N'oubliez pas: la fin du monde est pour le 21 décembre!

  • Forum
  • Le 10 décembre 2012

  • Daniel Baril

Depuis le milieu du 19e siècle, la fin du monde a été annoncée à au moins 62 reprises! (Image: iStockphoto)Depuis qu'il a présenté, aux Belles Soirées en avril 2011, sa conférence sur la fin du monde, Robert Lamontagne a été invité à reprendre cette présentation plus d'une trentaine de fois. Et à chaque occasion, elle attire des centaines de personnes. La fin du monde se vend bien et les exploiteurs de crédulité le savent.

Directeur exécutif de l'Observatoire du Mont-Mégantic et chargé de cours au Département de physique de l'Université de Montréal, Robert Lamontagne expose dans cette conférence les facteurs astronomiques qui, aux yeux de certains mordus de l'apocalypse, sont des signes annonciateurs de la fin du monde. Ceux qui ont raté la présentation ont encore une chance de l'entendre avant la date fatidique: l'astrophysicien la reprend le 18 décembre à l'église Saint-Albert-le-Grand (église des Dominicains), chemin de la Côte-Sainte-Catherine.

«C'est ma seule conférence qui comporte une date de péremption, déclare-t-il à la blague. Après le 21 décembre, je ne pourrai plus la donner!» Mais parions que le sujet refera surface assez rapidement: depuis le milieu du 19e siècle, la fin du monde a été annoncée, sans grand succès, à au moins 62 reprises et pour autant de motifs.

Alignement planétaire

Parmi les «fausses vraies menaces» brandies par les annonciateurs de l'apocalypse se trouve un pseudoalignement planétaire le 12 du 12 de 2012. Mais les astronomes ne voient rien de particulier pour cette date. Il existe des programmes de simulation des mouvements du système solaire facilement accessibles sur Internet et tout ce qu'on peut observer, c'est que la Terre et Jupiter auront un alignement plutôt imparfait sur le Soleil à cette date. C'était en fait le 4 décembre que ces trois astres formaient une ligne droite.

Robert Lamontagne«Depuis 4,5 milliards d'années, il n'y a sans doute jamais eu d'alignement parfait de toutes les planètes», affirme Robert Lamontagne. Mais l'astrophysicien s'est tout de même amusé à calculer quel serait l'effet gravitationnel sur la Terre d'un tel phénomène: il serait de l'ordre de un cent-millionièmes de fois l'attraction de la Lune, ce qui est infiniment moins que la variation de cette même attraction selon la position de la Lune.

Il y aurait cependant déjà eu un alignement assez rectiligne de six planètes, dont la Terre, du même côté du Soleil le 2 novembre 1881. Mais l'histoire humaine et géologique ne rapporte rien de spécial pour cette date.

On nous dit également que le Soleil sera aligné sur le centre de la galaxie le 21 décembre. Pas de chance là non plus pour les catastrophistes: selon Robert Lamontagne, le Soleil n'est jamais en ligne avec le centre de la galaxie mais passe plutôt légèrement au-dessous. Cela se produit même deux fois par année, aux solstices d'hiver et d'été, depuis que le monde est monde.

Le Soleil connait par ailleurs une intensification de ses éruptions selon un cycle d'environ 11 ans. Comme le dernier pic d'activité est survenu en 2001, le suivant devrait donc se produire en 2012. Mais le cycle est plus précisément de 11,2 ans, ce qui fait que la prochaine période d'activité intense arrivera plutôt en 2013. Selon les prévisions actuelles, elle sera moins forte que celle de 2001. Au pire, ces éruptions peuvent perturber les communications par satellite ou provoquer des pannes d'électricité comme ce fut le cas au Québec en 1989, ce qui n'est pas la fin du monde...

Planète Nibiru

Mais qu'à cela ne tienne! Les prophètes de malheur ne sont pas à cours d'évènements dramatiques: gare en effet à la planète Nibiru! Si vous n'en avez jamais entendu parler, c'est normal: il s'agit d'un astre qui n'a pas encore été découvert! Toutefois les initiés en connaissent très bien l'existence, puisqu'il est question du dieu Nibiru dans la mythologie babylonienne.

La planète Nibiru suivrait une orbite très elliptique qui croise celle de la Terre tous les 3600 ans. Son prochain passage devrait survenir... d'ici quelques jours. «Si un tel astre existait, il serait visible à l'œil nu depuis au moins un an», souligne Robert Lamontagne.

Il existe en outre un risque potentiel de collision entre la Terre et des astéroïdes de quelques dizaines de kilomètres, ce qui pourrait provoquer de graves cataclysmes. Ces astéroïdes sont connus et suivis à la trace et aucun croisement n'est prévu dans les 100 prochaines années.

Reste encore l'inversion des pôles magnétiques. «La Terre possède un centre liquide de fer en fusion parcouru par des courants électriques qui créent les champs magnétiques des pôles, explique l'astrophysicien. En raison de la friction des liquides, il arrive que les champs s'affaiblissent et, après une désorganisation, ils peuvent finir par s'inverser.»

Un pareil phénomène s'est produit une quinzaine de fois au cours des cinq millions d'années passés, le plus récent remontant à près de 800 000 ans. Comme les champs magnétiques connaissent présentement un affaiblissement – qui n'est peut-être qu'un retour à la normale –, les cavaliers de l'apocalypse annoncent qu'une inversion est imminente. Mais celle-ci prend des milliers d'années à se produire et les conséquences, sur la vie terrestre, pourraient se limiter à une perturbation du vol des oiseaux migrateurs. «Ça ne touchera pas la vie elle-même», soutient le professeur.

L'annonce de la fin du monde pourrait bien n'être qu'un sujet de divertissement, mais Robert Lamontagne met en garde contre les risques réels de dérapages. «Nous avons déjà connu les suicides collectifs de Waco, de Jonestown et de l'Ordre du temple solaire parce que des gens croyaient la fin proche, rappelle-t-il. Si une tranche importante de la population demeure étanche au discours de la science, c'est que les scientifiques ont peut-être un plus grand effort de vulgarisation à faire.»

À méditer d'ici le 13 du 13 de 2013.

Ne pas confondre les Mayas avec les Aztèques

Faut-il le répéter? Les Mayas n'ont pas prévu la fin du monde pour le 21 décembre 2012. «Tous les peuples de la Mésoamérique utilisaient deux types de calendriers, l'un de 365 jours, employé principalement pour l'agriculture, et l'autre de 260 jours servant surtout aux fêtes religieuses, souligne Louise Paradis, professeure au Département d'anthropologie de l'UdeM. L'obsession du temps faisait partie de la culture mésoaméricaine depuis 500 ans avant notre ère. Ce qui est particulier aux Mayas, c'est qu'ils ont ajouté à ces cycles une année zéro à partir de laquelle ils comptaient le temps, comme la naissance du Christ pour les Occidentaux. C'est ce qu'on appelle le cycle long, d'une durée de 5000 ans, et qui se termine à la fin de 2012.»

Mais après un cycle, un autre débute, de la même façon qu'une nouvelle année commence après la fin de notre calendrier le 31 décembre. Chez les Mayas comme chez tous les autres peuples de la planète, une fin de cycle est toujours inquiétante et l'on craint le déséquilibre des forces de la nature. Mais la fin des temps ne faisait pas partie de leurs croyances religieuses. Il convenait plutôt d'accomplir des sacrifices afin de rééquilibrer le monde et d'apaiser les dieux.

Il faut également éviter de confondre les Mayas avec les Aztèques, comme on le voit bien souvent avec l'utilisation de la Pierre du Soleil (ci-dessus) pour illustrer le calendrier maya. «La Pierre du Soleil est une œuvre aztèque, précise Louise Paradis. On y trouve divers cycles dont celui de 260 jours, mais aussi les divinités aztèques et les cinq cycles de création et de destruction du Soleil. On ne peut aucunement attribuer ce calendrier à un héritage des Mayas, puisque ce calcul du temps est apparu bien avant eux.»

La culture maya est parvenue à son apogée entre 500 et 600 de notre ère. La Pierre du Soleil a été sculptée en 1479, comme l'indique la date inscrite en hiéroglyphes aztèques, soit près de 1000 ans après le déclin de la civilisation maya. Quant à la représentation du calendrier maya sous forme de roues d'engrenages, il s'agit d'une transcription moderne destinée à nous faire comprendre comment s'établissait le calcul de la date. Les seules représentations de calendriers mayas sont sur des stèles ou des codex rectilignes.