Le physiologiste qui a le cœur à l'ouvrage

  • Forum
  • Le 10 décembre 2012

  • Dominique Nancy

Rick Hoge est un amateur de plein air, ce qui est idéal quand on est père de deux jeunes garçons. Et c'est bon pour le cœur!Rick Hoge a commencé sa carrière comme policier. Après un baccalauréat en physique, il est parti à Regina suivre une formation à la Gendarmerie royale du Canada. «Il n'y avait pas de travail dans le domaine à l'époque, raconte le professeur du Département de physiologie de l'UdeM et membre de l'Institut de génie biomédical. Après mes six mois de formation dans l'Ouest canadien, j'ai été affecté à Montréal à la section des stupéfiants.»

 

Il y a travaillé pendant près de trois ans. À ce moment-là, la guerre du Golfe battait son plein et, plus près de chez nous, les conflits avec les autochtones à Kahnawake faisaient couler beaucoup d'encre... «Ce fut une bonne expérience de vie, mais les sciences occupaient de plus en plus mon esprit.»

Son séjour dans la police prend fin lorsqu'il décide, un beau matin, de retourner aux études. Coup sur coup, il fait sa maitrise (1994) puis son doctorat (1999) à l'Université McGill, avant d'entreprendre un postdoctorat à l'Université Harvard (2001). Il occupera pendant cinq ans les fonctions de moniteur en radiologie à l'École médicale de Harvard et celles de chercheur adjoint au Massachusetts Institute of Technology. En 2006, il est engagé par l'Université de Montréal, où il enseigne depuis.

Le chercheur qui est né aux États-Unis et a grandi à Ottawa ne regrette pas sa décision. Son laboratoire, situé à l'Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM), compte aujourd'hui une douzaine de personnes. Son financement provient des plus prestigieux organismes scientifiques: les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, etc. À ce jour, il a publié une quarantaine d'articles dans des revues et journaux reconnus, dont Neuroimage, Human Brain, PLOS One, Biomed Imaging et Proc. Natl. Acad. Sci.

Spécialiste de la physiologie cérébrale et de la fonction vasculaire, M. Hoge est un scientifique renommé dans son domaine. Il vient d'obtenir une subvention du Consortium québécois sur la découverte du médicament de 1,5 M$ sur trois ans.

Laboratoire en action

Comme le dit le professeur Hoge, aussi associé au Département de radiologie de l'UdeM, une meilleure compréhension des rapports entre l'âge, la santé physique et cardiovasculaire, la physiologie du cerveau et l'état des fonctions cognitives pourrait amener des retombées scientifiques dont bénéficierait une bonne partie de la population adulte occidentale étant donné l'incidence de la maladie d'Alzheimer et le vieillissement de la population. «Mes travaux ont pour but de mieux comprendre ces rapports et de modéliser les problèmes à l'aide de nouvelles méthodes d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle et au moyen des mesures optiques basées sur la lumière infrarouge, qui permettent d'établir de façon non effractive les concentrations de sang oxygéné dans le cerveau.»

En nous faisant visiter l'Unité de neuro-imagerie fonctionnelle de l'IUGM, M. Hoge précise que les équipements qu'il utilise pour l'imagerie quantitative et l'analyse de la physiologie cérébrale et de la fonction vasculaire ont été mis en place par les chercheurs Julien Doyon et Yves Joanette. «L'appareil d'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), une ressource partagée entre plusieurs collègues, a été acquis en 2004 par M. Doyon grâce à une subvention de la FCI», indique le papa de deux jeunes garçons (Matti, 8 ans, et Lucas, 5 ans).

Par mesure de sécurité, chaque personne qui s'apprête à pénétrer dans la salle d'IRMf, grande comme une chambre à coucher, doit revêtir une chemise d'hôpital après avoir vidé ses poches et déposé ses bijoux à l'entrée. «Divers projets sont actuellement en cours auprès de sujets en bonne santé, de personnes âgées et d'individus souffrant de maladies neurodégénératives ou aux prises avec des problèmes cardiovasculaires», signale M. Hoge.

Du pain sur la planche

À 48 ans, Rick Hoge a le profil du chercheur brillant qui participe à des jurys de thèse, siège à des comités scientifiques et publie dans d'importantes revues savantes. Mais il sait aussi se réserver des moments de détente et profiter de sa famille. Avec ses enfants, il fait entre autres du vélo et du ski alpin. «Je suis un amateur de plein air, dit-il. Et avec deux jeunes garçons, toutes les raisons sont bonnes pour aller jouer dehors.»

Bricoleur à ses heures, il a pas-sé plusieurs fins de semaine à rénover sa résidence, une belle maison située dans le quartier Côte-des-Neiges. M. Hoge aime également cuisiner. «Faire la cuisine me détend», confie-t-il. Le vendredi soir, c'est lui qui prépare le repas familial, au grand bonheur de sa conjointe, Marta, chercheuse dans le domaine pharmaceutique. Au menu: des plats asiatiques, des recettes à base de cari et des spécialités italiennes. «C'est un rituel, affirme-t-il. Toute la famille met la main à la pâte.»

Bref, que ce soit au travail ou à la maison, Rick Hoge a toujours beaucoup de pain sur la planche. Mais le travail ne semble pas faire peur à cet ancien policier. D'ailleurs, y a-t-il quelque chose qui l'effraie? «Ah oui, les comités de subvention!» lance-t-il en riant.

Dominique Nancy