Sous le sapin de Noël, un conflit

  • Forum
  • Le 10 décembre 2012

  • Dominique Nancy

Les altercations au sein d'un couple sont parfois nécessaires. Les éviter peut conduire à des situations «explosives» néfastes, tout comme se quereller sans cesse. (Image: iStockphoto)D'après le psychologue John Wright, Noël est souvent une source de conflits au sein des couples en difficulté et peut mener à une séparation. «Lorsque ça va mal, la période des fêtes n'arrange rien, dit-il. Il faut tolérer le frère ou l'oncle détestable sans compter la surcharge de travail qu'occasionne l'organisation d'une réception.

 

Si les partenaires n'ont pas une bonne communication et que le partage des tâches n'est pas équilibré, les tensions sont inévitables.»

M. Wright intervient depuis plus de 35 ans auprès des couples en difficulté. Il observe le même phénomène à la naissance d'un enfant. «Au lieu de consolider la relation, la présence d'un bébé peut amplifier les tensions chez les couples déjà aux prises avec des problèmes conjugaux.» À son avis, l'accumulation des conflits non réglés risque à la longue de miner les côtés positifs d'une relation et de conduire les conjoints à penser à la séparation. Ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose, estime-t-il. «Une séparation réussie est préférable à une vie de couple malheureuse, surtout s'il y a de la violence conjugale et que les enfants en sont témoins.»

Professeur retraité depuis 2011, John Wright a enseigné pendant 33 ans au Département de psychologie de l'Université de Montréal, où il a participé à la création du Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles. Il a exercé à l'UdeM un rôle de premier plan dans l'essor de la recherche et l'élaboration des programmes de formation en psychologie clinique du couple.

Selon lui, plusieurs séparations pourraient être évitées si les partenaires avaient recours aux services de consultation psychologique dès les premiers mois où se manifestent les signes flagrants de mésentente. «Les couples qui consultent au cours de la même année ont plus de chances de remédier aux problèmes et de rester amoureux, signale M. Wright. Plus on attend, plus il est difficile de rétablir un dialogue, d'écouter les points de vue de l'autre dans le respect et sans le dénigrer, éléments essentiels à la santé du couple.»

Apprendre à résoudre les conflits à mesure qu'ils surviennent constitue un atout dans une vie de couple réussie, souligne John Wright.Aujourd'hui au Québec, la situation est moins cahotique que dans les années 80, où près des deux tiers des couples vivant en union libre ont connu la séparation. Mariages ou pas, 20 % des enfants nés durant cette période ont vu leurs parents se séparer avant de fêter leur cinquième anniversaire, selon Statistique Canada. «Depuis une dizaine d'années, la situation semble plus stable, souligne le psychologue. Les couples sont plus nombreux à consulter et à avoir une volonté mutuelle de changer la façon de discuter et de préserver leur union. D'autres restent ensemble pour des raisons financières ou pour le bienêtre des enfants.» Derrière l'apparente stabilité se cache donc la dure réalité: le bonheur semble ne réussir qu'à la moitié des couples.

Similitude entre les partenaires

Qu'est-ce qui explique ces échecs? De nombreux facteurs interviennent dans la séparation des couples, répond M. Wright. Le stress, la surcharge de travail des femmes qui doivent trouver des solutions pour allier vie professionnelle, vie personnelle et éducation des enfants semblent être un obstacle à la longévité des ménages. Les travaux du psychologue John Gottman, de l'Université de Washington, ont d'ailleurs démontré que les causes de la séparation varient en partie selon la durée de la relation. Les séparations entre 5 et 7 ans de vie commune ont plus souvent pour origine de graves conflits vécus, par exemple l'infidélité et les colères répétées. Les séparations survenant au bout de 10 à 12 années résulteraient davantage d'une baisse de l'intimité et des interactions dans le couple.

La vie trépidante des villes qui accroit la probabilité de rencontrer d'autres personnes est aussi un facteur prédisposant à la rupture. Tout comme l'indépendance financière des femmes. «L'explosion du travail des femmes depuis les années 80 a amené celles-ci à être plus libres, affirme le psychologue. De nos jours, elles sont moins souvent dépendantes financièrement des hommes. Cela dit, il y a encore au Québec des femmes qui restent avec leur conjoint parce qu'elles et leurs enfants n'ont pas d'autre option.»

Si ces facteurs sont réels, pour d'autres chercheurs comme John Wright, les causes des ruptures sont à chercher dans la gestion des relations au sein du couple. Les vicissitudes de la vie transforment bel et bien la relation de couple, mais les travaux de recherche de M. Wright sur ce sujet révèlent également l'importance du degré de complémentarité des partenaires. Ce que le psychologue appelle «l'awareness de la compatibilité» est une condition nécessaire au succès d'une relation. «Les conjoints doivent être conscients qu'il y a plus de risques de dysfonctionnements s'ils ne partagent pas certaines valeurs clés, explique M. Wright. Si un homme ne vit que pour sa réussite professionnelle et financière alors que sa partenaire recherche davantage l'affection et l'intimité sexuelle, il y a péril en la demeure.»

Résolution des conflits

Pour le lauréat du prix Noël-Mailloux de l'Ordre des psychologues du Québec marié depuis 39 ans, un faible écart relativement à l'âge des conjoints et des champs d'intérêt analogues ainsi qu'une bonne communication sont un gage d'une relation heureuse et durable. La capacité des partenaires à résoudre les conflits est aussi primordiale. «En apprenant à gérer leurs réactions, comportements non verbaux et langagiers, les conjoints améliorent leur contrôle de soi et ils évitent les gestes et les propos blessants pour l'autre, indique le psychologue. L'apprentissage des échanges plus harmonieux a un effet positif sur la façon dont chacun abordera les conflits ultérieurs.»

Bien entendu, on ne peut pas éviter totalement les accrochages et les propos inappropriés dans un couple, ajoute-t-il, mais il faut à tout prix éviter l'escalade. «L'idée est de faire passer son message et d'être à l'écoute des besoins, désirs et sentiments de son conjoint, ce qui demande une certaine maturité.»

Sur ce, M. Wright souhaite un joyeux Noël à tous les couples!

Dominique Nancy