Des étudiantes en histoire de l'art montent une exposition de a à z

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  • Le 14 janvier 2013

  • Paule Des Rivières

De gauche à droite, Fannie Caron-Roy, Marianne Raymond, M. Krausz, Marie-Josée Vaillancourt, Mme Bernier et, à la droite de notre photo, Marie-Philippe Mercier-Lambert (Image: Andrew Dobrowolskyj)Les 19 étudiantes de Christine Bernier n'étaient pas peu fières en cet après-midi du 21 décembre. C'était jour de cérémonie de clôture d'une exposition dont elles avaient pris l'entière responsabilité, catalogue compris. L'exposition portait sur l'artiste Peter Krausz, aussi professeur au Département d'histoire de l'art et d'études cinématographiques de l'Université de Montréal.

 

«Il s'agissait de faire vivre aux étudiantes une simulation de commissariat d'exposition», a résumé Mme Bernier. Ainsi, elles ont pu mettre en pratique les notions apprises plus tôt et liées aux pratiques muséales. Et elles ont apprécié.

«Il est rare qu'on ait l'occasion d'effectuer un travail concret pendant les études de premier cycle», raconte Marie-Philippe Mercier-Lambert, visiblement ravie. Il faut dire que plusieurs personnes ont mis la main à la pâte afin que l'expérience soit optimale. La directrice du Centre d'exposition de l'UdeM, Louise Grenier, a rendu possible le déplacement temporaire d'œuvres de l'artiste dont le Centre est propriétaire; la responsable des expositions au Carrefour des arts et des sciences, Pauline Pourailly, a grandement soutenu les étudiantes lors du montage de l'exposition. Le doyen de la Faculté des arts et des sciences, Gérard Boismenu, a facilité le travail au Carrefour. Et l'artiste lui-même a non seulement ouvert les portes de son atelier aux étudiantes, mais il a répondu à leurs nombreuses questions. Or, on mesure mal l'importance que revêt pour des jeunes la proximité avec un artiste.

«Peter Krausz est proche des étudiants. En parlant avec lui, nous prenons confiance en nous. À l'avenir, nous aurons moins peur de nous entretenir avec des artistes», souligne pour sa part Caroline Morissette, une des étudiantes du cours L'exposition d'art: discours et pratiques de Mme Bernier.

Être lu par plusieurs

Chaque étape a comporté son lot de difficultés, mais la rédaction du catalogue – chaque étudiante a rédigé un chapitre – a été déterminante pour plusieurs.

«Nous sommes habituées à écrire de longs textes lus par peu de personnes. C'est intimidant de penser que nos textes sont publics et que d'autres les liront, mais nous avons été très bien guidées tout au long du processus», mentionne une autre étudiante, Anne-Frédérique Beaulieu.

Et c'est indéniable, les textes sont d'une grande qualité. Le langage est clair, les références sont abondantes et les informations pertinentes et foisonnantes sur le parcours de l'artiste qui a fui sa Roumanie natale de manière tragique en 1970 et dont une partie de l'œuvre s'abreuve à ses souvenirs personnels et collectifs. M. Krausz a d'ailleurs été la vedette d'un film diffusé en 2009 au Festival international du film sur l'art de Montréal, film qui a été projeté au Carrefour des arts et des sciences pendant l'exposition.

Peter Krausz est un artiste accompli qui s'exprime à travers la peinture, la photographie, le dessin, l'argile et la sculpture. Ses œuvres font partie de plusieurs collections muséales et ont été exposées dans de nombreuses galeries, notamment à New York.

L'exposition du Carrefour des arts et des sciences avait pour titre Peter Krausz: mémoire des lieux et nature humaine. Elle était organisée autour d'une œuvre principale, Landscape and Memory: Seasons. Et les étudiantes ont pu saisir l'importance du montage d'une exposition, comme le dit l'une d'entre elles, Catherine Gaudet: «Le commissaire donne la signification qu'il veut à son exposition en établissant un contexte. On se sert de l'éclairage pour définir l'atmosphère qui crée l'émotion chez le spectateur ainsi que de la narration du parcours, qui sert à faire dialoguer les tableaux entre eux.»

Pour la professeure, l'expérience a été un succès: «Les étudiantes ont pu vivre une expérience qui leur ouvre d'autres horizons professionnels. Le catalogue, par exemple, ne sera pas très largement diffusé; néanmoins, toutes les étudiantes ont écrit avec un souci de perfection, dû sans doute à leur remarquable motivation. Car elles savaient qu'elles seraient lues par leurs pairs. Ces étudiantes sont nos historiens de l'art de la génération à venir, mais aussi, ne l'oublions pas, nos prochains conservateurs de musées... et elles me donnent beaucoup d'espoir dans ma vision de l'avenir des établissements culturels!»

Paule des Rivières