aggravant du manque de luminosité en hiver, voire du pelletage de la neige, alors que l'été et les vacances peuvent avoir un effet apaisant.

Ces données seront utiles aux cliniciens qui doivent s'attendre à plus de consultations pour des attaques de panique au printemps... quelle que soit la phase de la lune!

Daniel Baril