L'UdeM honore Marie-Claire Blais

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  • Le 3 décembre 2012

  • Paule Des Rivières

Marie-Claire Blais«C'est dur d'écrire quand on est jeune. Il faut avoir le courage de continuer, même lorsqu'on sent qu'on n'a pas assez d'appuis.» Voilà le conseil que donne Marie-Claire Blais aux jeunes qui caressent le projet de devenir écrivains. La célèbre romancière s'exprimait ainsi après avoir reçu un doctorat honoris causa de l'Université de Montréal le 26 novembre.

 

Marie-Claire Blais a pour sa part connu le succès littéraire à un jeune âge, avec la publication de son premier roman à 20 ans et, trois ans plus tard, avec la parution d'Une saison dans la vie d'Emmanuel, qui lui a valu le prix Médicis. Mais son parcours n'a pas pour autant été sans obstacles. Et elle éprouve encore le regret d'avoir dû, pour des raisons financières, interrompre ses études à l'Université Laval, à Québec.

C'est sans doute pour cela qu'elle a été impressionnée par la cérémonie de collation des grades de la Faculté des arts et des sciences au cours de laquelle on lui a remis son doctorat honorifique. «J'écoutais avec fascination la liste des sujets de thèse. Il y a une telle variété de choix dans les thèmes des travaux, s'est-elle émerveillée. Et que dire de ce professeur qui ajoute un doctorat à son bagage. Imaginez un peu si nos parents avaient eu ce privilège de vivre ainsi.»

Même si l'écrivaine n'a pu poursuivre ses études – elle est issue d'une famille ouvrière de 13 enfants –, elle s'est rapprochée du milieu universitaire lorsque, à 23 ans, elle a remporté une bourse Guggenheim qui exigeait que la lauréate s'installe aux États-Unis.

«J'ai choisi Cambridge. Le soir, j'allais à Harvard, comme étudiante ignorante. Mais il y a toujours, encore aujourd'hui, une pointe de souffrance.»

La romancière, dont les ouvrages sont traduits dans une douzaine de langues, vit en Floride depuis de nombreuses années, mais elle vient régulièrement au Québec. Le 14 novembre, elle y a reçu le Grand Prix du livre de Montréal pour son 20e titre, Le jeune homme sans avenir. À l'image de plusieurs de ses livres, elle donne corps aux sans-voix et sans-avenirs de notre société.

Très sollicitée, l'écrivaine est membre de plusieurs jurys. Elle lit donc un grand nombre des romans qui se publient, parmi lesquels beaucoup de premières œuvres. Et s'il est une chose qui la surprend à tous coups, c'est la grande culture que possèdent ces jeunes auteurs.

«Cette génération d'écrivains dans la vingtaine, trentaine ou quarantaine ont une grande culture. C'est lié à Internet bien sûr mais aussi à un besoin de connaissance. Nous n'avions pas les mêmes critères et n'avions pas accès à une culture universelle quand nous avions leur âge», rappelle-t-elle.

Si la romancière se désole de n'avoir pu fréquenter l'université dans sa jeunesse, elle n'en a pas moins pris une formidable revanche sur son passé, puisque son œuvre fait dorénavant partie des connaissances qu'on acquiert à l'université. À l'UdeM seulement, de nombreux mémoires et thèses ont été consacrés aux romans de Mme Blais et ses livres continuent d'être étudiés dans plusieurs cours du Département des littératures de langue française. Bien que l'ensemble de l'œuvre soit examinée sous toutes ses coutures, la palme revient à Une saison dans la vie d'Emmanuel, dont les structures, le style, la vision sociologique et la noirceur déchirante sont constamment admirés.

Paule des Rivières