32 ans et un labo rutilant

  • Forum
  • Le 14 janvier 2013

  • Dominique Nancy

Mickael Begon travaille à la modélisation musculosquelettique de l'épaule pour la conception d'orthèses. Image: Geneviève Normand/ Radio-CanadaComme un athlète qui doit se dépasser pour battre des records olympiques, Mickael Begon était prêt à tout pour accéder aux ligues majeures de la science. «Le monde de la recherche est très compétitif, explique le professeur du Département de kinésiologie de l'Université de Montréal et consultant à l'Institut national du sport du Québec. Il faut sans cesse trouver des idées et de l'argent si l'on veut poursuivre ses travaux.»

 

Le jeune chercheur d'origine française, dont le montant annuel des fonds perçus dépasse les 500 000 $, a toujours procédé avec la même détermination. Avant d'inaugurer en 2008 son laboratoire de simulation et modélisation du mouvement à l'UdeM, il a obtenu coup sur coup ses diplômes d'études doctorales (Université de Poitiers) et postdoctorales (Université de Loughborough, en Angleterre). À 32 ans, il a à son actif pas moins de 18 articles publiés dans des revues scientifiques, trois livres de biomécanique pour les étudiants de premier cycle et plusieurs prix. L'un d'eux, le prix Jean-Vivès, lui a été remis par l'Académie nationale olympique française pour la qualité de ses travaux relatifs à la simulation tridimensionnelle des gestes sur un ergomètre spécifique du kayak et à l'optimisation de mouvements gymniques.

«Mickael Begon est une étoile montante de la recherche en biomécanique, commente le professeur Paul Allard, qui a été membre du jury d'évaluation de sa thèse de doctorat. Déjà considéré comme expert incontesté en analyse gestuelle et surtout en matière de locomotion et de posture humaine, il est voué à un très bel avenir.»

Simulateur et orthèses

Le principal champ de recherche de M. Begon est la biomécanique, plus particulièrement la modélisation et la simulation mécanique de la motricité humaine pour des tâches sportives et de locomotion effectuées avec ou sans matériel.

Actuellement, Mickael Begon travaille à la mise au point d'un simulateur de mouvements acrobatiques en trois dimensions. «Cet outil permet à l'entraineur d'expérimenter des techniques, éventuellement nouvelles, en modifiant la gestuelle, par exemple dans les phases aériennes des saltos vrillés, pour en connaitre les conséquences mécaniques sur le mouvement, et ceci, sans risque pour le plongeur ou le gymnaste», illustre le chercheur, qui mène cette étude en collaboration avec une étudiante à la maitrise, Ariane Crépeau-Rousseau. Le simulateur permet-il de reproduire la réalité? Oui, semble dire le professeur. «Nous sommes présentement à l'étape de l'optimisation de l'interface graphique pour les utilisateurs.»

L'expertise de M. Begon en matière d'optimisation de mouvements sportifs sert déjà l'équipe nationale de nage synchronisée, avec qui le chercheur collabore depuis les championnats du monde de 2011. «J'ai toujours ce gout de mettre en application mes compétences biomécaniques chez les athlètes», affirme M. Begon, qui a lui-même pratiqué la gymnastique pendant plusieurs années.

Mais l'axe majeur de son laboratoire de recherche est la modélisation musculosquelettique de l'épaule pour la conception d'orthèses et la prévention en manutention. Avec une étudiante au postdoctorat, Monique Jackson, il est l'auteur d'une étude originale qui suscite un grand intérêt dans le monde médical. Les chercheurs se sont demandé quelle serait la meilleure position d'immobilisation des muscles après une chirurgie selon la nature de la blessure. Deux articles tirés de cette recherche sont récemment parus dans le Journal of Biomechanics et le Journal of Shoulder and Elbow Surgery. M. Begon y rapporte comment ils ont réussi à concevoir un modèle numérique qui permet de modéliser les muscles de l'épaule. Cette innovation favorisera l'amélioration des orthèses dans le cas de blessures complexes.

Comme le dit le professeur, les déchirures des muscles étant en augmentation dans la population nord-américaine, vieillissante et sédentaire, cette recherche pourrait rendre de précieux services à M. et Mme Tout-le-monde.

Beau labo

Le laboratoire de Mickael Begon, situé sur le campus de l'UdeM à Laval, frappe par sa dimension et son aspect rutilant. Pas étonnant, tous les appareils sont neufs. Comment un jeune chercheur peut-il s'offrir un tel labo? «J'ai eu la chance de travailler avec le professeur Paul Allard et j'ai pu voir comment on s'y prenait pour diriger une équipe, souligne Mickael Begon. Lorsque j'ai été engagé par l'Université, M. Allard a agi comme mentor et il m'a vite initié aux rouages du système de subvention canadien. Cela m'a permis d'être performant plus rapidement.»

Aujourd'hui, le laboratoire que dirige Mickael Begon compte 15 étudiants-chercheurs aux cycles supérieurs et un ingénieur informaticien. On vient de Nouvelle-Zélande et de France pour travailler avec cette équipe dynamique. Le laboratoire orthopédique Médicus, qui apporte un capital de 350 000 $, n'est qu'un de ses bailleurs de fonds. La Fondation canadienne pour l'innovation, le Fonds de recherche du Québec–Nature et technologies, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et plusieurs partenaires industriels surveillent de près l'évolution des travaux de cette unité.

À titre de jeune professeur, Mickael Begon a beaucoup de pain sur la planche. Il avoue que les premières années d'une carrière universitaire sont très exigeantes. Trouve-t-il du temps pour faire du sport et s'entrainer? «Non, admet-il timidement. Depuis mon arrivée au Québec, je travaille presque toujours. C'est une vraie passion.»

Ah, les chercheurs!

Dominique Nancy