Le sud du Québec à la fin du pléistocène

  • Forum
  • Le 3 décembre 2012

  • Daniel Baril

Les travaux en archéologie amérindienne des 10 dernières années au Québec, en Nouvelle-Angleterre et dans les provinces maritimes ont mis en évidence que le peuplement de cette aire géographique présente plusieurs caractéristiques qui la distinguent du reste du nord-est américain.

 

Cette zone, qui a longtemps formé une péninsule isolée par la mer de Champlain, est désignée sous le nom d'extrême nord-est américain par les archéologues. Après le retrait des glaciers il y a 13 500 ans, la région était plutôt inhospitalière et a été couverte par la toundra jusqu'à il y a 12 000 ans.

Claude Chapdelaine, professeur d'archéologie au Département d'anthropologie de l'Université de Montréal, a rassemblé dans un même ouvrage les plus récentes recherches effectuées dans cette partie du continent. Sous le titre Late Pleistocene Archaeology & Ecology in the Far Northeast, le volume regroupe les communications présentées par des chercheurs du Québec et des États-Unis au congrès de l'Association des archéologues du Québec tenu à Sherbrooke en 2009 et auxquelles s'ajoutent les contributions d'archéologues des provinces maritimes.

Pointes à cannelures

Le professeur Chapdelaine y dresse notamment le bilan de ses travaux menés sur le site de Cliche-Rancourt près du lac Mégantic, où il a exhumé une pointe de flèche représentative de la culture Clovis. Ces pointes se démarquent par des cannelures sur la tige qui témoignent d'une technique singulière de taille de la pierre.

Il s'agit du seul site québécois où la culture Clovis, originaire du sud des États-Unis, est attestée. Cette découverte montre que la région a été habitée il y a environ 12 400 ans par des Paléoindiens nomades qui y chassaient le caribou.

Les pointes à cannelures sont parmi les artéfacts qui font de l'extrême nord-est une sous-région particulière. Des pièces de cette culture ont aussi été mises au jour à Debert, en Nouvelle-Écosse. L'un des constats qui ressort de l'ensemble des travaux réunis dans cet ouvrage est que la typologie actuellement utilisée pour classifier les pointes à cannelures est faible et qu'il faut de nouvelles découvertes avec datation au carbone 14 pour consolider le tout. «Ce sera le programme des 10 prochaines années», confiait Claude Chapdelaine à Forum.

Le volume plaide également pour une approche interdisciplinaire dans les recherches archéologiques parce que les archéologues travaillent sur un environnement qui n'existe plus. Ils doivent entre autres compter sur les expertises des géographes et des climatologues pour reconstituer cet environnement de la fin du pléistocène.

Parmi les autres contributions québécoises, mentionnons celle de François Courchesne, professeur au Département de géographie de l'UdeM, qui explique pourquoi les artéfacts d'un site comme celui de Cliche-Rancourt sont enfouis parfois jusqu'à 70 centimètres alors que, pour une même datation, ils se situent habituellement à 10 centimètres de la surface. La réponse vient du froid: lorsque le pergélisol de la toundra a dégelé, les artéfacts se sont enfoncés plus profondément dans le sol détrempé.

Jean-Yves Pintal, diplômé de l'UdeM, réévalue pour sa part les dates de peuplement de la région de Québec. Bien qu'aucune pointe de type Clovis n'ait été trouvée dans les sites de cette région, il fait reculer de 1500 ans la date admise jusqu'ici pour l'arrivée des Paléoindiens à Québec et l'établit à 10 500 ans avant aujourd'hui.

Daniel Baril

Sous la direction de Claude Chapdelaine, Late Pleistocene Archaeo-logy & Ecology in the Far Northeast, Texas, A&M University Press, 2012.